
Dominique Wiel : "le juge Burgaud savait"; Karine Duchochois : "le premier qui aurait dû s'excuser c'est lui"; Pierre Martel ": il avait un pouvoir énorme et tout le monde était à sa botte, c'est incroyable"... Les acquittés d'Outreau, entendus publiquement mercredi à Paris par la commission d'enquête parlementaire ont accablé Fabrice Burgaud, le juge d'instruction chargé du dossier, principal responsable à leurs yeux de la "machine à broyer" dont ils ont été victimes.
11 des 13 personnes innocentées d'accusations de viols et d'agressions sexuelles sur des enfants lors de deux procès en 2004 et en 2005 ont raconté aux 30 députés leur expérience, l'humiliation, les années de prisons - certains ont effectué plus de trois ans de détention provisoire avant d'être blanchis. Certains des témoignages ont arraché des larmes aux députés.
"La mort de mon frère sur la conscience"
Premier à s'exprimer, le chauffeur de taxi Pierre Martel a dénoncé une "instruction menée uniquement à charge par un juge passé à côté de la vérité" et l'absence de "présomption d'innocence" dans une affaire qui s'est conclue par l'acquittement de 13 des 17 accusés, certains après plus de trois ans de détention provisoire. "Le juge aurait d avoir dès le départ des doutes", a estimé Pierre Martel (57 ans), innocenté à l'issue du premier procès de Saint-Omer en juillet 2004, rappelant que deux des quatre personnes qui l'accusaient étaient revenues sur leurs déclarations pendant l'instruction. Le juge "c'était le bon Dieu, il avait le droit de vie et de mort sur moi, il avait un pouvoir énorme et tout le monde était à sa botte (...) Il m'a dit 'J'ai trois ans pour instruire, vous aurez 20 ans pour réfléchir'".
Plusieurs des acquittés entendus ont également appelé la commission à s'interroger sur les relations entre le juge et Myriam Badaoui. Cette mère incestueuse est la principale accusatrice dans cette affaire de pédophilie, basée sur des dénonciations de viols par des enfants qui se sont en grande partie révélées fausses.
"Le juge a essentiellement écouté Myriam Badaoui. Tous les deux ont inventé cette histoire", a dénoncé l'huissier Alain Marécaux (41 ans), dont la mère est décédée pendant l'instruction. "Ma mère a arrêté de s'alimenter. C'est à cause de lui (le juge Burgaud, ndlr) que ma mère est partie", a accusé l'huissier, des sanglots dans la voix, qualifiant le juge d'instruction de "meurtrier".
Un autre acquitté, Christian Godard, a accusé le magistrat d'être responsable de la mort de François Mourmand, décédé en détention d'une surdose de médicaments en juin 2002. "Les excuses du juge, j'en veux pas. J'ai pas de mort sur ma conscience. Le 14ème (innocent, ndlr), c'est pas moi qui l'ai fait mourir, c'est lui", a-t-il déclaré. Le juge Burgaud "a la mort de mon frère sur la conscience", a renchéri Lydia Mourmand, soeur de François.
"Contrainte et forcée"
Pour Karine Duchochois, "le premier qui aurait dû s'excuser", c'est le juge Burgaud. "On veut que les personnes qui ont brisé nos vies prennent leurs responsabilités et soient sanctionnées", a-t-elle déclaré, la voix brisée lorsqu'elle a évoqué son fils qui ne veut plus vivre avec elle.
Dans une interview publiée par l'Express, le magistrat persiste et signe. Il assure que "ce serait une solution de facilité de présenter des excuses" et estime "avoir rempli sa mission honnêtement". "Je ne suis pas sûr de partager cette opinion. Il faudra bien un jour ou l'autre en tirer les conséquences", a commenté le rapporteur de la commission, Philippe Houillon (UMP).
La "boulangère" Roselyne Godard, qui s'est présentée devant la commission "contrainte et forcée" a pour sa part estimé que le juge Burgaud "n'était pas le seul responsable des errements" de l'affaire, incriminant "toute une chaîne de responsabilités".
Les acquittés ont aussi mis en cause les méthodes policières pendant les gardes à vue où ils étaient "insultés" et "soumis à la question". Le président de la commission, André Vallini (PS), a annoncé que les acquittés seraient autorisés à assister à l'audition du juge Burgaud devant la commission, dont la date n'est pas encore fixée. Les avocats des acquittés doivent être entendus jeudi.
RENDEZ-VOUS : l'intégralité des auditions sur Histoire |
La chaîne Histoire bouleverse ses programmes ce week-end pour diffuser l'ensemble des auditions des acquittés et de leurs avocats devant la commission d'enquête parlementaire. Auditions des acquittés : samedi 21 janvier à partir de 10 h et dimanche 22 janvier à partir de 7 h. Auditions des avocats des acquittés : samedi 21 janvier à partir de 22 h et dimanche à la suite des auditions des acquittés. |
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