Acquitté Alain Marécaux :"Il y a quatre ans, le juge Fabrice Burgaud est arrivé dans ma vie"(…) "Ma mère a arrêté de s'alimenter. C'est à cause de lui que ma mère est partie". "Mon couple est détruit, mes enfants sont cassés". Dans la nuit du 23 au 24 janvier, on apprendra que cet acquitté a tenté de se suicider. © Alain Marécaux L'huissier de justice Alain Marécaux, l'un des acquittés d'Outreau, a fait une tentative de suicide dans la nuit de lundi à mardi et a été hospitalisé à Calais. Il est sorti de l'hôpital mardi en fin de matinée après avoir signé une décharge. Condamné en première instance au procès de Saint-Omer à 18 mois de prison avec sursis pour agressions sexuelles sur mineur il a été innocenté lors du procès en appel à Paris. Son état de santé était "rassurant" mardi midi, selon le ministre de la Justice Pascal Clément.
A sa sortie d'hôpital, il a expliqué son geste par le fait qu'il "n'avait pas eu de bonnes nouvelles" concernant son fils aîné qui l'a appelé lundi soir pour lui en faire part. Il a évoqué des "bêtises" qui relèvent de la justice, sans donner de détails, ajoutant que cela avait été "un des éléments déclencheurs" de son geste. "On m'a rendu un fils asocial, déscolarisé, bousillé. il ne veut pas revenir dans la société. C'est une des conséquences de l'affaire d'Outreau", a expliqué d'une voix faible Alain Marécaux, qui a aujourd'hui la garde de son fils, 18 ans dans deux mois. "Quand vous voyez dériver vos enfants, ça vous fait beaucoup de mal". Lors de son audition devant la commission d'enquête parlementaire, il avait évoqué avec émotion ce fils qui avait un an d'avance avant l'affaire d'Outreau et qui est aujourd'hui "pré-délinquant". Il a aussi déclaré "revivre actuellement quatre ans de souffrance, une phase obligée", ajoutant "c'est lourd à porter tout ce qui m'est arrivé".
"Il n'a plus l'énergie de continuer"
Le couple d'Alain Marécaux a éclaté à la suite de l'affaire de pédophilie d'Outreau et il a été contraint de vendre son étude. Protestant de son innocence depuis le début de l'affaire, il a fait plusieurs grèves de la faim et a déjà tenté de se suicider. Après sa dernière tentative de suicide, le 2 juillet 2004, son avocat, Me Hubert Delarue, avait évoqué les "tendances suicidaires tout à fait déterminées" de son client qui lui avait confié ne pas pouvoir survivre à une condamnation quelle qu'elle soit. En dépit de son acquittement, son état psychologique était resté fragile. "J'ai dîné avec lui samedi soir. Il n'allait pas bien. Je n'ai pas eu de nouvelles depuis", a déclaré mardi Roselyne Godard, l'une des autres acquittés d'Outreau, jointe par téléphone. "Il était en clinique le 18 décembre, après la fête d'Outreau suite au verdict en appel. Malgré l'acquittement, il ne résiste pas, il ne peut pas", a-t-elle ajouté, avec tristesse. "C'est une catastrophe dans sa vie. Il se sent impuissant à réparer sa famille, ses enfants. Il n'a plus l'énergie de continuer, de se battre", a-t-elle poursuivi.
Lors de son audition devant la commission d'enquête parlementaire, Alain Marécaux avait qualifié le juge Burgaud de "meurtrier". "Le juge a essentiellement écouté Myriam Badaoui. Tous les deux ont inventé cette histoire", a dénoncé l'huissier Alain Marécaux (41 ans), dont la mère est décédée pendant l'instruction. "Ma mère a arrêté de s'alimenter. C'est à cause de lui (le juge Burgaud, ndlr) que ma mère est partie", a-t-il accusé, des sanglots dans la voix.
Franck et Sandrine Lavier, les deux acquittés dans l'affaire d'Outreau qui n'ont pas encore été entendus par la commission d'enquête parlementaire, seront auditionnés le mardi 31 janvier, a annoncé lundi l'Assemblée nationale. En toute, 13 personnes ont été acquittées.
L'avocate d'une acquittée affirme avoir reçu des menaces Me Emmanuelle Osmont, qui défendait Karine Duchochois, a fait état mardi devant la commission parlementaire de "menaces" dont elle aurait été l'objet de la part d'un magistrat et d'un avocat, la semaine dernière au tribunal de Boulogne-sur-Mer. "J'ai fait l'objet d'insultes de la part d'un magistrat qui m'a dit : alors petit Kalimero on a perdu sa coquille?", a-t-elle expliqué. Selon elle, l'avocat qui l'a menacée, membre du conseil de l'ordre local, lui a dit pour sa part: "tu n'as jamais connu de difficultés dans ta vie professionnelle, eh bien tu vas voir, ça ne va pas s'arrêter". Plusieurs députés membres de la commission ont alors souhaité que Me Osmont cite les noms de ces deux personnes, ce qu'elle a refusé de faire. "Je souhaite en parler à mon bâtonnier", a-t-elle répondu.
Photo d'ouverture : Alain Marécaux, l'un des acquittés d'Outreau, interviewé à sa sortie d'hôpital après une tentative de suicide - DR
Retour MYTF1
Chargement en cours...



