L'audition du juge Burgaud vue par les acquittés

le 08 février 2006 à 23h04 , mis à jour le 08 février 2006 à 23h21

Sept des treize acquittés d'Outreau assistaient mercredi à l'audition du juge Burgaud. Témoins muets pendant les débats, ils ont fait part à l'extérieur de la salle de leur désarroi, l'un confiant : "il me fait de la peine", tandis que d'autres, plus durs, l'accusaient de "faire beaucoup de cinéma".

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Ils étaient sept, sur les treize acquittés de l'affaire d'Outreau, présents mercredi à l'audition de Fabrice Burgaud. Sept témoins silencieux qui ont secoué la tête, levé les yeux et chuchoté entre eux, en écoutant leur ancien juge d'instruction exposer sa méthode. Mais ils se sont retenus d'élever la voix devant la commission d'enquête parlementaire, réservant leurs commentaires, tantôt durs, tantôt atterrés, pour les journalistes à l'occasion de quelques brèves sorties de la salle où se déroulait l'audition.

La salle de l'Assemblée, froide, est tout silence en cette fin d'après-midi de mercredi, pour écouter le magistrat de 34 ans, assis face à trente députés, en présence d'au moins autant de journalistes. Les bras toujours croisés, les yeux souvent baissés vers le sol ou vers son bureau, le juge commence par dire, d'une voix juvénile faible puis raffermie: "Vous vous imaginez l'émotion qui est la mienne en présence des personnes acquittées par les cours d'assises". Trois semaines auparavant, cette salle Lamartine résonnait des témoignages des acquittés de 2004 et 2005, décrivant un magistrat aux yeux duquel ils étaient "100 % coupables", piquant des colères quand des accusateurs cessaient de les accuser. Fabrice Burgaud fait front. Il cite des détails du dossier, et répète: "il me semblait, à l'époque..." "à chaque fois qu'on a pu, on a vérifié" ou "en tout cas, j'ai essayé d'être prudent"...

Lorsqu'ils sortent quelques minutes de la salle, les acquittés lâchent quelques commentaires à la presse: "il n'est plus si fier", dit Daniel Legrand (père), qui a été accusé d'actes de torture et de barbarie et a passé 30 mois et demi en prison, avant d'être acquitté. Soixante-dix jours après son acquittement, Alain Marécaux ne bronche pas, mais garde très souvent une main devant la bouche. Cet huissier de justice qui a tenté plusieurs fois de se suicider, avait estimé que l'histoire avait été inventée conjointement par "le couple" Myriam Delay - Fabrice Burgaud". "J'espérais, c'était un faux espoir, qu'à un moment le juge Burgaud puisse dire : 'j'ai fait des erreurs là, là et là', et ensuite travailler avec la commission", déclare-t-il bientôt à un journaliste. "Je le trouve...", dit-t-il, s'interrompant... "Ma vie a été mise entre les mains d'un gamin, voilà".

"Je ne pleurerai pas pour le juge"

"Il me fait de la peine, on dirait un petit garçon", confie le chauffeur de taxi Pierre Martel, 57 ans, qui a effectué deux ans et demi de détention provisoire avant d'être innocenté. "Je trouve ça un peu consternant. Notre vie a été dans les mains d'un gamin, ça c'est dramatique. Je m'aperçois que le juge n'était pas apte à instruire ce dossier. C'est grave quand même pour les 14 personnes incarcérées et leurs familles qui ont souffert". Un autre acquitté, Christian Godard, va dans le même sens. "Ce n'est plus du tout le même. C'est un petit garçon qui répond aux questions. Il n'est plus sûr de lui, c'est peut-être parce que ce n'est plus lui qui pose les questions. J'ai vu que l'affaire d'Outreau l'avait marqué aussi, plus que nous peut-être".

Daniel Legrand fils est plus sévère, jugeant que le magistrat "esquive des choses quand il dit qu'il a travaillé à charge et à décharge, ce n'est pas vrai en tout cas pour mon père et pour moi. Je suis un peu déçu. Je pensais que les choses allaient avancer d'un grand pas. J'ai essayé d'attraper son regard mais y'a pas moyen. Pendant l'instruction, il jouait le dur maintenant il joue le gentil quand il dit qu'il est ému pour nous et pour nos familles. Je prends ça pour une provocation, c'est se foutre de nous". Pour Lydia Mormand, soeur d'un des accusés, décédé en prison, le juge "fait beaucoup de cinéma. Il a des difficultés pour parler. S'il a quelque chose à dire, il le sort tout de suite du coeur, il n'est pas obligé d'attendre pour répondre. Il a déjà préparé son discours. J'ai eu envie d'intervenir et j'ai dû écrire pour faire passer mes nerfs. Je ne pleurerai pas pour le juge, j'ai pleuré pour mon frère et je le pleure encore. Il faudrait que, lui aussi, pleure un coup pour savoir la souffrance qu'on a eue".

