
Les députés sont enfin entrés dans le vif du sujet en commençant l'examen, mardi peu après 19 heures, de l'amendement du gouvernement au projet de loi pour l'égalité des chances créant le très controversé Contrat première embauche. Pour protester contre ce projet, l'opposition a opté pour une stratégie de harcèlement du gouvernement, ralentissant au maximum la discussion alors que des dizaines de milliers de personnes ont manifesté mardi. Il aura ainsi fallu plus de 24 heures de débats aux députés pour voter les trois premiers articles qui mettent en place l'apprentissage à 14 ans et au cours duquel le gouvernement a confirmé l'autorisation du travail de nuit et le week-end pour les apprentis de 15 ans. L'UDF, qui est opposée au CPE, a voté ces articles.
Au cours d'une après-midi houleuse, le Contrat première embauche a une nouvelle fois déchaîné les passions pendant les questions au gouvernement, chaque camp rivalisant d'imagination pour convaincre. Jean-Marc Ayrault (PS) a ouvert le feu en lançant au Premier ministre: "j'entends votre exaspération de non élu devant notre examen minutieux du texte", mais "l'Assemblée nationale n'est pas votre chambre à coucher!".
"Il faut cogner", a hurlé un député UMP lorsque Dominique de Villepin s'est levé pour répondre. Tandis que le chef du gouvernement dressait le tableau de la situation des jeunes en évoquant le chômage, la gauche, chauffée à blanc, s'est mise à finir ses phrases en criant "c'est vous!". "L'enchaînement des CDD", a continué M. de Villepin, "c'est vous!", a répondu la gauche. La "discrimination", a poursuivi le Premier ministre, "c'est vous!", a encore hurlé l'opposition. Nicolas Perruchot (UDF), qui intervenait juste après, a jeté de l'huile sur le feu, en accusant le gouvernement de vouloir "piétiner les droits du Parlement".
"Les menteurs, où sont-ils ?"
Après une légère accalmie, Eric Besson (PS) pique au vif l'UMP en assénant au Premier ministre, toujours sur le CPE: "vous avez le droit d'être libéral, mais ne soyez pas menteur". Gérard Larcher (Emploi), rouge de colère, les mains sur les hanches, lui répond: "Les menteurs, où sont-ils?, ici ou là ? Ils sont ici", dit-il en désignant les bancs de gauche.
Quelques questions plus tard, Jean-Louis Borloo (Emploi) se laisse aller à une envolée sur le thème du couple, en répondant à Alain Vidalies (PS) sur... le CPE. "Vous considérez qu'un entrepreneur qui recrute n'a qu'une idée en tête dans sa vie: se séparer des ressources humaines qu'il a recrutées, comme si c'était son objectif, comme si lorsqu'on se marie, on n'a qu'une idée absolue, c'est les conditions du divorce (...) la vie, ce n'est pas ça et d'ailleurs le divorce à l'amiable n'a pas réduit la beauté de l'amour et de l'engagement." Et Henri Emmanuelli (PS) de commenter dans les couloirs: M. Borloo "a préféré faire des allégories sur l'amour, mais le CPE ce n'est pas l'amour comme il le dit, c'est plutôt une entreprise rapidement interrompue. Vous voyez ce que je veux dire..."
Photo d'ouverture : Dominique de Villepin défendant le CPE dans l'hémicycle, mardi après-midi - DR
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