
Il s'agit des premières auditions publiques de la commission. Les acquittés d'Outreau ont commencé à être entendus mercredi matin à Paris par la commission d'enquête parlementaire chargée de tirer les leçons de cette catastrophe judiciaire. La semaine dernière, elle avait entamé ses travaux à huis clos, un choix dénoncé par les acquittés, leurs avocats, les deux principaux syndicats de magistrats et certains députés qui la composent.
Six des treize acquittés, dont certains ont effectué plus de trois ans de détention provisoire avant d'être innocentés d'accusations de viols et d'agressions sexuelles sur des enfants, ont ainsi raconté leur expérience.
"Le juge aurait dû avoir dès le départ des doutes"
Premier à s'exprimer, le chauffeur de taxi Pierre Martel a dénoncé une "instruction menée uniquement à charge et pas de présomption d'innocence". "Le juge aurait dû avoir dès le départ des doutes" a déclaré cet homme de 57 ans, acquitté lors du premier procès de Saint-Omer en juillet 2004.
Il a notamment rappelé que deux des quatre personnes qui l'accusaient étaient revenues sur leurs déclarations et a évoqué une lettre de Thierry Delay disant que sa femme Myriam, personnage principal de cette affaire, "accusait des innocents". "On n'en a jamais entendu parler. Il (le juge Burgaud, ndlr) est encore passé à côté de la recherche de la vérité", a-t-il dit. Pierre Martel a aussi évoqué les 18 courriers - autant de "signaux d'alarmes" - adressés au juge Burgaud, au ministre de la Justice d'alors Dominique Perben, à Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre de l'époque et au président Jacques Chirac. "Tous ces appels à l'aide n'ont pas été entendus à l'époque. Nous étions considérés comme des monstres", a-t-il dit.
Le juge Burgaud conteste
L'abbé Dominique Wiel, acquitté lors du second procès, a affirmé que "le juge Burgaud savait que l'aîné des enfants Delay mentait dès le début" parce qu'il avait affirmé que son beau-père avait violé sa fille, ce qui s'est révélé médicalement faux. Cet homme de 68 ans, qui a subi 30 mois d'incarcération, a aussi dénoncé "l'absurdité des accusations" de viol portées contre lui et le "charabia des psychologues" qui avaient repéré des traits d'abuseur sexuel chez la plupart des accusés.
Dans une interview publiée mercredi par l'Express, le magistrat estime "avoir rempli sa mission honnêtement" et assure que "ce serait une solution de facilité de présenter des excuses". "Ce n'est pas adroit, c'est le moins qu'on puisse dire", a déclaré à la presse Elisabeth Guigou, député PS et membre de la commission. Mais l'ancienne ministre de la Justice n'entend pas pour autant "entrer dans le procès anti-juge Burgaud, anti-juge d'instruction".
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