
Enfance très difficile mais pas de casier judiciaire, consommateur de drogue sans être "accroc" : la cour d'assises de Charente-Maritime a tenté jeudi de percer à jour la personnalité du meurtrier présumé d'Audrey Texier l'été 2003 sur l'Ile de Ré.
Frédéric Ramette, 26 ans, reste le plus souvent assis sur son banc, comme prostré, tête baissée, fixant le plancher. Les psychologues sont formels : il ne souffre d'aucune maladie mentale mais a été marqué par de graves carences affectives lors de son enfance.
Père biologique absent : la mère de l'accusé raconte comment elle l'a rencontré dans le quartier de Barbès à Paris, comment il s'est enfui en apprenant qu'elle était enceinte. Elle avait 18 ans, elle a voulu avorter avant de renoncer.
Relation d'amour-haine
Puis agression sexuelle à 5 ans par un voisin. La mère ne porte pas plainte, car elle connaît "très très bien" la famille. Cette même mère accusée de se prostituer à la maison. Elle dément. Puis placement dans un centre spécialisé en Dordogne, où trois jeunes tentent de le violer.
A 14 ans, il est encore en classe de sixième puis réussit laborieusement un CAP de serveur. Au travail, c'est un bon "exécutant" mais trop "impulsif" : il est licencié d'un restaurant à Bordeaux après une altercation avec une collègue.
Vie affective et sexuelle proche de zéro: Frédéric Ramette raconte que son premier objet de désir a été sa mère, ce qui a engendré une violente relation d'amour-haine. Il confie aux psychologues n'avoir eu que deux ou trois relations sexuelle dans sa vie.
Avril 2003, il arrive comme saisonnier sur l'Ile de Ré dans une pizzeria. "Au début, tout se passait bien. Puis, avec l'été, il sortait tous les soirs. Fin juillet, cela commençait à devenir difficile. Quand vous faites cela tous les soirs, vous êtes fatigué", témoigne le responsable du restaurant. "Il était dans un groupe qui sortait beaucoup, ils prenaient de l'ecstasy. A l'Ile de Ré, on trouvait de tout".
La drogue, l'alcool, les discothèques la nuit, le travail le jour : selon plusieurs témoins, c'était la vie de nombreux saisonniers sur cette île qui voit sa population passer brusquement de 17.000 à 150.000 lors de la période estivale.
Un couple d'amoureux
Frédéric Ramette explique qu'il a essayé les drogues dures (cocaïne et héroïne) cet été 2003. Mais les experts affirment qu'il n'est pas "accroc". Christophe, présenté par des témoins comme le "dealer de tous les saisonniers" de l'île, est appelé à la barre. Tenue soignée, sourire aux lèvres, très, trop décontracté. Est-ce que Frédéric Ramette se droguait ? La réponse fuse: "Comme tous les saisonniers à l'Ile de Ré". Il admet aussi avoir "fait commerce du shit" (cannabis) et avoir "consommé" avec le jeune serveur.
La veille du meurtre, Frédéric Ramette sort en discothèque, prend quatre cachets d'ecstasy, dort quatre heures, se lève, reprend un demi-cachet. Au restaurant, une altercation l'oppose à un responsable, qui le trouve "pas apte" à travailler et le met à pied.
Il sort de la pizzeria, erre dans les rues de Saint-Martin-de-Ré, croise par hasard une jolie lycéenne, Audrey Texier, sauvagement agressée, étouffée et violée. Une femme passe à vélo à proximité. Elle raconte: "J'ai vu une silhouette de garçon derrière des fourrés. J'ai pensé que c'était peut-être un couple d'amoureux. Ca bougeait un peu, mais c'est tout". Elle poursuit donc son chemin. Verdict attendu vendredi. (AFP)
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