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Rue des Rosiers, une communauté hébétée

Edité par
le 05 janvier 2006 à 18h00
Temps de lecture
5min
Michael boulanger rue des Rosiers

Crédits : A.Ga.

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SociétéL'abattement était perceptible jeudi matin dans le quartier parisien du Marais, suspendu aux nouvelles sur l'état de santé du Premier ministre israélien. Quant à l'après-Sharon, l'optimisme le disputait à l'incertitude.

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La sonnerie du téléphone retentit sans répit. Depuis l'annonce de l'hospitalisation du Premier ministre israélien Ariel Sharon, le standard de radio J, première radio juive de France, est pris d'assaut par les auditeurs. "Ils veulent savoir comment il va", explique Sylvie, l'assistante le combiné en main.

La radio est située rue des Rosiers, en plein cœur du quartier juif du Marais. Jeudi, 10 h du matin, la rue s'éveille à peine. La plupart des magasins -boutiques de luxe côtoyant échoppes traditionnelles-, ont encore les rideaux baissés. Les habitants viennent tout juste d'apprendre la nouvelle et rares sont ceux qui acceptent de parler. "Que dieu le garde", lance une dame sans lever le nez. "On est un peu sous le choc", s'excuse un boucher en train de fumer sa cigarette sur le perron de son magasin.

"Une année de plus"

Quand les langues se délient, l'abattement est le premier sentiment exprimé. Michael, 28 ans, rencontré dans une boulangerie, se dit "tout simplement triste". Tout en emballant ses pains surprises, il s'explique : "Sharon, c'est quelqu'un qui sait diriger le bateau, qui a de la poigne. C'est lui le fondateur, le partisan du grand Israël. Il a su aller au bout de ses actions, il a assuré la sécurité. Récemment, il avait su être ferme quand il fallait l'être."

Dans la rue balayée par des flocons, un groupe de jeunes, kippa sur la tête, passe en rigolant, deux touristes anglophones s'arrêtent devant une boutique à la recherche d'une pierre bleue, un porte-bonheur.

"On est peiné...", dit Charlotte commerçante rue des Rosiers. "C'est vrai que s'il avait eu une année de plus, c'aurait été bien. Il avait entrepris des modifications importantes, le nouveau parti, les négociations à terminer... Entre les prochaines législatives, le Hamas qui a annoncé la rupture de sa trêve...Ca tombe mal", déplore-t-elle les yeux au loin.

Norberd, 55 ans, Israélien de Ner-Yaffeva, rencontré au Mivami café dit "tout!" regretter chez "Arik". C'était l'homme clef de la situation, celui qui a le plus d'expérience.... Et ce sont les hommes de guerres qui font la paix... Je le comparerais à Gandhi avec ce retour à la paix. Malgré d'éventuelles magouilles, ça reste un homme vrai.

Audace historique

"La disparition d'Ariel Sharon ? J'en suis malade", lâche Paul, 60 ans en appuyant la voix. Parce que c'est un homme exceptionnel, dit-il en détachant chaque syllabe et en vous regardant droit dans les yeux. Pour tous les juifs, Sharon représente la définition de l'Etat d'Israël. C'est le héros de la guerre du Kippour en 1973. Encore aujourd'hui, cet homme n'a cherché qu'une chose : défendre son pays contre tous ses voisins. Des réserves sur la politique du Premier ministre ? L'homme calme, s'emporte, hausse le ton. "Personne en dehors d'Israël n'a le droit de critiquer Israël !" Et de regretter que les médias français aient, selon lui, tant diabolisé Ariel Sharon.

Aucun ne mentionne le massacre de Sabra et Chatila au Liban en 1982 pour lequel Ariel Sharon alors ministre de la Défense avait été jugé "personnellement responsable" en 1983 par une commission d'enquête israélienne pour n'avoir pas prévu ni empêché les massacres qui ont fait entre 700 et 1.500 morts, selon les sources.

"Aujourd'hui vous ne trouverez aucune critique et en particulier dans ce quartier", commente Michel Zerbib, directeur de l'information de radio J. Les gens souhaitent d'abord le rétablissement de l'homme. Des critiques aujourd'hui seraient indécentes... Ariel Sharon est quelqu'un d'extrêmement populaire en France. C'est l'un des derniers -sinon le dernier- pionniers de la guerre d'indépendance. Il a cette légitimité de militaire et cette audace historique qui plait beaucoup.... Et pourtant son retrait de la bande de Gaza n'a pas fait l'unanimité."

"Continuer les négociations"

Dans les locaux de radio J, l'ambiance est fébrile, les journalistes préparent une édition spéciale. Ils ont sur place deux correspondants, l'un à Jérusalem, l'autre à Tel Aviv. "Il y a une grande inquiétude palpable sur l'avenir", poursuit Michel Zerbib tout en gardant un œil sur le fil des dépêches d'agence. Ariel Sharon, l'ancien général compte depuis plusieurs décennies parmi les figures du Proche-Orient. Personnalité dominante de la scène politique israélienne, rien ne semblait devoir l'écarter du troisième mandat qu'il devait briguer le 28 mars à la tête de son nouveau parti Kadima, avec le processus de paix pour mot d'ordre.

Alors, qui pour succéder à Ariel Sharon ? Pour Charlotte, Israël doit en profiter pour tourner la page de cette génération de dirigeants qui ont connu la guerre. Et de constater qu'il n'y a pas beaucoup d'hommes jeunes en politique israélienne. "Est-ce qu'ils auront la même force qu'eux ?, s'interroge Charlotte, C'est la question. Il faut qu'Israël se relève de ça, il faut continuer les négociations".

Les spéculations commencent sur l'issue des législatives : pour Michel Zerbib. Kadima va être portée aux nues avec des figures comme celles du vice premier ministre, ancien maire de Jérusalem, Ehud Olmert. Pour Norberd, le Likoud va gagner aux législatives avec Benjamin Netanyahu. "La disparition d'Ariel Sharon ne va rien changer, la ligne de la paix va continuer... Que ça soit Netanyahu ou un autre, ils ne peuvent pas faire autrement..."

"Avec Sharon on savait où on allait, on était en confiance", regrette Michael. Là, on a peur de l'inconnu mais on ne pourra pas faire machine arrière sur ce qui a été fait. "Mais rien ne va changer! ", s'exclame Paul. Et de conclure : "de grands hommes sont morts et la vie a continué ! Rien ne va changer !" Dans les locaux de radio J, les journalistes peaufinent leur émission, Michel Zerbib est en ligne. Et au standard, le téléphone continue de sonner.

(Photo : Michael rencontré rue des Rosiers/A.Ga/TF1.fr)

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