Caricatures : la contre-attaque judiciaire du CFCM

le 10 février 2006 à 20h55 , mis à jour le 10 février 2006 à 21h42

Le Conseil français du Culte musulman a décidé vendredi d'engager une action en justice contre les journaux français ayant reproduit les caricatures du prophète Mahomet qui ont provoqué la colère dans le monde musulman. Cette action judiciaire devrait concerner au premier chef Charlie Hebdo et France Soir.

Dalil Boubakeur (LCI/2003) © LCI

"Après avoir pris l'avis du groupe d'avocats réunis à la demande du bureau, le CFCM, exprimant la volonté solidaire de toutes ses composantes, a décidé d'engager devant les tribunaux une action en justice contre les journaux qui ont publié les caricatures". Après plusieurs jours de réflexion, et alors que les manifestations contre les caricatures de Mahomet se poursuivent dans de nombreux pays, le CFCM a pris sa décision et l'a annoncée vendredi soir par la voix de son président Dalil Boubakeur. Selon lui, les composantes (fédérations) du CFCM "iront chacune en tant que telle, avec leurs avocats, devant les tribunaux. Le CFCM s'engage au nom de ses composantes". Le CFCM, instance représentative des quelque 5 millions de musulmans français, est en effet une association créée il y a moins de cinq ans, et ne peut ester seule en justice.

Dalil Boubakeur, également recteur de la mosquée de Paris, n'a pas précisé si seuls les journaux ayant reproduit intégralement les caricatures, notamment celle où le prophète est enturbanné d'une bombe, étaient visés - c'est-à-dire France Soir et Charlie Hebdo - ou si d'autres, comme Le Monde ou Libération, qui n'en ont reproduit que quelques unes, l'étaient également. La plainte, dont la nature n'est pas précisée, sera déposée "très prochainement" auprès du tribunal de grande instance de Paris, a affirmé un avocat du CFCM, Me Chems-Edine Hafiz. Le CFCM n'avait pu obtenir mardi, par voie judiciaire, la saisie de Charlie Hebdo.

Voix discordantes parmi les musulmans français 

"Les fédérations musulmanes sont contraintes d'aller en justice étant donné l'absence de dialogue. La procédure judiciaire est notre dernier recours contre les journaux qui ont pris le parti de la provocation pour la provocation", a expliqué Mohamed Bechari, président de la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF), une des composantes du CFCM. "En reproduisant intégralement les dessins (publiés le 30 septembre 2005 par le quotidien danois Jyllands Posten), ces journaux ont mis de l'huile sur le feu. Ces provocations renforcent le choc des civilisations et des intégrismes, religieux ou politiques", a-t-il poursuivi, espérant "une condamnation symbolique" des journaux. Outre la FNFM, considérée comme proche du Maroc, l'UOIF (Union des organisations islamiques de France), proche de la mouvance des Frères musulmans, avait annoncé vouloir porter plainte.

Le CFCM, traversé de courants et d'influences parfois contradictoires, avait vivement critiqué les caricatures, mais condamné les réactions de violence de certains musulmans, puis lancé de nombreux appels au dialogue et à l'apaisement. Il avait relayé l'appel au calme lancé mercredi par le président Jacques Chirac, et approuvé sa déclaration qualifiant de "provocations manifestes" la publication des caricatures dans la presse, et il critique l'organisation samedi à Paris d'une manifestation à l'appel de l'Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis (UAM 93).

D'autres voix se font néanmoins entendre parmi les musulmans français. Soheib Bencheikh, ancien mufti de Marseille, a jugé "démesurée" la réaction de nombreux musulmans, et n'est pas favorable à une action judiciaire. "Lorsque le Prophète lui-même, de son vivant a été insulté, il n'a pas tordu le coup" à ses détracteurs, a-t-il assuré jeudi. Le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) a quant à lui décidé de porter plainte pour "provocation et incitation à la haine raciale" contre France-Soir.

Photo d'ouverture : Dalil Boubakeur - DR

"Les caricatures parues récemment" jugées "pas responsables" par Villepin

"Je crois profondément aux valeurs de respect, de tolérance et d'ouverture aux croyances et aux convictions des autres. De ce point de vue, même si la liberté de la presse est un principe intangible de notre République, les caricatures parues récemment ne me paraissent pas responsables", a déclaré le Premier ministre vendredi, en marge d'un déplacement à Toulon. "Nous avons à préserver dans notre pays bien sûr l'exigence de liberté d'expression, mais aussi à défendre l'exigence de respect dans un esprit de responsabilité". L'ambassadeur de France à Tunis affirme pour sa part comprendre l'émotion des musulmans, dans une interview publiée par le journal Le Quotidien à Tunis.

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le 10 février 2006 à 20:55
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