"Des années de travail qui tombent d'un coup"

Par , le 26 février 2006 à 22h31 , mis à jour le 17 janvier 2010 à 15h16

L'élevage de Daniel Clair est le premier en Europe où a été confirmée la présence du virus H5N1. Depuis, les animaux ont été abattus, et il vit au ralenti comme toute la commune de Versailleux, ses déplacements contrôlés, sous le regard des journalistes. Il témoigne.

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L'homme est brisé. Au téléphone, la voix oscille entre colère et abattement. Daniel Clair, 44 ans, est - triste privilège - l'éleveur de l'Ain dont les dindes ont été les premières touchées en Europe par le virus H5N1 de la grippe aviaire. Depuis, ses déplacements sont contrôlés, comme tous ceux des habitants de la commune de Versailleux, des journalistes campent devant sa porte, il se sent traqué et désespère. Sa ferme comptait plus de 11.000 dindes. Au moins 400 sont mortes de maladie. Toutes les autres ont dû être abattues. La solidarité joue à Versailleux, les habitants font front - ils sont même allés jusqu'à se retrouver, dimanche, autour d'un repas collectif... avec notamment de la volaille, comme pour défier la maladie. Mais le choc n'est pas digéré.

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"Ici, l'ambiance est morose, reconnaît Daniel Clair. Et puis, on voit tous ces reportages sur la grippe aviaire... On réagit vraiment comme des gens abattus. Des nouvelles comme ça, ça n'est à souhaiter à personnes. Ce sont des années de travail qui tombent d'un coup. Et pour le commerce local, c'est grave aussi, c'est très grave. Mais nous avons reçu beaucoup de coups de téléphone de solidarité."

"Dominique Bussereau nous a appelés personnellement"

L'aspect matériel n'est pas le premier de ses soucis. "On ne peut pas chiffrer... C'est vraiment quelque chose qu'on ne peut pas encore aborder...", élude-t-il quand on l'interroge sur l'étendue du préjudice. D'ailleurs, banques et gouvernement ont annoncé très rapidement leur soutien. "Le ministre de l'Agriculture, Dominique Bussereau, nous a appelés personnellement. Il a tenu à nous rassurer pour la suite des événements. Les banques aussi ont appelé pour nous dire qu'elles allaient tout mettre en place pour nous aider. Le côté financier n'est vraiment pas mon souci primaire. Mon souci, c'est plutôt de protéger ma famille. Notamment des journalistes. Samedi matin, les gendarmes m'ont laissé passer pour aller faire des courses. Au retour, j'avais trois journalistes sur le site. Ils n'avaient aucune protection, rien du tout ! Ça m'a mis hors de moi."

Ce qu'il supporte le plus mal, c'est l'incertitude sur le mode de propagation de la maladie... et cette présence permanente des journalistes, alors que lui-même est quasiment confiné chez lui. L'hypothèse de la paille souillée par des fientes d'oiseaux sauvages ? "Ma paille est propre, monsieur !" Mais il s'irrite des allées et venues des journalistes. "Le périmètre est bouclé, les accès routiers bloqués, mais ils viennent sûrement par un accès d'étang. J'en viens à me demander si ce ne sont pas des journalistes qui m'ont apporté le virus. Quand on a découvert le premier canard mort, tout près, j'ai eu la presse chez moi pendant quatre jours. En revenant, ils passaient à 10 mètres de mon bâtiment. Sans protection, sans rien." Depuis ce dimanche, outre les mesures de protection déjà en place, l'accès aux étangs a été également restreint par arrêté préfectoral, et il est désormais interdit de s'en approcher à moins de cent mètres.

Dimanche après-midi, Daniel Clair est allé jusqu'à participer à une conférence de presse, pour que tout soit dit et pour retrouver un peu de calme. Il est apparu devant les caméras le visage creusé, s'exprimant le regard souvent baissé. Il y a fait part une nouvelle fois de ses interrogations : "quand ce genre de chose arrive, on se sent toujours un peu coupable... Quand on respecte les règles de l'élevage, on ne voit pas où on a pu faire une faute, à part dans l'introduction de cette paille, peut-être..." Mais surtout, il a demandé qu'enfin on le laisse en paix assumer le malheur qui le frappe : "Il faut me laisser tranquille".

Photo d'ouverture : Daniel Clair, dimanche, lors de la conférence de presse - DR

Par Franck Lefebvre-Billiez le 26 février 2006 à 22:31
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7 Commentaires

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  • Isabelle, le 27/02/2006 à 10h31

    Il a bien raison, cet homme. Messieurs/mesdames les journalistes, ayez la decence de laisser ces gens en paix. Nous vivons dans une triste societe de voyeurisme ou le malheur des uns semble faire le bonheur des autres. Arretez donc cette comedie, ce n'est plus drole du tout. Quant a moi, pour l'instant je ne crains pas la grippe aviaire et je mange du poulet comme j'ai l'habitude. C'est aussi ca la solidarite avec les agriculteurs, pas seulement des mots.

  • Maxime, le 27/02/2006 à 10h24

    Ben fo se douter que qaund on fait entrer dla paille ki été dehors ca peut etre un vecteur de maladie! fo pas faire normal sup pour savoir ca!

  • BETTY, le 27/02/2006 à 10h07

    Bien que citadine je suis de tout coeur avec vous, courage !!!j'espère que pour vous et ceux qui vivent de l'élevage sans compter les heures de travail et de sacrifice, vous pourrez repartir du bon pied et avec de l'aide.

  • Evp, le 27/02/2006 à 09h24

    Devant ce "drame" qui touche les éleveurs de volaille, les journalistes ne pourraient-ils pas avoir la décence de laisser tranquille ces producteurs qui sont déjà assez anéantis par ce qui leur arrive. Un peu de RESPECT, Messieurs les journalistes!! Soutien et solidarité pour tous les éleveurs!!

  • Vastre, le 27/02/2006 à 05h44

    Amis journalistes : la nécessité d'informer justifie-t-elle de négliger les précautions élémentaires et ainsi de mettre en péril la santé et les biens d'autrui ?

  • Vastre, le 27/02/2006 à 05h36

    Je ne doute pas que les éleveurs de bovins et les industriels de la filière bovine, dont les affaires vont être florissantes, viendront au secours des éleveurs de volailles. L'Etat ne va pas, une fois de plus, demander au contribuable de servir d'assureur aux agriculteurs-fonctionnaires, sauf à nationaliser les exploitations pour créer des kholkozes.

  • Zygmunt, le 27/02/2006 à 04h41

    Aidons cet éleveur car il lui tombe le ciel sur la tête. Ne montrons pas M. de Villepin que Suez est plus urgent(mais pas important) que la vie et le travail de ces éleveurs. Allez il faut se bouger.

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