
Huit mois après le référendum par lequel les Français ont rejeté le projet de Constitution européenne, Jose Manuel Durrao Barroso, président de la Commission européenne, a appelé mardi la France à ne pas se prendre pour un "malade imaginaire". Des propos prononcés lors d'une intervention très animée, en français, devant l'Assemblée nationale où elle a suscité huées et aplaudissements.
"En lecteur attentif de la presse de votre pays, je lis ici ou là que la France serait atteinte d'une mélancolie, je vois même le terme malaise", a déclaré Barroso dans une allocution prononcée dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale. "Je me demande si le pays de Molière ne cèderait pas à la tentation du 'Malade imaginaire' ", l'une de ses comédies les plus célèbres, a-t-il ajouté dans son intervention, la première de ce type d'un président de la Commission. Ces propos ont provoqué des réactions contrastées parmi les députés, certains l'applaudissant en criant "bravo!", tandis que d'autres le huaient en lançant "scandaleux!"
"Il me semble au contraire que la France a toutes les raisons de se montrer confiante", a poursuivi le président de la Commission européenne dans cette allocution. Il a souligné les "éclatantes réussites mondiales qui doivent tant à l'initiative française, comme Airbus et Ariane. Face à la mondialisation, la dimension européenne est la seule en mesure de faire la différence et de nous permettre de maîtriser ce processus", a-t-il déclaré.
"Le pain sec de l'idéologie unique"
Dans le débat particulièrement vif qui a suivi, Jose Manuel Durrao Barroso a répondu avec pugnacité aux interpellations des chefs des principaux groupes parlementaires. Le président du groupe socialiste a dénoncé le "pain sec de l'idéologie unique : celle du tout libéral considéré comme le seul horizon de l'élargissement" de l'UE. "Comment ignorer votre obstination à maintenir en l'état des projets comme la directive Bolkestein qu'une majorité écrasante de citoyens européens rejette?", a notamment demandé Jean-Marc Ayrault au président de la Commission. "Nous voulons trouver une solution équilibrée qui ne mette pas en cause nos acquis sociaux, notamment le principe du respect du droit du travail du pays hôte, du pays destinataire", lui a expliqué Jose Manuel Durrao Barroso.
Le président du groupe communiste, Alain Bocquet, a lui aussi dénoncé la directive "Bolkestein" de libéralisation des services et réclamé son "retrait pur et simple". "Ce n'est pas avec un discours contre les entreprises que vous allez créer plus d'emploi et de croissance", a rétorqué Barroso, en suscitant de nouveaux remous sur les bancs des députés. Au nom de l'UDF, François Sauvadet a affirmé que la Commission européenne portait "sa part de responsabilité dans la situation" actuelle de l'Europe et évoqué une "idée européenne en régression". Pour l'UMP, le président de la délégation à l'Union européenne de l'Assemblée, Pierre Lequiller, s'est inquiété de la sécurité énergétique de l'Europe, demandant à Jose Manuel Durrao Barroso de faire part des "initiatives de la commission" en ce domaine.
Barroso, visiblement à son aise en débat public, a dénoncé la "caricature" de la commission qu'il dirige, souvent taxée d'ultra-libéralisme, en faisant la liste de tous ses collègues socialistes et sociaux-démocrates. Il a espéré qu'une fois la "confiance restaurée", l'opinion publique pourrait soutenir "la modernisation des institutions que prévoit le projet de traité constitutionnel", tout en reconnaissant que le chemin était difficile. Après plus d'une heure d'échanges, souvent interrompus par des rappels au calme du président de l'Assemblée, Jean-Louis Debré, le président de la Commission est parti en jugeant "vraiment gratifiant d'avoir eu cette opportunité de débattre".
Photo d'ouverture : Jose Manuel Durrao Barroso lors de son allocuation à l'Assemblée - DR
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