
Des traces de peinture découvertes sur la coque du chimiquier maltais Sichem Pandora immobilisé à Dunkerque ont renforcé l'hypothèse d'une collision de ce navire avec le bateau de pêche Klein Familie, dont le naufrage au large du Cotentin a fait cinq disparus et un seul survivant. Les premières images de l'épave, formellement identifiée samedi par sous-marin muni d'une caméra de la marine française, démontrent un choc très violent et confortent encore ce scénario, ont indiqué les autorités maritimes. Des plongeurs sont allés de nouveau inspecter le navire naufragé lundi ; mais ils ont constaté que l'épave devra être préparée avant une exploration plus approfondie. Cette plongée "a confirmé la dangerosité de l'investigation humaine de l'épave", qui est "encombrée par de nombreux cordages ainsi que des lignes avec hameçons qui constituent un véritable piège pour les plongeurs", a souligné la Marine nationale.
"Tout ce que j'attends c'est qu'on retrouve le corps de mon fils et que justice soit faite", a déclaré lundi la mère de Frédéric Terpereau, la plus jeune des victimes du naufrage du Klein Familie qui devait fêter ses 19 ans mercredi. Comme Marie-France Terpereau, les autres proches des marins disparus attendent avec impatience que les autorités maritimes puissent envoyer des plongeurs examiner l'épave du chalutier afin d'y retrouver éventuellement des corps.
Les constatations effectuées parallèlement au cours du week-end par des plongeurs sur la coque du Sichem Pandora actuellement à quai à Dunkerque "ont permis de découvrir des traces de peinture verte sur une dizaine de mètres à un mètre sous la ligne de flottaison, sur le bulbe tribord", a déclaré samedi le procureur de Cherbourg Michel Garrandaux lors d'une conférence de presse. "Des prélèvements ont été effectués et une analyse scientifique est en cours pour les comparer avec des prélèvements effectués sur des débris du Klein Familie", dont la coque était peinte en vert, a-t-il ajouté. Il a précisé que les résultats de cette analyse étaient attendus "en début de semaine prochaine". Selon LCI, qui ne cite pas de source, il s'agirait bel et bien de la peinture du chalutier. L'armateur norvégien et l'affréteur danois du Sichem Pandora étaient attendus lundi à Dunkerque. En cas de poursuites, la question qui se pose à présent est celle du lieu exact du naufrage.
"Aucun choc"
"Dans la mesure où le naufrage a eu lieu hors des eaux françaises et où le navire impliqué est étranger, le droit international s'applique et d'éventuelles poursuites ne pourront avoir lieu que devant les autorités judiciaires maltaises", a indiqué samedi le procureur de Cherbourg. Il a précisé qu'il était actuellement "en contact" avec ces autorités pour décider une éventuelle immobilisation du Sichem Pandora à Dunkerque. Les autorités maritimes maltaises ont confirmé samedi soir avoir ouvert une enquête. Cependant, selon des sources informées des milieux navals maltais, la zone où s'est produit l'accident dans la Manche pourrait être si proche des côtes françaises que les autorités maritimes maltaises vérifient si la compétence juridictionnelle n'est pas d'abord du ressort des autorités judiciaires françaises.
Selon les témoignages recueillis par les autorités judiciaires qui ont auditionné les quinze membres d'équipage du Sichem Pandora, originaires de Russie et d'Europe de l'est, "le commandant et l'officier de quart n'ont ressenti aucun choc" pouvant les alerter sur une éventuelle collision, a indiqué samedi le procureur de Cherbourg. Claus Thornberg, le directeur de la société Tesma Holding, basée à Copenhague, affréteur du Sichem Pandora, a refusé samedi soir de commenter les soupçons sur l'implication de son navire. Il avait pourtant affirmé auparavant que les enquêteurs français avaient mis le chimiquier hors de cause.
(Photo d'ouverture : le Sichem Pandora à quai - DR)
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