L'enseignante poignardée témoigne

le 11 janvier 2006 à 09h31 , mis à jour le 11 janvier 2006 à 10h00

L'enseignante poignardée en plein cours en décembre à Etampes dénonce "l'omerta" de sa hiérarchie, mercredi dans plusieurs quotidiens. Elle affirme avoir contacté à plusieurs reprises ses supérieurs pour expliquer ses difficultés avec ses élèves. En vain.

Karen Montet-Toutain Lycée Louis Blériot Etampes

"Dès le 16 septembre, j'ai connu la plus grosse angoisse de ma vie d'enseignante, dans une classe très oppressante", se rappelle Karen Montet-Toutain, l'enseignante de 27 ans poignardée en plein cours en décembre au lycée Louis-Blériot d'Etampes. Dans un entretien avec plusieurs journalistes dont ceux de Libération et du Parisien, la jeune femme décrit comment, à partir de ce moment, le climat n'a cessé de se dégrader jusqu'au jour du drame, le 16 décembre.

Elle assure pourtant avoir informé à plusieurs reprises sa hiérarchie. En septembre, la proviseure lui conseille de mener un projet, de "relooker une salle" avec ses classes difficiles. "Après la journée du 16 septembre, j'ai eu peur pendant un mois et demi", témoigne l'enseignante. Elle reprend le dessus quelques jours mais : "A la rentrée de la Toussaint, un élève (...) m'a lancé: 'J'ai envie de vous, tout de suite, sur la table'. Un autre: 'T'inquiète, je te la prête après"', raconte la prof qui assure que son rapport adressé à la conseillère principale d'éducation n'a débouché à sa connaissance sur aucune sanction.

"C'est l'omerta"

Le 5 décembre, une étape est franchie. Karen Montet-Toutain assure avoir reçu des menaces de mort. "T'inquiète ! On trouvera ton adresse et on te mettra une balle dans la tête". "Très ébranlée", elle a rédigé un nouveau rapport à la conseillère d'éducation. "Ce soir là, la proviseure ne m'a pas reçue", assure-t-elle. Ces comportements sont souvent évoqués entre profs. "Ca devenait banal, quotidien (...) Certains se mettaient en arrêt de travail". Déçue par la réaction de sa hiérarchie directe, elle "écrit un email à (s)on inspectrice, persuadée que (s)es rapports ne lui étaient pas transmis." "Rien, c'est l'omerta", regrette-t-elle.

Karen Montet-Toutain explique enfin comment, à la veille de son agression, elle a pu rencontrer la mère de son agresseur, exclu du lycée une semaine. "Elle ignorait tout de son exclusion de huit jours. Elle bouillonnait et l'a vraisemblablement sermonné ce soir là", avance-t-elle. Le jour de l'agression, Kevani Wansale a "un regard de tueur" et provoque une altercation. "Il s'est levé et s'est approché. Je me suis avancé, car c'était un devoir de montrer mon autorité. Il m'a poignardé." "Je n'en veux pas à mon agresseur qui montrait des signes d'inadaptation à notre établissement. J'en veux à l'institution", assure l'enseignante qui devrait être reçue par le ministre de l'Education prochainement. Son avocat, Me Koffi Senah, adressera dans les prochains jours au procureur d'Evry une plainte contre X.

(Image LCi : la Une de Libé)

le 11 janvier 2006 à 09:31
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18 Commentaires

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  • Antoine, le 11/01/2006 à 19h39

    Comment nos enfants pourront-ils faire face au monde de demain alors qu'ils y sont "préparés" par des "enseignants" qui n'arrivent même pas à discerner l'impasse idéologique dans laquelle ils se sont fourvoyés et qui préfèrent s'en prendre à l'état qu'aux voyous ?

  • Thierry, le 11/01/2006 à 15h05

    L'éducation nationale est criticable, certes. Le gouvernement aussi, sans doute. Mais le gouvernement ne peut se subistuer à tout. L'école est là pour instruire, elle ne pourra jamais éduquer. La société devient plus violente et les limites sont sans cesse repoussées. Les jeunes le savent en en usent.

  • Isabelle, le 11/01/2006 à 15h04

    Je pense à un certain Monsieur qui disait, un peu familièrement certes, "il faut dégraisser le mammouth". Quelle vérité! Un immense MERCI pour votre témoignage Madame.

  • David, le 11/01/2006 à 14h49

    Il est surprenant de constater que même dans la haute hiérarchie enseignante tout comme dans les médias regne une "omerta", quand la chape de plomb cédera cela fera mal!!! et certains fauteuil bien chauffés vont reffroidir tres vitent!!!!

  • Alex, le 11/01/2006 à 14h31

    ...ou quand les profs denoncent l'incendie qu'ils ont eux memes contibuer d'attiser depuis 25 ans, en sabordant notre systeme educatif a coups d'ideologie soixantuitarde. La seule solution est desormais l'ecole privee...Merci de publier.

  • Dehors, le 11/01/2006 à 14h03

    Voilà encore une illustration de cette belle "diversité" (comme c'est joliment dit) qu'on nous demande d'accepter sans nous demander notre réponse.

  • Bozz, le 11/01/2006 à 12h54

    Je suis de tout coeur avec cette institutrice et lui souhaite tous mes voeux (c'est un peu la période pour ça) de rétablissement. Je trouve que le terme "agression" est extrêmement faible pour désigner un acte aussi peu respectueux de la vie humaine! Par ailleurs, cette pauvre enseignante n'a pas porté pas plainte contre son "agresseur". Dans quel but le faire, remplir des stats qui servirons au gouvernement pour la prochaine campagne ? Après on s'étonne que le FN gagne des points. Qu'attend le gouvernement pour prendre de VRAIES mesures ?

  • Ultime, le 11/01/2006 à 12h47

    Pas de vagues comme a la SNCF. Une hierarchie a l image du pays, molle et veule. Des enseignants victimes du laxisme de leurs aines et d une ideologie malsaine et deletere... On recolte ce que l on seme !

  • Eric, le 11/01/2006 à 12h07

    Oui, il s'agit bien d'une tentative de meurtre (préméditation). Pourquoi cette enseignante attaque t'elle en justice l'Institution: Pour la bonne et simple raison qu'à mon sens, le premier devoir d'un employeur c'est d'assurer la sécurité de son (ou ses) employé(s). C'est logique non.....

  • Salvani, le 11/01/2006 à 11h14

    Il est assez surprenant de voir le peu de réaction, relatif, de l'ensemble du corps enseignant par rapport à cet évènement : on a vu dans le passé des grèves et actions interminables pour des sujets beaucoup moins graves (congés , programmes éducatifs, planning de cours ..., et pourtant on est au coeur des problèmes actuels de notre société !

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