
Le ministre de l'Education nationale a lancé mardi son plan ZEP, choisissant de "cibler" les moyens sur "200 à 250 collèges". Soucieux de contrer le "sentiment de relégation" inhérent à l'appellation "zones" d'éducation prioritaire, Gilles de Robien a annoncé que ces collèges, qui seront désignés d'ici un mois, ainsi que les quelque 1.000 écoles relevant du même secteur, seront "labellisés par le ministère 'ambition réussite' ". Si le ministre, évoquant un "nouveau souffle", s'est enorgueilli de réformer la carte des ZEP, selon une "nouvelle logique" qui consiste à "ne pas découper des 'zones' mais à définir des publics selon des critères plus précis", il a cependant reconnu qu'il le ferait à budget constant.
Ces ZEP qui profitent de l'effet Sciences-Po
Depuis que l'Institut d'études politiques a signé des conventions avec les établissements de Zone d'éducation prioritaire, leur image s'est améliorée du jour au lendemain. On n'évite plus ces lycées. Mieux, on les courtise.
Publié le 01/01/2010
Les établissements ne répondant pas aux quatre critères "ambitions réussite" ou EP1 pour Education prioritaire (situation sociale des familles, part d'élèves ayant un retard de plus de deux ans à l'entrée au collège, évaluation des résultats à l'entrée en 6e, nombre d'élèves non francophones) seront donc divisés en deux niveaux : EP2 et EP3. Les EP2 bénéficieront également de nouvelles mesures, de pilotage notamment, les EP3 ayant "vocation à sortir du dispositif éducation prioritaire en trois ans". Les "100 à 150" élus à l'exclusion se connaîtront "au printemps", ainsi que les écoles qui les entourent, a-t-il précisé.
Des jeunes profs mieux formés aux publics difficiles
Quant aux collèges "ambition réussite", leurs équipes seront d'abord enrichies "dès la rentrée 2006". "1.000 enseignants expérimentés supplémentaires", soit cinq par établissement, "accompagneront élèves et jeunes enseignants", sans charge de classe, moyennant des bonifications de carrière après cinq ans. Quelque 3.000 assistants pédagogiques, étudiants se destinant à l'enseignement et chargés du soutien et de la surveillance des élèves en difficulté, seront par ailleurs affectés dans ces établissements, qui disposeront chacun d'une infirmière scolaire. Leurs méthodes pédagogiques, qui feront la part belle aux expérimentations, seront ensuite différentes puisqu'"on ne redoublera pas dans ces établissements".
"La diversité des publics dans ces collèges justifie que l'on invente de nouvelles solutions pour éviter le découragement", a expliqué Gilles de Robien. En plus des divers dispositifs de soutien existants, les collèges et écoles "ambition réussite" seront obligés de proposer à leurs élèves des heures d'aide aux devoirs, au moins quatre soirs par semaine. Enfin, les élèves justifiant d'une mention bien ou très bien au brevet auront le droit de "déroger à la carte scolaire des lycées", pour "éviter l'effet de relégation".
Côté personnels, la nouvelle éducation prioritaire accueillera des jeunes profs désormais tous formés aux publics difficiles dans leur cursus en IUFM. Ces dispositions seront soumises à concertation des syndicats enseignants, fédérations de parents et collectivités territoriales pendant les deux mois à venir, a assuré le ministre. Il a par ailleurs répété que tous les établissements intégrés dans le dispositif éducation prioritaire accueilleront 100.000 étudiants tuteurs de 100.000 élèves, proposeront un "entretien individuel d'orientation chaque année" à la totalité de leurs élèves de 4e, 3e, seconde et terminale ou encore feront appel à un interprète "pour permettre aux mères notamment de s'investir davantage dans l'éducation de leur enfant".
"Dynamitage" pour le Snes, "risque de fragilisation" pour l'Unsa - Le Snes-FSU, premier syndicat des lycées et collèges, s'est indigné mardi des mesures annoncées sur l'éducation prioritaire qui constituent, selon lui, "un véritable plan de dynamitage de la politique des ZEP". Il a déploré qu'aucun moyen nouveau ne soit débloqué mais que "tout se fasse, au contraire, par redéploiement dans le cadre d'un budget programmé à la baisse avec recentrage des moyens sur un établissement sur cinq ce qui va de fait exclure et abandonner tous les autres".
- L'Unsa-Education, deuxième fédération de l'enseignement, s'est félicitée du "revirement à l'égard des ZEP négligées jusqu'à maintenant", a-t-elle dit, comme de "la découverte par le ministre de l'inutilité du redoublement". L'Unsa a convenu que "la concentration de moyens sur les établissements en difficulté est nécessaire" mais elle a ajouté craindre un redéploiement des crédits. "S'il s'agit de financer les collèges 'ambition réussite' en supprimant les moyens des autres établissements, s'il s'agit de réduire considérablement le nombre des ZEP, cette politique sera à courte vue avec un grand risque de fragiliser davantage les établissements et les personnels qui y travaillent", a-t-elle conclu.
Photo d'ouverture : l'annonce de Gilles de Robien - DR
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