
Une erreur humaine est vraisemblablement à l'origine du naufrage jeudi en Manche du bateau de pêche Klein Familie dans lequel cinq marins ont disparu, estimaient mardi les spécialistes du milieu maritime. "80% des naufrages procèdent d'erreurs humaines et, dans près d'un cas sur deux, d'une erreur de l'officier de quart" à la barre du navire, relève Christian Buchet, spécialiste de l'histoire maritime.
Cette erreur -défaut de veille, visuelle, optique ou radar- pourrait venir de l'équipage du chalutier comme des marins du chimiquier Sichem Pandora, dont la justice a estimé lundi avoir "des éléments sérieux permettant d'établir" qu'il était "bien impliqué" dans la collision.
"Aucun signal, aucun écho"
L'accident s'est produit de nuit, par bonne visibilité, dans le "rail" des Casquets, une des voies maritimes les plus fréquentées au monde, au large du Cotentin. Le règlement international pour prévenir les abordages en mer (COLREG) demande "clairement aux pêcheur de ne pas gêner" les navires de commerce dans ces couloirs.
"Je ne vois pas comment deux navires peuvent entrer en collision sans qu'il y ait un défaut de veille des deux côtés", estime Hervé Goasguen, directeur du CROSS (Centre régional opérationnel de secours en mer) de Jobourg (Manche).
Le seul rescapé du Klein Familie qui se rendait sur les lieux de pêche, dormait au moment de l'accident mais assure que le patron-pêcheur, un marin aguerri, ainsi qu'un matelot se trouvaient alors à la passerelle.
De son côté, l'armateur du Sichem Pandora affirme que l'équipage n'a perçu "aucun signal, aucun écho sur le radar" au moment de la collision.
Pour M. Buchet, directeur du centre de la mer de l'Institut Catholique de Paris, "il sera extrêmement difficile pour la justice d'avoir une certitude" sur le fait de savoir si l'équipage du chimiquier s'est rendu compte ou non de la collision.
"Homicide involontaire"
De la passerelle d'un navire long de 110 m, "on peut tout à fait ne pas voir ni entendre l'accident", assure-t-il. "Dans une zone aussi fréquentée, une lourde pression repose sur l'officier de quart (du cargo). A cela s'ajoutent les pêcheurs qui sont, eux aussi, épuisés. Il y a donc des hommes fatigués de part et d'autre".
Les conditions de travail sont en cause, estiment également les syndicalistes de la pêche, considérant que Malte "est sur la liste noire des pavillons de complaisance". "Les navires sont armés par des équipages recrutés à moindre coût, qui ne sont pas formés aux règles de sécurité internationale (...) On peut se demander s'il y avait quelqu'un sur la passerelle du cargo maltais", s'interroge Michel Oury, de la CFDT-maritime.
Sur le plan juridique, si le parquet de Cherbourg a ouvert une enquête pour "homicide involontaire" et "délit de fuite" bien que l'accident se soit déroulé dans les eaux internationales, les questions de compétences judiciaires entre Malte et la France restent à trancher.
Quant à l'exploration du Klein Familie, localisé par 73m de fond, une plongée humaine ne pourra se dérouler que "si les conditions météorologiques le permettent" et quand l'épave sera préparée. (AFP)
(Photo d'ouverture : le Sichem Pandora à quai - DR)
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