Photo : le juge Burgaud, devant la commission d'enquête parlementaire - DR

le 08 février 2006 à 23:04
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14 Commentaires

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  • Nathalie, le 09/02/2006 à 13h53

    Je vois qu'il n'y a pas encore de réactions, moi j'en ai quelques unes... Je ne comprends pas que l'on puisse donner une affaire de cette importance à un juge qui, en gros, vient à peine d'être diplomé. Il n'est peut être finalement pas responsable de tout dans cette affaire... Il n'est peut etre pas incompétent il est simplement jeune et sans expérience. Une affaire de cette ampleur n'aurait pas du etre instruite par un juge si jeune, lorsque l'on s'est aperçu de son age quelque chose aurait du etre fait, le faire travailler avec un juge plus expérimenté ou peut etre même le destitué. En ce point je trouve que la justice française et mal faite et inadaptée.

  • Gérard, le 09/02/2006 à 12h43

    Moi non plus, ce petit juge ne m'a pas convaincu. Il faut dire que je ne suis probablement pas impartial : mon frère est décédé en prison après avoir été traité de la même façon par un juge d'instruction qui, comme celui-ci, n'a écouté que des témoins à charge et n'a jamais reçu aucun témoin à décharge. Non, le Juge Burgos n'est pas une exception ! (merci de me publier)

  • Michel, le 09/02/2006 à 11h32

    C'est vraiment épouventable pour les accusés.Ce qui est maintenant lamentable,c'est cette "explication" du juge-qui n'apportera rien de nouveau- devant une "assemblée" convoquée par le Haut, pour faire un peu mieux passer la pilule auprès des accusés et des français. C'est un effet d'appel... C'est à dire du vent. Ce qui est grave, c'est que rien ne sortira de cette affaire, car personne, ne fera une grande réforme du système juridique en France.Il n'y aura qu'une réformette. C'est dommage pour les accusés, car on se moque d'eux et lamentable de la part de l'état. C'est une usine à gaz, qui finira par un pét. Pauvre France.Merci de me publier.

  • Durand, le 09/02/2006 à 11h24

    Je m'applle rokia,je pense que le juge burgaud n'arrivait pas a s'exprimé face a la commission d'enquete palementaire et aux acquittés de l'affaire d'autreau ,et les discours du juge n'était pas convaincant les aquittés sont resté pendant plusieurs mois de detention pour rien.

  • Lefoix, le 09/02/2006 à 11h19

    Je n'oublie pas la peine, le malheur et la tristesse des acquités, mais faire de cette affaire un seul non, Burgaud, je dis NON, c'est un systeme qui faut remettre en cause, quant à moi, j'ai ressentis beaucoup d'émotion en l'écoutant.

  • Pickiboon, le 09/02/2006 à 10h48

    Il est encore plus évident après le passage du juge Burgaud que à l'époque les magistrats n'étaient pas préparés à ce genre de dossier. Alors pourquoi avoir confier cette affaire à un juge de 28 ans , inexpérimenté et très sur de lui et pour qui la loi fait foi.Mais la loi est parfois froide, rigide et inhumaine et certain magistrat l'apllique au pied de la lette sans véritablement tenir compte du parametre humain.

  • Isabelle, le 09/02/2006 à 10h42

    Un oeil pour un oeil, une dent pour une dent........

  • Feawing, le 09/02/2006 à 10h00

    En clair les acquittés qui ont souffert eus-même essaient de comprendre, alors que celles et ceux qui ont souffert pour un proche veulent le descendre, à moins qu'il n'accepte de le faire lui-même. Il faudrait poser clairement l'objectif de la commission parlementaire: Chercher et punir le ou les coupables, ou bien chercher les moyens d'éviter que ce genre d'affaire ne se reproduise?

  • Maud BLANCHARD, le 09/02/2006 à 09h41

    Bonjour, Je tiens à apporter tout mon soutien au Juge Burgaud. En effet, c'est un homme qui fait preuve de beaucoup de courage et que j'admire. Je trouve qu'à l'heure actuelle, tout le monde un fautif pour ce fiasco judiciaire, or le Juge Burgaud, n'est pas responsable de toute l'affaire! Il se trouve que la Justice de notre pays ne prend pas suffisament ses responsabilités et trouve un "coupable". Il est inadmissible que dans une telle situation, les instances qui doivent en toute rigueur accompagner les juges d'instruction ne soient pas elles aussi mises en cause. Le Juge Brugaud n'était pas seul! et lorsque l'on prend de telles décisions (placer certaines personnes en détention provisoire) le juge d'instruction ne décide pas seul! Stop à l'acharnement!!!! Je manifeste tout mon soutien et mon amitié au Juge Fabrice Burgaud. Maud BLANCHARD

  • Un citoyen, le 09/02/2006 à 09h31

    Meilleur acteur que juge d'instruction, du grand guignol !!!, peut mieux faire. Les acquittés ne s'y sont pas trompés.

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