
L'Egypte a refusé l'accès du porte-avions français Clemenceau au canal de Suez en direction de l'Inde pour son désamiantage. Motif : l'information donnée par l'organisation écologiste Greenpeace a été confirmée de sources officielles égyptiennes.
Le directeur de l'Agence égyptienne pour l'environnement, Mohammed Sayyed Khalil, a indiqué que l'Egypte avait pris cette décision mercredi soir, avant même l'opération "coup de poing" menée jeudi matin par Greenpeace. "Nous avons décidé d'interdire au Clemenceau de pénétrer dans les eaux territoriales égyptiennes", a-t-il dit, "dans l'attente d'un document attestant qu'il ne transporte pas des déchets dangereux", aux termes de la convention de Bâle.
Aucune décision de refus de l'ex-porte-avions Clemenceau dans le canal de Suez n'a été notifiée aux autorités françaises par les autorités égyptiennes, a affirmé le ministère de la Défense. "On nous demande des compléments d'information techniques, nous sommes en train d'apporter les précisions requises", a déclaré Jean-François Bureau, porte-parole du ministère.
"L'Egypte doit adopter la position de l'Inde"
Jeudi matin, deux militants de l'organisation écologique étaient par surprise montés à bord du porte-avion tôt pour entraver l'avancée du navire français en Méditerranée. Objectif de Greenpeace : "remettre en lumière le caractère illégal de ce transport" et "faire pression" sur l'Egypte, signataire de la convention de Bâle sur les déchets dangereux pour qu'elle refuse l'accès du porte-avions au canal de Suez.
C'est en vertu de cette convention qu'à Bombay, une commission de la Cour suprême indienne a émis le 6 janvier un premier avis défavorable au désamiantage et au démantèlement en Inde du Clemenceau. "L'Egypte doit adopter la position de l'Inde", a affirmé Martin Besieux, précisant qu'une fois que le Clemenceau aura passé le Canal de Suez, "il sera impossible de le faire revenir dans les eaux européennes".
Greenpeace, selon qui le désamiantage n'a pas été effectué correctement en France, souhaite provoquer "un imbroglio juridique" entre la France et l'Egypte. "Il s'agit de voir si l'Egypte prendra la position frauduleuse de la France", a dit Martin Besieux, porte-parole de Greenpeace au Caire qui devait s'entretenir avec des responsables égyptiens pour les convaincre de bloquer le porte-avions.
Dans deux mois en Inde
Le Clemenceau est tiré par un remorqueur et escorté par un navire de la marine nationale française. Personne n'est à bord, ce qui a facilité l'opération de Greenpeace, selon Jean-François Bureau, porte-parole de la Défensé. Lorsque les militants sont montés à bord, un hélicoptère venu du navire escorteur a survolé le porte-avions sans s'y poser, a-t-il ajouté. "Nous effectuons des vérifications pour savoir s'il y a infraction ou délit" dans cette opération, a déclaré le porte-parole français.
Parti le 31 décembre de France, le Clemenceau doit arriver dans deux mois en Inde pour être désamianté et démantelé sur le chantier Shree Ram Scrap Vessel à Alang dans l'Etat du Gujarat. Le navire français poursuit sa route dans l'attente d'une décision finale de la Cour suprême indienne, alors que Greenpeace et l'organisation Ban Asbestos (Eliminer l'amiante) réclament le retour immédiat du navire en France. Elles dénoncent le coût humain des travaux réalisés dans des chantiers mal préparés aux risques pour la santé des opérations de désamiantage.
Le canal de Suez, inauguré en 1869 et nationalisé en 1956, est un canal long de 163 km qui relie Port-Saïd, port égyptien donnant sur la Méditerranée, et Suez qui donne sur la mer Rouge. Il permet aux navires d'aller d'Europe en Asie sans devoir contourner l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance.
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