
AVOCATS
"Des propos laborieux"
Maître Philippe Lescène, avocat de Sandrine Lavier, acquittée dans l'affaire d'Outreau : "les propos du juge Burgaud sont laborieux. On voit aujourd'hui qu'il n'a pas l'assurance qu'il avait lorsqu'il était devant les accusés d'Outreau. Il dit des choses qui ne correspondent pas à la réalité de l'instruction". Selon cet avocat, le récit du juge comporte des erreurs car "le juge Burgaud dit qu'il avait tout vérifié. Mais quand un des accusés était soupçonné d'avoir emmené des enfants en Belgique alors qu'il était en réalité à une compétition de golf, il n'a jamais vérifié". Il a relevé chez le juge "seulement à la fin de son allocution un peu de rédemption et de modestie", mais une constante "justification".
Le juge Burgaud a "franchi un pas"
Maître Julien Delarue, avocat de Daniel Legrand fils : "Avec la connaissance qu'il a aujourd'hui de ce que ça a donné, il dit quand même qu'il en assume la responsabilité, donc c'est un pas de franchi, eu égard à la position qu'il avait adoptée à Saint-Omer, puisqu'à l'époque il tenait encore fermement sur ses convictions. On a quelqu'un qui admet qu'il ferait différemment aujourd'hui", a estimé Me Delarue, qui se demande toutefois si le juge Burgaud "peut réellement faire autrement". L'avocat a en revanche regretté que le juge n'ait pas davantage traduit en actes les "doutes" exprimés devant la commission parlementaire.
"Je n'ai pas été convaincue"
Maître Blandine Lejeune, avocate de l'abbé Wiel : "Je n'ai pas du tout changé mon point de vue sur l'instruction du juge Burgaud. On a affaire visiblement à un homme accablé (...) mais je n'ai pas été convaincue par les explications qu'il a fournies sur sa façon d'instruire. C'est une audition qui n'a rien apporté, aucune réponse, aucun éclaircissement. Au contraire, on est encore plus dans le flou. L'arbre Burgaud ne doit pas cacher la forêt du dysfonctionnement de la justice".
Des propos qui font "froid dans le dos"
Maître Franck Berton, avocat d'Odile Marécaux et Franck Lavier : "A l'entendre, c'est inquiétant, même cinq ans après, de savoir qu'il a été juge d'instruction et qu'il pourrait encore l'être", a-t-il déclaré. Il a estimé que le juge était "hésitant" et "brouillon". "Il reconnaît qu'il était trop jeune et pas assez préparé pour instruire cette affaire, ce qui relance tout le débat sur véritablement la formation des juges d'instruction et même leur fonctionnement", a estimé l'avocat pour qui "cela fait froid dans le dos. Parce que combien sont-ils encore comme ça ? Comment va-t-on éviter que demain ça se reproduise ?"
MAGISTRATS
"Il n'est qu'un symbole"
Dominique Barella, président de l'Union syndicale des magistrats : "On sent quelqu'un qui souffre beaucoup de cette affaire, d'évidence, qui a exprimé d'ailleurs ses regrets aux personnes qui ont été acquittées. Il a fait ce qu'il croyait devoir faire, on voit bien que c'est quelqu'un qui souffre de cette affaire, donc cette humanité que certains lui ont niée, on l'a bien vue, on a quelqu'un qui est absolument accablé. Se pose quand même la question des réformes de la détention provisoire, des responsabilité législatives, le chapeau des responsabilités est quand même beaucoup trop large pour lui tout seul. Il y a des responsabilités également de la part des parlementaires qui depuis des années ont laissé la justice dans cet état-là, il n'est qu'un symbole, dur symbole, mais il n'est quand même qu'un symbole".
POLITIQUES
"Il me fait penser à certains de mes étudiants"
Robert Badinter, ancien garde des Sceaux
Le juge Burgaud me fait "penser à certains de mes étudiants, sérieux, sûrement travailleur, appliqué, obstiné et quelque part fragile", a déclaré jeudi matin sur RTL le sénateur socialiste. Le "coeur du problème" posé par le procès d'Outreau, c'est "le contraste entre la solitude d'un jeune homme et l'immensité des pouvoirs qu'il détient". "Serait-il plus âgé, plus expérimenté, il faut mesurer la solitude face à de telles responsabilités", a-t-il dit. Il faut "remédier" à cette situation en réunissant "les juges en équipe". Robert Badinter a appelé à "ne pas jeter l'opprobre sur les magistrats instructeurs". Selon l'ancien ministre de la Justice, "il n'y a que deux choix: soit on rase tout l'édifice, complètement, de l'instruction (...), ou alors on rassemble les juges aux chambres d'instruction. Tout le reste sera bricolage".
"Je l'ai trouvé sincère, il a fait (son travail) honnêtement"
Georges Fenech, député UMP, membre de la commission d'enquête : "Ce que je retiens, c'est que Fabrice Burgaud a exprimé la souffrance qui était la sienne par rapport à celle des acquittés. Il y avait besoin d'humaniser cette fonction (de juge d'instruction) et c'était important. Je l'ai trouvé sincère, il a fait (son travail) honnêtement et il n'y a aucune raison de ne pas le croire mais la tâche était trop difficile dans une affaire aussi complexe, ce qui doit nous conduire à nous poser la question d'une réforme. Il n'a pas été du tout arrogant (...) il n'a pas esquivé les réponses et, en même temps, il assume ses responsabilités (...) On voit bien qu'il n'est pas le seul responsable, c'est toute la machine judiciaire qui n'a pas fonctionné".
Photo d'ouverture : la commission d'enquête parlementaire réunie pour l'audition du juge Burgaud - DR
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