
L'homme est brisé. Au téléphone, la voix oscille entre colère et abattement. Daniel Clair, 44 ans, est - triste privilège - l'éleveur de l'Ain dont les dindes ont été les premières touchées en Europe par le virus H5N1 de la grippe aviaire. Depuis, ses déplacements sont contrôlés, comme tous ceux des habitants de la commune de Versailleux, des journalistes campent devant sa porte, il se sent traqué et désespère. Sa ferme comptait plus de 11.000 dindes. Au moins 400 sont mortes de maladie. Toutes les autres ont dû être abattues. La solidarité joue à Versailleux, les habitants font front - ils sont même allés jusqu'à se retrouver, dimanche, autour d'un repas collectif... avec notamment de la volaille, comme pour défier la maladie. Mais le choc n'est pas digéré.
Crise : après les hommes, les femmes vont souffrir
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Qu'attendent les Français de leur travail ?
Les Français attendent en priorité de leur travail d'être mieux payés, une attente citée par 46% d'entre eux, selon un sondage BVA diffusé vendredi sur Canal+.
Publié le 26/02/2010
"Ici, l'ambiance est morose, reconnaît Daniel Clair. Et puis, on voit tous ces reportages sur la grippe aviaire... On réagit vraiment comme des gens abattus. Des nouvelles comme ça, ça n'est à souhaiter à personnes. Ce sont des années de travail qui tombent d'un coup. Et pour le commerce local, c'est grave aussi, c'est très grave. Mais nous avons reçu beaucoup de coups de téléphone de solidarité."
"Dominique Bussereau nous a appelés personnellement"
L'aspect matériel n'est pas le premier de ses soucis. "On ne peut pas chiffrer... C'est vraiment quelque chose qu'on ne peut pas encore aborder...", élude-t-il quand on l'interroge sur l'étendue du préjudice. D'ailleurs, banques et gouvernement ont annoncé très rapidement leur soutien. "Le ministre de l'Agriculture, Dominique Bussereau, nous a appelés personnellement. Il a tenu à nous rassurer pour la suite des événements. Les banques aussi ont appelé pour nous dire qu'elles allaient tout mettre en place pour nous aider. Le côté financier n'est vraiment pas mon souci primaire. Mon souci, c'est plutôt de protéger ma famille. Notamment des journalistes. Samedi matin, les gendarmes m'ont laissé passer pour aller faire des courses. Au retour, j'avais trois journalistes sur le site. Ils n'avaient aucune protection, rien du tout ! Ça m'a mis hors de moi."
Ce qu'il supporte le plus mal, c'est l'incertitude sur le mode de propagation de la maladie... et cette présence permanente des journalistes, alors que lui-même est quasiment confiné chez lui. L'hypothèse de la paille souillée par des fientes d'oiseaux sauvages ? "Ma paille est propre, monsieur !" Mais il s'irrite des allées et venues des journalistes. "Le périmètre est bouclé, les accès routiers bloqués, mais ils viennent sûrement par un accès d'étang. J'en viens à me demander si ce ne sont pas des journalistes qui m'ont apporté le virus. Quand on a découvert le premier canard mort, tout près, j'ai eu la presse chez moi pendant quatre jours. En revenant, ils passaient à 10 mètres de mon bâtiment. Sans protection, sans rien." Depuis ce dimanche, outre les mesures de protection déjà en place, l'accès aux étangs a été également restreint par arrêté préfectoral, et il est désormais interdit de s'en approcher à moins de cent mètres.
Dimanche après-midi, Daniel Clair est allé jusqu'à participer à une conférence de presse, pour que tout soit dit et pour retrouver un peu de calme. Il est apparu devant les caméras le visage creusé, s'exprimant le regard souvent baissé. Il y a fait part une nouvelle fois de ses interrogations : "quand ce genre de chose arrive, on se sent toujours un peu coupable... Quand on respecte les règles de l'élevage, on ne voit pas où on a pu faire une faute, à part dans l'introduction de cette paille, peut-être..." Mais surtout, il a demandé qu'enfin on le laisse en paix assumer le malheur qui le frappe : "Il faut me laisser tranquille".
Photo d'ouverture : Daniel Clair, dimanche, lors de la conférence de presse - DR
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