
C'est par une visite commune de l'exposition "Splendeurs de la cour de Saxe", dans le cadre somptueux du château de Versailles, qu'a commencé lundi la rencontre entre Jacques Chirac et Angela Merkel. Une visite peut-être destinée à rappeler la vitalité des échanges entre la Saxe et la France au temps de Louis XIV - alors qu'entre la France et l'Allemagne d'aujourd'hui, les rapports sont parfois moins faciles. Le traditionnel sommet informel qui réunissait ce lundi, dans le cadre des rencontres dites de Blaesheim, la chancelière et le président à Versailles contenait d'ailleurs son content de dossiers délicats, tels que l'avenir des institutions européennes ou la baisse de la TVA dans la restauration.
Au cours de la conférence de presse commune, exercice obligé auquel se sont livrés Jacques Chirac et Angela Merkel après leur entretien, le chef de l'Etat a dû admettre que la France avait peu de chances d'obtenir à Bruxelles, où se réunissent ce mardi les 25 ministres de l'Economie, une réduction du taux de la TVA sur la restauration. Cette TVA réduite était une promesse du candidat Chirac en 2002, mais elle ne fait pas l'unanimité au sein de l'UE - et l'Allemagne notamment s'y oppose. "A tout le moins, je souhaite que, même s'il n'y a pas de consensus demain, il n'y ait pas un rejet définitif et que la Commission (européenne) soit en mesure de continuer ses travaux et de faire des propositions", a-t-il temporisé.
La chancelière allemande a pour sa part affirmé que "le dossier n'est pas clos", en souhaitant que la Commission continue à étudier ce dossier "sans fermer la porte". Cela vaut, a-t-elle ajouté, "pour d'autres pays, dans d'autres secteurs de l'économie". Jacques Chirac a indiqué qu'il avait souligné auprès d'Angela Merkel que la demande française de baisse de la TVA sur la restauration à 5,5% était "essentielle" mais a dit aussi qu'il "mesurait parfaitement" les problèmes que cela posait à l'Allemagne.
Pas de vague sur la doctrine nucléaire française
Autre sujet sensible : la doctrine nucléaire française. Jacques Chirac a affirmé lundi soir que "personne en Allemagne ne doit s'inquiéter le moins du monde" de la force de frappe française, assurant que celle-ci n'avait pas changé. "La dissuasion reste une assurance-vie pour nos intérêts vitaux", a-t-il ajouté. "La nature de la menace, la définition des intérêts vitaux pour un pays et donc la nature même de la riposte susceptible d'être mise en oeuvre évolue avec le temps", a-t-il dit. "C'est la raison pour laquelle j'ai décidé de rappeler les fondements mêmes de la politique française de dissuasion, sans en rien changer".
La chancelière a, de son côté, dit avoir "ressenti un certain étonnement" devant le débat en Allemagne, "car les propos du président de la République s'inscrivent pleinement dans la continuité de la doctrine nucléaire française", a-t-elle dit. "Nous savons que la France est un pays qui dispose d'une capacité nucléaire qui existe exclusivement à des fins de dissuasion et il n'y a là pour moi aucune matière à critique", a-t-elle ajouté alors que l'opposition lui demandait de prendre ses distances avec la doctrine française.
Les deux dirigeants se sont par ailleurs retrouvés sur une même ligne au sujet du nucléaire iranien. Angela Merkel et Jacques Chirac ont dit vouloir avancer, "une étape après l'autre", dans ce dossier, en privilégiant l'option diplomatique. "Il y a déjà une position très largement concertée en la matière entre la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne en étroite relation avec les Etats-Unis", a souligné la chancelière allemande. "Les prochaines étapes sont clairement balisées et la prochaine de ces étapes est la réunion extraordinaire du Conseil des gouverneurs de l'AIEA (les 2 et 3 février à Vienne, ndlr) où il s'agira de dégager la plus grande majorité possible".
Photo d'ouverture : Jacques Chirac et Angela Merkel lors de leur conférence de presse commune, lundi soir à Versailles - DR
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