© lciLe martyre du petit Nicolas, cogné "comme un punching-ball", empêché de boire pendant un été caniculaire, bâillonné et lié dans son lit, a été relaté vendredi à la cour d'assises du Bas-Rhin devant quatre accusés, ses plus proches parents, qui ont nié l'ampleur de leur responsabilité.
Nicolas est mort le 9 août 2003 après six semaines de sévices qualifiés d'actes de tortures et de barbarie, dans un logement sordide et surpeuplé. Cette période correspond à l'arrivée au foyer Holzmann de la grand-mère maternelle de la victime, Mme Vieira, et de son fils Bruno, 21 ans à l'époque des faits.
Baillonné pour ne pas réveiller
Mme Vieira reconnaît avoir frappé Nicolas avec une palette en bois pour faire les crêpes, un instrument qui semble aussi avoir été utilisé par ses enfants, Bruno et Isabel, pour frapper le garçon. "Mais ce n'était pas pour lui faire mal, je ne lui faisais pas de marque", a-t-elle assuré. Elle a reconnu aussi qu'elle s'était servie d'une corde à sauter pour attacher Nicolas dans son lit "pour qu'il reste dedans", a-t-elle expliqué, car les déplacements nocturnes de Nicolas dérangeaient ses trois soeurs et sa grand-mère qui dormaient dans la même chambre.
"Les pieds et les mains attachés, il passait quand même, alors on l'a attaché au lit", raconte-t-elle de sa voix chevrotante. En outre, il "était bâillonné pour ne pas réveiller ses soeurs par ses plaintes", et à la fin, il restait attaché et bâillonné nuit et jour. A l'évocation de ces sévices, le père de Nicolas, Fernand, s'est effondré en pleurant, victime apparemment d'un malaise.
Nicolas était frappé "tout au long de la journée, principalement par ma mère, par mon frère et à moi, ça m'arrivait aussi", avait auparavant reconnu son épouse, Isabel. Elle a expliqué qu'il y avait "un assez fort climat de tension à la maison", depuis l'arrivée de Bruno et de sa mère.
"A partir de la mi-juillet, Nicolas passait tout son temps à écrire des lignes de punition, et dès qu'il arrêtait, il prenait des gifles" a-t-elle déclaré. L'enfant était aussi frappé alors qu'il écrivait ses lignes, à genoux devant la petite table du salon, les pieds entravés, à cause de ses bêtises. "Mais il n'a jamais rien fait d'irréparable", a-t-elle reconnu.
"Je ne me lève pas en cachette pour boire"
Quant aux lignes de punition, le président Jérôme Bensussan a montré à la cour trois grands cahiers 24x32, et demandé aux quatre accusés qui avait contraint Nicolas à écrire ces lignes. "Ce n'est pas moi", se sont récriés tour à tour Marie-Thérèse Vieira, Fernand et Isabel Holzmann, et Bruno.
Dans ces cahiers, Nicolas avait écrit 2.772 fois "pendant la nuit, je ne me lève pas en cachette pour boire", 1.551 fois "Je ne me fous pas de la gueule de mon père" et 1.008 fois "j'apprend à me taire". Bruno a seulement reconnu avoir demandé à Nicolas d'écrire "quand je vais au stade, je ne frime pas", mais, a-t-il insisté, "je lui ai jamais demandé de compte sur sa punition, c'est ma mère qui le surveillait".
La grand-mère a indiqué de son côté: "je fixais pas le nombre de lignes, je surveillais juste qu'il écrive, il fallait qu'il écrive, sinon il avait des baffes". Les derniers jours avant sa mort, a raconté le père, "il ne mangeait pas à table avec nous, parce que ma belle-mère disait qu'il sentait mauvais, parce qu'il avait pissé dans sa couche", mais "à part ça, pour moi il allait bien".
Fernand Holzmann a fini par reconnaître que les problèmes d'énurésie de son fils avaient repris au moment même où sa belle-mère s'était réinstallée dans leur petit trois pièces, fin juin, après un premier séjour de cinq mois, de décembre 2002 à mai 2003, déjà extrêmement tendu. Le verdict est attendu le 27 janvier.
(une corde, une des pièces au procès/lci)
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