© INTERNEL'audience traditionnelle de rentrée de la Cour de cassation, qui s'est tenue vendredi sous les ors du palais de justice de Paris, a apporté son lot de faits inhabituels. D'abord, le discours du premier président Guy Canivet a été quasi-intégralement publié par Le Monde daté de samedi avant même qu'il ne soit prononcé devant le Premier ministre. Découvrant ce discours dans le journal, Dominique de Villepin a décidé de prendre la parole devant la plus haute juridiction, a-t-on appris de sources gouvernementales qui insistent sur un problème "d'inélégance" de la part du premier président Canivet plus qu'un problème de fond. Invité traditionnellement à cette audience solennelle, normalement, le chef du gouvernement ne s'exprime pas. Usage rompu ce vendredi. "Je ne suis pas un homme d'habitudes. Nous ne sommes pas dans un temps d'habitudes. Nous sommes dans un temps de grand changement", a ainsi déclaré Dominique de Villepin de Villepin. Il a dit "l'immense respect qu'(il) éprouvait pour l'institution judiciaire" et a insisté sur le fait que son gouvernement était "attaché à lui donner tous les moyens pour lui permettre de remplir sa tâche".
Guy Canivet, qui siège depuis près de huit ans au sommet de la hiérarchie judiciaire française, a ensuite pris la parole en expliquant qu'il s'en tiendrait à "l'essentiel" de son propos "puisque vous avez souhaité que je ne lise pas mon discours", a-t-il dit à l'adresse du chef du gouvernement. Du coup, le discours de sept pages, dont des exemplaires étaient disposées sur les chaises du public de l'audience solennelle, a été largement tronqué. Il est revenu sur le moral des juges. Ils sont "aujourd'hui humiliés et déprimés : c'est un phénomène réel qui est à prendre au sérieux". Pour autant, dit-il, les juges "ne dédaignent pas ce qu'ils font". "Ils regrettent que l'attachement à leur mission, leur fierté de la bien remplir, leur honneur professionnel ne soient pas justement reconnus". "Astreints à un métier exposé et difficile, ils mériteraient peut-être d'être un peu considérés", estime Guy Canivet.
Cet épisode a suscité la protestation immédiate du Syndicat de la magistrature, classé à gauche. Le SM a parlé d'un "événement sans précédent symptomatique de la volonté de mainmise du pouvoir exécutif sur la magistrature". Le président de l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire), Dominique Barella, a ironisé sur "une tempête dans un verre d'eau" et une "petite révolution de palais de justice".
Retour MYTF1
Chargement en cours...



