Bugaled Breizh : deux ans d'enquête et pas d'explication

le 15 janvier 2006 à 14h51 , mis à jour le 15 janvier 2006 à 22h00

Dans quelles conditions le chalutier Bugaled Breizh a-t-il coulé, le 15 janvier 2004 ? Deux ans après, les familles de victimes soupçonnent toujours la présence d'un sous-marin militaire en manoeuvre, mais les résultats d'analyses et les documents militaires qui pourraient éclairer le drame se font attendre.

Bugaled Breizh

Le 15 janvier 2004, le chalutier Bugaled Breizh coulait en Manche, en moins d'une minute, provoquant la mort de ses cinq hommes d'équipage. Un drame qui ne laissait à l'époque aucun témoin direct, contrairement au récent naufrage du Klein Familie, le 5 janvier au large de Cherbourg, où l'un des six marins a pu être sauvé. "Contrairement à Cherbourg, on n'a pas trouvé le coupable parce que l'abordage a eu lieu en dessous de l'eau et non pas au dessus", affirme Robert Bouguéon, le président du comité des pêches du Guilvinec. Mais, pour lui comme pour de nombreux pêcheurs bretons, "il n'y a aucun doute, c'est bien un sous-marin qui a coulé le Bugaled Breizh".

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Or, deux ans tout juste après le drame, l'enquête est toujours suspendue à l'examen du train de pêche (le chalut) qui pourrait révéler des traces de peinture ou d'éraflures provoquées par une éventuelle collision sous-marine. Les enquêteurs devraient disposer prochainement de documents d'activités maritimes récemment déclassés secret défense par la ministre Michèle Alliot-Marie. Ils permettront de déterminer les horaires et les trajectoires des sous-marins qui participaient à un exercice multinational sur la zone du naufrage, au large du cap Lizard. Michèle Alliot-Marie avait déclaré en mai "qu'aucune information" en sa possession "ne permettait de suspecter un sous-marin".

"Personne ne le sait sauf les militaires"

Pourtant, régulièrement évoquée par les familles des victimes, cette piste d'un sous-marin est aussi étudiée, avec prudence, par la justice. Le juge d'instruction quimpérois Richard Foltzer a ainsi indiqué, en juillet 2005, qu'une "force exogène" aurait pu entraîner le chalutier par le fond. Cette hypothèse est confortée par les premières conclusions d'une enquête sur le train de pêche conduite par l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer) à Lorient qui aurait observé des traces de raguage (frottement sur du métal) sur le câble de chalut babord. "On compte beaucoup sur les résultats de l'expertise microscopique en cours dans un laboratoire de la gendarmerie. L'analyse du câble pourrait révéler des traces de peinture ou de revêtement employés par telle ou telle marine sur leurs sous-marins", explique Christian Bergot, avocat des familles et du comité des pêches. En attendant les éventuelles informations des documents d'activités maritimes déclassés secret défense...

Mais au final, "si l'expertise ne donne rien et si les documents militaires n'apportent rien d'exploitable je ne sais pas quelle autre piste les enquêteurs pourront suivre", souligne Me Bergot, "sceptique" sur la levée du secret défense "qui ne concerne que les bâtiments français". Par ailleurs, "un avis défavorable pour la levée du secret défense a été donné pour les SNLE (sous-marins nucléaires lanceurs d'engins) dont on n'a, jusqu'à présent, jamais parlé. La requête du juge d'instruction concernait tous les sous-marins sur zone. Les SNLE étaient-ils sur zone ? Personne ne le sait sauf les militaires", regrette l'avocat.

Outre l'enquête pénale, une enquête administrative, également toujours en cours, est conduite par le Bureau Enquêtes Accidents-Mer (BEA-Mer) du ministère des Transports. Les enquêteurs n'écartent pas la piste de la "fortune de mer", notamment celle de la voie d'eau qui aurait pu provoquer un naufrage par "carène liquide" (déplacement dans la coque d'une grande masse d'eau), phénomène bien connu des marins.

Photo d'ouverture : le chalutier Bugaled Breizh, renfloué au large des côtes de Falmouth - archives

le 15 janvier 2006 à 14:51
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1 Commentaires

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  • Alain, le 15/01/2006 à 16h34

    Depuis de gaulle, ce pays est une dictature sans veritable contre poids (presse muselee, desinformation a tous les niveaux et refus de la liberte d'expression par le politiquement correct). Comment dans ces conditions la verite pourrait elle se faire???

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