
RETROUVEZ NOTRE DOSSIER SPECIAL SUR L'APRES-OUTREAU
Ils étaient sept, sur les treize acquittés de l'affaire d'Outreau, présents mercredi à l'audition de Fabrice Burgaud. Sept témoins silencieux qui ont secoué la tête, levé les yeux et chuchoté entre eux, en écoutant leur ancien juge d'instruction exposer sa méthode. Mais ils se sont retenus d'élever la voix devant la commission d'enquête parlementaire, réservant leurs commentaires, tantôt durs, tantôt atterrés, pour les journalistes à l'occasion de quelques brèves sorties de la salle où se déroulait l'audition.
La salle de l'Assemblée, froide, est tout silence en cette fin d'après-midi de mercredi, pour écouter le magistrat de 34 ans, assis face à trente députés, en présence d'au moins autant de journalistes. Les bras toujours croisés, les yeux souvent baissés vers le sol ou vers son bureau, le juge commence par dire, d'une voix juvénile faible puis raffermie: "Vous vous imaginez l'émotion qui est la mienne en présence des personnes acquittées par les cours d'assises". Trois semaines auparavant, cette salle Lamartine résonnait des témoignages des acquittés de 2004 et 2005, décrivant un magistrat aux yeux duquel ils étaient "100 % coupables", piquant des colères quand des accusateurs cessaient de les accuser. Fabrice Burgaud fait front. Il cite des détails du dossier, et répète: "il me semblait, à l'époque..." "à chaque fois qu'on a pu, on a vérifié" ou "en tout cas, j'ai essayé d'être prudent"...
Lorsqu'ils sortent quelques minutes de la salle, les acquittés lâchent quelques commentaires à la presse: "il n'est plus si fier", dit Daniel Legrand (père), qui a été accusé d'actes de torture et de barbarie et a passé 30 mois et demi en prison, avant d'être acquitté. Soixante-dix jours après son acquittement, Alain Marécaux ne bronche pas, mais garde très souvent une main devant la bouche. Cet huissier de justice qui a tenté plusieurs fois de se suicider, avait estimé que l'histoire avait été inventée conjointement par "le couple" Myriam Delay - Fabrice Burgaud". "J'espérais, c'était un faux espoir, qu'à un moment le juge Burgaud puisse dire : 'j'ai fait des erreurs là, là et là', et ensuite travailler avec la commission", déclare-t-il bientôt à un journaliste. "Je le trouve...", dit-t-il, s'interrompant... "Ma vie a été mise entre les mains d'un gamin, voilà".
"Je ne pleurerai pas pour le juge"
"Il me fait de la peine, on dirait un petit garçon", confie le chauffeur de taxi Pierre Martel, 57 ans, qui a effectué deux ans et demi de détention provisoire avant d'être innocenté. "Je trouve ça un peu consternant. Notre vie a été dans les mains d'un gamin, ça c'est dramatique. Je m'aperçois que le juge n'était pas apte à instruire ce dossier. C'est grave quand même pour les 14 personnes incarcérées et leurs familles qui ont souffert". Un autre acquitté, Christian Godard, va dans le même sens. "Ce n'est plus du tout le même. C'est un petit garçon qui répond aux questions. Il n'est plus sûr de lui, c'est peut-être parce que ce n'est plus lui qui pose les questions. J'ai vu que l'affaire d'Outreau l'avait marqué aussi, plus que nous peut-être".
Daniel Legrand fils est plus sévère, jugeant que le magistrat "esquive des choses quand il dit qu'il a travaillé à charge et à décharge, ce n'est pas vrai en tout cas pour mon père et pour moi. Je suis un peu déçu. Je pensais que les choses allaient avancer d'un grand pas. J'ai essayé d'attraper son regard mais y'a pas moyen. Pendant l'instruction, il jouait le dur maintenant il joue le gentil quand il dit qu'il est ému pour nous et pour nos familles. Je prends ça pour une provocation, c'est se foutre de nous". Pour Lydia Mormand, soeur d'un des accusés, décédé en prison, le juge "fait beaucoup de cinéma. Il a des difficultés pour parler. S'il a quelque chose à dire, il le sort tout de suite du coeur, il n'est pas obligé d'attendre pour répondre. Il a déjà préparé son discours. J'ai eu envie d'intervenir et j'ai dû écrire pour faire passer mes nerfs. Je ne pleurerai pas pour le juge, j'ai pleuré pour mon frère et je le pleure encore. Il faudrait que, lui aussi, pleure un coup pour savoir la souffrance qu'on a eue".
Photo : le juge Burgaud, devant la commission d'enquête parlementaire - DR
Retour MYTF1
Chargement en cours...



