Perpétuité : "Chaque jour qui passe est un jour sans avenir"

Par Propos recueillis par Franck LEFEBVRE, le 24 janvier 2006 à 15h25 , mis à jour le 25 janvier 2006 à 09h06

Gabriel Mouesca, président de l'Observatoire international des prisons, section française, réagit auprès de tf1.fr à la lettre signée par dix détenus de Clairvaux réclamant le rétablissement de la peine de mort. Pour lui, cet appel est à comprendre avant tout comme un acte de désespoir.

[Expiré] [Expiré] Gabriel Mouesca, oit © AFP / DENIS CHARLET

tf1.fr : "Nous, les emmurés vivants à perpétuité du centre pénitentiaire le plus sécuritaire de France (...), nous en appelons au rétablissement effectif de la peine de mort pour nous". Comment comprenez-vous cette lettre collective de prisonniers de Clairvaux ?

Gabriel Mouesca, OIT : Je connais plusieurs des promoteurs de ce courrier. Ce sont des "longues peines", ils sont en maison centrale sécuritaire depuis des années, voire des décennies. Leur lettre est un acte de désespoir. Ces hommes-là font partie de ceux dont on ne parle plus quand on évoque la condition pénitentiaire. On ne parle que des "courtes peines" ; les "longues peines" disparaissent des discours politiques des uns et des autres, d'où un terrible sentiment d'abandon.

tf1.fr : Combien y a-t-il de condamnés à la perpétuité en France, et comment vivent-ils leur incarcération ?

Gabriel Mouesca : Il y a entre 550 et 600 détenus condamnés à la perpétuité dans les prisons françaises. Et pour eux, chaque jour qui passe est un jour sans avenir. Pour tout être humain, l'intérêt de la vie, c'est de pouvoir se projeter dans l'avenir, d'avoir des projets de vie. Les condamnés à perpétuité - mais aussi tous ceux qui ont des condamnations très longues - n'ont aucune perspective d'avenir : il n'y a pas de date dans leur ligne de vie à partir de laquelle ils peuvent se dire qu'ils tourneront la page de la prison (qui est la non-existence par essence) et à partir de laquelle ils pourront se reconstruire. On atteint alors un degré de désespérance tel qu'on peut comprendre ce genre de lettre.

tf1.fr : Quelles peuvent être les conséquences d'une telle lettre ?

Gabriel Mouesca : Les dix détenus qui l'ont signée se sont personnellement mis en danger, les lettres collectives étant interdites par le règlement intérieur des prisons. Ils vont très probablement passer en commission disciplinaire et se retrouver au mitard pour avoir signé cet appel. Mais au-delà d'eux, il y a des dizaines, voire des centaines de personnes qui se reconnaissent dans leur situation. D'où cette lettre, que je comprends tout à fait. Ce que disent ces prisonniers, c'est : ce que nous vivons comme condamnés à perpétuité est quelque chose d'infra-humain. Une telle situation constitue même une mise en danger du personnel surveillant. Il y a peu de temps (le 16 avril 2003, ndlr), dans cette même centrale de Clairvaux, les ateliers ont brûlé et un gardien a été pris en otage par des prisonniers. Tout ceci parce qu'on avait décidé de fermer les portes des cellules en journée. Un geste comme celui-ci a été très mal vécu par les "longues peines". Aujourd'hui, il y a cette lettre, qui est un signal d'alarme. Mais tous les observateurs des prisons le savent déjà, les conditions sont réunies pour que de nouveaux drames se produisent.

tf1.fr : Ces détenus, désespérés, réclament la mort. Pourrait-on humaniser leur condition et rendre leur peine vivable ?

Gabriel Mouesca : C'est avant tout la gestion des peines telle qu'elle est pratiquée qui mène à la désespérance. La liberté conditionnelle n'est pas appliquée. Alors les années passent, puis les décennies, et le désespoir devient total. Les responsables, ce sont les magistrats et les cours d'assises. Il y a une politique de plus en plus dure sur le plan des peines appliquées : en 20 ans, on a presque doublé la durée des condamnations. On constate aussi que la perpétuité a tendance à se substituer à la condamnation à mort. Aujourd'hui, les perpétuités, mais aussi les longues peines, sont les grands oubliés des aménagements de peines. Personne ne pense à leur sortie, ni ne la prépare - alors qu'elle devrait être préparée par des magistrats. Tout ceci relève d'un état d'esprit dominant, dans une société de plus en plus répressive.

