
La commission d'enquête parlementaire sur Outreau a pris un nouveau coup mercredi avec la décision de l'un de ses membres, l'ex-ministre socialiste de la Justice Elisabeth Guigou de boycotter les auditions qui auront lieu à huis clos.
Les deux principaux syndicats de magistrats, l'USM et le SM, ont vu dans cette protestation un nouveau signe de la "fragilité" de la commission qui a entamé ses travaux mardi afin de disséquer la catastrophe judiciaire d'Outreau et proposer des réformes.
"Ce drame national"
"J'ai vu hier la première audition à huis clos et je n'ai pas l'intention de renouveler cette expérience. Je suis pour la publicité des débats de la commission d'enquête", a déclaré la députée. "Je ne cautionnerai pas des réunions qui me semblent ne pas se faire dans la totale transparence", a-t-elle ajouté. Mercredi, la commission a entendu à huis clos des policiers, dont certains avaient pourtant été entendus publiquement au procès en appel à Paris en novembre.
La députée a estimé qu'il était "très important que l'ensemble des Françaises et des Français puissent savoir ce qui s'est passé" sur ce "drame national". Pour Elisabeth Guigou, il ne faut pas que le travail de la commission parlementaire "tourne au procès des médias et des juges". "Je souhaite qu'on mette tout cela à plat et seule la publicité organisée des débats peut donner ces garanties".
Elle a indiqué qu'elle assisterait la semaine prochaine à l'audition des personnes qui ont été acquittées puisque "plusieurs seront publiques" mais qu'elle ne participerait pas aux auditions "qui ne seront pas publiques".
"Le dispositif que je préconise c'est que tous les médias soient représentés par un ou deux journalistes, sans caméra et sans micro comme dans les procès, et que la Chaîne parlementaire soit autorisée à filmer et à diffuser l'intégralité des débats", a-t-elle expliqué.
Ses "batailles intestines"
Le principe d'un huis clos, levé au cas par cas en tenant compte du souhait des personnes auditionnées, a été décidé par la majorité de la commission. Il a été dénoncé par les acquittés d'Outreau, les syndicats de magistrats et des membres de la commission comme Christophe Caresche (PS) ou Michel Hunault (UDF).
"Par son manque de transparence et ses batailles intestines, la commission est malheureusement en passe d'échouer", a regretté Dominique Barella, le président de l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire). "Depuis le début cette commission est mal partie parce que les députés au lieu de s'occuper des grands principes comme la détention provisoire, l'instruction ou les droits de la défense s'enferrent dans la relecture des deux procès d'Outreau", a-t-il ajouté.
Interrogé sur la décision de Elisabeth Guigou, le ministre de la Justice, Pascal Clément, a refusé de réagir sur une question "qui relève de la compétence de l'Assemblée". Elisabeth Guigou a également exprimé la crainte de lancement de réformes par le gouvernement "avant que la commission ait rendu son rapport" début juin.
Après l'annonce d'une réforme du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) par le président de la République la semaine dernière, le président de la commission André Vallini (PS) avait déjà averti que Jacques Chirac "serait bien inspiré d'attendre" les conclusions de la commission.
(Elisabeth Guigou mardi à l'Assemblée nationale/DR)
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