
Un nouveau témoignage vient peut-être éclairer l'affaire des tortures présumées infligées par la police antiterroriste lors de l'enquête sur les attentats de 1995. Slimane Rahmouni, condamné pour ces attentats, a raconté dans un document de 1995 des sévices subis en garde à vue, ce qui confirmerait les accusations de tortures, a assuré mercredi à l'AFP son ancien avocat. "Mon client a écrit un document extraordinaire, qui confirme ce que rapportent les journalistes du Point dans leur livre ("Place Beauvau: la face cachée de la police")", raconte Me Jean-Jacques de Felice, qui explique l'avoir retrouvé en fouillant dans ses archives. "Je demande toujours à un client qui me fait part de violences policières de me faire par écrit le récit circonstancié de ce qu'il a subi", explique l'avocat, qui dit attendre l'autorisation de M. Rahmouni avant de rendre public l'intégralité du document, comme l'a révélé mercredi RTL.
L'avocat a cependant permis à l'AFP d'en consulter quelques extraits significatifs semblant conforter le récit de cinq "ex-officiers de police judiciaires" qui ont témoigné anonymement dans le livre controversé : "Il se lève, me gifle, m'entraîne dans les couloirs un sac plastique sur la tête. Je suis introduit dans une pièce, la respiration me lâche. Je sue énormément. Je manque d'air. Je demande qu'on me laisse respirer. On relève le sac plastique pour laisser l'air s'introduire. J'entends des voix. Je reçois un coup violent à l'abdomen, je me plie en deux. On me saisit la tête, je suis heurté violemment contre un objet métallique, le sac me couvrant la tête. On me dit +On a été gentil avec toi, maintenant cela va aller mal+", raconte notamment Slimane Rahmouni.
"Un petit arabe comme toi, on ne le croira jamais"
Selon l'avocat, son client aurait également subi des menaces de mort contre lui et sa femme de la part des policiers qui auraient utilisé lors de son interrogatoire un appareil projetant des décharges électriques. Il fait également état dans son récit de privation de nourriture et de sommeil. "Si tu parles, on est couvert par la raison d'Etat. Un petit arabe comme toi, on ne le croira jamais", aurait dit un policier au suspect selon son récit rédigé sur deux feuilles recto-verso numérotées, sans date ni signature.
Interrogé sur la raison pour laquelle son client n'avait pas porté plainte à l'époque, Me de Felice explique qu'il avait peur et n'accordait aucune confiance à l'institution judiciaire. Mais il a raconté les violences qu'il a subies à la juge d'instruction (Laurence Le Vert) et lors de l'audience de jugement. Slimane Rahmouni a été condamné à sept ans de prison le 18 février 1998 pour sa participation au réseau islamiste, dit de Chasse-sur-Rhône, impliqué dans les attentats de 1995.
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