
Un agent communal de La Motte, accusé d'être à l'origine d'un vaste incendie de forêt fin juillet 2003, a nié toute responsabilité mardi à l'ouverture de son procès devant la cour d'assises du Var. Interrogé après la lecture de l'acte d'accusation par le président Jean-Luc Tournier qui lui demandait s'il reconnaissait les faits, Stéphane Audibert, 24 ans, a répondu : "Non, du tout".
Poursuivi pour "destructions volontaires de biens appartenant à autrui par l'effet d'un incendie ayant provoqué des ITT (interruption totale de travail)", Audibert a toujours nié être à l'origine de ce sinistre au cours duquel 1.960 hectares de végétation avaient été détruits sur les territoires des communes de La Motte, du Muy, Callas et Roquebrune-sur-Argens. Lors des opérations de lutte contre l'incendie, neuf sauveteurs bénévoles de La Motte, encerclés par les flammes, avaient failli perdre la vie et plus de 300 personnes, résidant dans le secteur, avaient été évacuées. Au domicile d'Audibert, des pastilles chimiques pour faciliter l'éclosion d'un feu et une boîte d'allumettes avaient été saisies. Un mois avant l'incendie, Stéphane Audibert et deux autres chasseurs avaient quitté avec fracas leur association de chasse, refusant le principe d'une participation financière pour chaque matinée de chasse qui venait d'être adopté.
"Venant de Stéphane, ce serait une bêtise de plus"
Cette première journée a été consacrée à l'étude de la scolarité et à la personnalité d'Audibert. Chemise blanche, cheveux courts, posé et très attentif, l'accusé a reconnu n'avoir "jamais aimé l'école". Il n'a pas nié pas non plus le vol d'un téléphone portable à un employé de mairie ni celui d'une lampe frontale à la caserne des sapeurs-pompiers du Muy où il a été volontaire de 14 à 16 ans. Le maire de La Motte, Yves Rosé, a décrit "un garçon effacé avec des tendances parfois à se mettre en valeur", relevant qu'il "n'est pas une lumière". De son côté, le secrétaire général de mairie a précisé qu'il n'avait pas de doute sur l'innocence de l'accusé. Interrogée par les gendarmes lors de la garde à vue de son fils, la mère de l'accusé avait déclaré : "venant de Stéphane, ce serait une bêtise de plus".
Pour les experts, le jeune homme "ne présente pas de troubles ou d'anomalies mentales" ni "de pathologies pouvant abolir ou altérer son discernement". "Il réagit parfois comme un enfant qui n'a pas tout intégré", a souligné cependant Nicole Trémoulet, psychologue, ajoutant pour résumer son fort attachement à la nature : "Il y a presque une appropriation de la forêt". Pour l'adjudant-chef Frédéric Polge, qui commandait alors la cellule d'enquête "Incendies 83", Audibert a menti a plusieurs reprises au cours de ses auditions sur son emploi du temps et sur l'origine des pastilles trouvées à son domicile. Il a rappelé aussi que l'un des témoins a reconnu "avoir fabriqué un alibi". "Il n'y a pas d'aveu mais un mobile - la chasse -, des menaces, des actes troublants, des antécédents, un alibi fabriqué et des écoutes téléphoniques ont notamment conduit à nos conclusions le mettant en cause", a ajouté l'adjudant.
Mercredi, deux témoins doivent être entendus, qui ont affirmé avoir vu Stéphane Audibert près du départ du feu. L'accusé encourt une peine de 20 ans de réclusion criminelle et 200.000 euros d'amende pour ces faits, dont la qualification criminelle a été retenue. Le verdict est attendu vendredi.
(Photo : l'ouverture du procès Audibert - DR)
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