© AFPCoup de théâtre lundi à l'ouverture du procès des mercenaires Français présumés auteurs d'un coup d'Etat aux Comores en 1995 devant le tribunal correctionnel de Paris. Le principal prévenu, Bob Denard, âgé de 76 ans, s'est finalement présenté à l'audience. Une expertise médicale, commandée par le président du tribunal, l'avait pourtant déclaré inapte à comparaître en raison de différents troubles, de mémoire notamment, liés à la maladie d'Alzheimer. L'avocat de l'ancien mercenaire, Maître Elie Hatem, a expliqué qu'il avait fait venir son client pour que "tout le monde se rende compte de l'état dans lequel il se trouve et que nous ne racontons pas d'histoires".
Depuis plusieurs jours, la polémique enflait sur le réel état de santé de Bob Denard. L'avocat de l'ex-président de l'Etat des Comores, partie civile au procès, a d'ailleur demandé dans l'après-midi une contre-expertise médicale. Demande rejetée par le tribunal, qui a cependant souhaité la présence de Bob Denard, le 7 mars prochain, pour l'interroger. Me Elie Hatem, a indiqué qu'il ne s'opposait pas à cet interrogatoire, "sous réserve de l'état de santé de son client". Le procès s'est ensuite poursuivi par l'examen des circonstances de la préparation de la tentative de coup d'Etat.
"L'instruction a traîné"
Dans la nuit du 26 au 27 septembre 1995, une trentaine de mercenaires français, emmenés par le célèbre Bob Denard, débarquaient aux Comores, s'introduisaient dans le palais présidentiel et enlevaient le président Saïd Djohar. Dans la foulée, ils sortaient de prison les détenus politiques et remettent le pouvoir aux opposants Mohammed Taki et Saïd-Ali Kemal. Mais le 4 octobre, le putsch tourne court avec l'intervention des troupes françaises, en vertu d'un accord de défense liant les deux pays. Djohar est libéré, les mercenaires sont arrêtés et ramenés en France. Le coup d'Etat aura duré en tout et pour tout 9 jours.
Onze ans après les faits, les mercenaires doivent aujourd'hui répondre de leurs actes. Pour maître Eric Morain, avocat de plusieurs prévenus, ce procès n'a " plus de sens ". "L'instruction a traîné onze longues années, rappelle-t-il. Le procès vient trop tard, on fait de l'archéologie judiciaire. On sait que ces mercenaires ont agi sur ordre et avec la bénédiction des services français. Quelle peine voulez-vous leur appliquer aujourd'hui?" Ce sera au tribunal d'en décider. Les prévenus, poursuivis pour "association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un crime", encourent 10 ans de réclusion criminelle. Les audiences se dérouleront jusqu'au 15 mars, à raison de trois séances par semaine.
Denard, un habitué des prétoires |
Militaire de carrière jusqu'en 1952, "Bob" Denard a été impliqué dans de nombreux coups d'Etat dans les années 60 à 80, notamment en Afrique. En 1993, il a été condamné à cinq ans de prison avec sursis pour une tentative de coup d'Etat au Bénin en janvier 1977. En 1999, il avait en revanche été acquitté par la Cour d'assises de Paris, où il comparaissait pour l'assassinat du président comorien Ahmed Abdallah, tué de cinq balles en novembre 1989 dans son bureau du palais présidentiel de Moroni. |
(PHOTO AFP/ Bob Denard arrive au tribunal lundi)
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