Photo d'ouverture : Gabriel Mouesca, président de l'Observatoire international des prisons (section France), le 3 octobre 2005 devant la maison d'arrêt de Bapaume - AFP / DENIS CHARLET

Par Propos recueillis par Franck LEFEBVRE le 24 janvier 2006 à 15:25
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18 Commentaires

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  • Laeti, le 24/01/2006 à 17h35

    Et bah ! "Acte de desespoir" aller dire cela aux vrais victimes ! "Pourrait-on humaniser leur condition et rendre leur peine vivable ?" : Vivable ! et les personnes qu'ils ont tué ? c dingue en France plus on est hors la loi plus mieux c'est.....

  • Ingrid, le 24/01/2006 à 17h30

    Qu'on leur donne au mions le droit de vivre ou de mourir, chaque être humain doit pouvoir décider lui-même s'il continue a vivre ou non. Même si je n'arrive pas vraiment à plaindre ces détenus parce que si ils ont la perpétuité c'est qu'ils on commis qqch de grave, on pourrait leur laisser au mions un droit : celui de mourir.

  • Pierre, le 24/01/2006 à 17h24

    Il y a également plusieurs milliers de personnes condamnées à la perpétuité en France dans l'indifférence générale : il s'agit des proches des victimes, de leurs parents, de leurs amis. Emmurés vivants dans le désespoir, ivres de douleurs, condamnées à vie à l'absence du fait de criminels sans scrupules. Par quel forme de refoulement Mr mouesca oublie-t-il ces personnes la ? Sont-elles donc moins importantes que les criminels qui atterissent en prison malgré le faible taux d'élucidation des affaires, malgré les juges du SM et le laxisme généralisé ?

  • Perreau, le 24/01/2006 à 17h20

    Je pense qu'un etre humain qui n'a pas comis de crime et violer doit avoir une seconde chance.Mais le problème en France c'est celui qui braque une banque qui en prend plus que celui qui viole des enfants.

  • Cati, le 24/01/2006 à 17h15

    Et leurs victimes, cela fait bien longtemps qu'elles n'ont plus d'avenir du tout elles aussi.

  • Monsieur Bidule, le 24/01/2006 à 17h13

    Je suis bien conscient qu'il peut être utile que des gens dans notre société se souci des détenus. Toutefois, mon constat actuel est que les peines sont justement bien trop légère. Il suffit de lire la presse avec attention pendant quelque mois pour trouver des dizaines d'exemples: entre le viol qui s'en prend à 10 filles et qui écope de 7 ans de prison (et qui sera sorti au bout de 3 ans...forcément il n'y a pas de fille a violé en prison alors il est facile de se tenir à carreau), le controleur de la SNCF qui se fait casser la machoire en deux et dont l'agresseur se prend 3 mois avec sursis et une "lettre d'excuse". On peut trouver des centaines d'exemples. Bien entendu, n'était jamais aller en prison, je ne peux pas réellement imaginer ce que vive ces détenus à perpétuité. Toutefois je me dis que si ils ont eut ces peines, c'est qu'ils ont du faire des choses affreuse. Le violeur qui viole une fille, se fait arrêter et se prend 2 ans de prisons, c'est révoltant. La fille est détruite et mettra de longue année à se reconstruire (voire elle n'y arrivera jamais). Au bout de 2 ans le violeur lui est dehors et peux refaire sa vie très simplement.

  • Bertrand, le 24/01/2006 à 17h10

    Et les victimes des pauvres incarcérés ? Elles deviennent quoi elle dans cette histoire ? Si ils en sont là ce n'est pas sans raison me semble-t-il. Pour ce qui est du rétablissement de la peine de mort c'est une excellent idée à porter à leur crédit.

  • Rubot, le 24/01/2006 à 17h01

    Je suis scandalise par les commentaires de Gabriel Mouesca. Si ces personnes sont condamnes a des peines de perpetuites c est bien pour une raison ! Et les victimes alors ? Il n y a qu en France qu on peut lire cela et voir que les bourreaux et les criminels sont les nouvelles victimes ! Merci de me publier pour une fois

  • TITEUF53, le 24/01/2006 à 16h51

    Je ne connais pas personnellement ces 10 individus, mais je suppose qu'ils n' ont pas pris perpette sans raison. Quand on sait que dans la majorité des cas perpette = 20 ou 25 ans compte tenu des remises de peine, ces 10 là ont du commettre des crimes particulierement odieux pour n' avoir aucun espoir de sortie, alors ne comptez pas sur moi pour m' appitoyer sur leur sort.

  • ., le 24/01/2006 à 16h50

    Chaque jour qui passe est un jour sans avenir"" ..Et la ou les victimes qui sont six pieds sous terre quel est leur avenir ! C'est de l'irrespect envers la personne qui chaque jour va sur la tombe de l'ètre qui a été assassiné par un meurtrier .

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