© lciDeux hommes, dont l'un proche de la mouvance néonazie, ont été mis en examen dans l'affaire de la profanation du cimetière juif de Herrlisheim, a-t-on appris lundi auprès du Parquet de Colmar. Il s'agit d'un agent de sécurité de Kaysersberg (Haut-Rhin), âgé de 36 ans, et d'un homme de 27 ans sans profession, originaire de Soulzmatt (également dans le Haut-Rhin). Ils devront répondre de profanation de sépulture, dégradation d'un cimetière et de biens d'utilité publique, apologie de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité et incitation à la haine raciale, a indiqué le procureur de la République de Colmar Pascal Schultz. L'agent de sécurité a également été mis en examen et écroué pour tentative de meurtre contre Benamar Lhabib, un Marocain de 65 ans, blessé lors de l'explosion de son cabanon de jardin à Rouffach (Haut-Rhin) en septembre 2005. L'explosion avait été revendiquée auprès de deux quotidiens régionaux par un groupuscule néonazi inconnu, se présentant comme la "branche armée de l'Ordensstadt".
La profanation pour laquelle les deux hommes sont poursuivis s'était produite en avril 2004, dans un contexte alors marqué par une multiplication d'incidents et inscriptions à caractère raciste dans l'est, notamment à Strasbourg et dans ses environs. 127 tombes avaient été souillées par des inscriptions néonazies et antisémites dans le cimetière juif de Herrlisheim, commune du Haut-Rhin. Cette profanation avait suscité des réactions indignées à travers tout le pays, de la part d'associations, de représentants de différentes confessions, et des plus hautes autorités de l'Etat.
Les liens entre l'explosion de Rouffach et la profanation de Herrlisheim
Une personne avait déjà été mise en examen le 15 décembre 2004 dans cette affaire : il s'agissait de Lionel Lezeau, un bûcheron de 24 ans, membre du Front national. Suspendu du FN après sa mise en examen, Lezeau, qui nie les faits qui lui sont reprochés, avait été remis en liberté à l'issue de sa détention provisoire et placé sous contrôle judiciaire en avril 2005. Mais les enquêteurs ont dès le départ eu la conviction que les faits avaient été commis par plusieurs personnes tandis que les experts graphologues avaient fait état d'au moins quatre "scripteurs". "Les investigations menées sur l'affaire du cabanon de Rouffach nous ont permis de confondre deux auteurs de la profanation de Herrlisheim", a précisé le procureur de Colmar. Il a expliqué que l'agent de sécurité, mis en examen et écroué dès le 14 janvier pour la tentative de meurtre à Rouffach "avec la circonstance aggravante que les faits ont été commis dans un cadre racial" avait reconnu, lors de son interrogatoire, avoir participé à la profanation du cimetière de Herrlisheim avec deux complices.
L'agent de sécurité, que le procureur de la République a présenté comme un "raciste, même s'il affirme n'appartenir à aucun mouvement" utilisait le nom de code "TIWAZ 2882", une allusion à l'armée du Reich, ce qui avait mis les enquêteurs sur la piste de Herrlisheim. Il a également "reconnu les faits" pour ce qui est de l'explosion du cabanon de jardin de Benamar Lhabib le 8 septembre 2005 à Rouffach. Un autre homme de 25 ans sans profession, originaire de Reguisheim (Haut-Rhin), a également été mis en examen et écroué le 14 janvier dans l'enquête sur cette explosion. De nouveaux interrogatoires devraient avoir lieu prochainement pour déterminer son implication éventuelle dans la profanation de Herrlisheim. "Il pourrait être le 2e complice mentionné par l'agent de sécurité, mais sa culpabilité n'est pour l'instant pas établie" a indiqué le procureur de la République.
Photo d'ouverture : la profanation de Herrlisheim - archives
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