
Ils ont attendu une demi-heure pour entrer au siège du Parti socialiste, rue de Solférino, ils attendent encore pour voir les photos, mais peu leur importe: Marie-Christine a consacré sa journée à François Mitterrand, "l'homme de (sa) vie", Toussaint veut rendre hommage à son "idole". Des milliers de personnes - au moins 30.000, selon une estimation des socialistes en milieu d'après-midi - se sont ainsi rendues dimanche au siège du PS où était organisée une journée de commémoration : 180 photos sur sa vie politique, de 1971 à 1995, disséminées sur deux étages du bâtiment, des films passant en boucle sur des écrans, des haut-parleurs diffusant des discours ou interviews...
Dès 14H, à l'ouverture, la file d'attente s'étendait sur une centaine de mètres, et n'a pas diminué au long de l'après-midi. A l'intérieur on fait la queue devant chaque photo, on attend encore pour monter l'escalier. On discute de la ferveur retrouvée pour Mitterrand, de l'absence à Jarnac de Danièle Mitterrand qui, dit-on, "n'aime pas les célébrations". C'était la journée des anonymes, sympathisants ou militants, que François Hollande, de retour de Jarnac, est venu saluer vers 17H. Il a souligné à cette occasion que les socialistes devaient "se rassembler", comme le souhaitait François Mitterrand. La plupart des autres personnalités étaient attendues dans la soirée.
"C'est l'homme de ma vie".
Claude Estier, figure du parti, venu dès le début de l'après-midi pour "aider à accueillir les gens", note : "ils sont étonnés d'être si nombreux, ça fait plaisir". Guy Jouait, un militaire à la retraite, se souvient que Mitterrand était "quelqu'un qui suscitait l'émotion chaque fois qu'il parlait". "Chirac restera dans l'histoire avec les moto-crottes, lui a modifié le cours social de la France", affirme-t-il. Un professeur, qui ne donne pas son nom, dit avoir "bien aimé la photo du petit Michel Rocard qui rigole quand il est nommé Premier ministre, sans savoir encore ce qui l'attend".
Ils tournent autour du bureau de François Mitterrand, reconstitué pour l'occasion, scrutent le pardessus (qui n'est pas d'époque) accroché au porte-manteau, en attendant de signer le livre d'or, posé dans un coin de la pièce. "Merci à François", "merci d'avoir changé nos vies", écrivent-ils. "Ne nous quittez pas", demande Sam. "L'espoir n'est pas mort, le PS vaincra", affirme Toussaint Adjati, un poète béninois. De vive voix, lui qui n'est arrivé en France qu'il y a moins de 10 ans, il confie : "Mitterrand, c'est mon idole".
Claude Estier reconnaît plusieurs vieux militants, venus, dit-il, "retrouver une image familière". Il y a aussi des jeunes, comme Antoine Clapier, un étudiant en école d'ingénieur de 23 ans, pour qui à gauche "on cherche un vrai leader comme lui" : "le rassembleur manque". "Il était proche du peuple, sans être populiste", quelque chose encore qui, selon lui, "fait défaut". Marie-Christine Lemporte, militante du XIe, est venue avec un gros bouquet de roses rouges. Elle en a déjà déposé sur le parcours mis en place par la mairie de Paris, aux lieux qu'il aimait. Elle en laissera aussi à la Bastille, là où les Parisiens de gauche ont fait la fête le 10 mai 1981. "J'avais peur d'être triste, mais les photos sont gaies, il sourit partout", dit-elle. Et elle ajoute : "c'est l'homme de ma vie".
Photo d'ouverture : les visiteurs se pressant rue de Solférino, dimanche, sous un grand portrait de François Mitterrand - DR
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