© AFPLa gauche ayant choisi de ne pas déposer de motion de censure, la loi Egalité des chances, qui institue entre autres le très controversé Contrat Première Embauche*, a été officiellement adoptée sans vote ce vendredi, 24 heures après l'annonce par Dominique de Villepin du recours au 49.3. Le texte part maintenant pour le Sénat où son examen est prévu du 23 février au 3 mars. Mais la bataille n'est pas close, et syndicats comme politiques se préparent à la suite du combat.
Côté syndical, la date de la contre-offensive contre le CPE est arrêtée : ce sera le mardi 7 mars. Après une première journée de manifestations en demi-teinte, mardi dernier, après une adoption du dispositif en pleine nuit à l'Assemblée et une âpre bataille procédurale de la gauche contre l'ensemble de la loi Egalité des chances, conclue par l'annonce du recours au 49.3, CGT, CFDT, CFTC, CGT-FO, FSU, UNSA, UNL et Unef appellent à une nouvelle journée nationale de mobilisation. La revendication en est claire : le retrait du contrat première embauche. Alors que la CFDT souhaitait mobiliser un samedi, pour faciliter la participation des salariés du privé, le choix s'est finalement porté sur un jour de semaine, à la demande des lycéens et étudiants. En revanche, les organisations ne sont pas parvenues à se mettre d'accord pour inclure dans leur déclaration commune un appel à la grève.
D'ici le 7 mars, lycéens et étudiants entendent aussi "maintenir la pression". Dans un communiqué, 15 organisations de jeunesse ont ainsi annoncé une "semaine de mobilisation" à partir de lundi contre ce contrat qui "renforce la précarité". Les 14 et 16 février seront des "temps forts, avec des assemblées générales d'information et de mobilisation, des actions et des manifestations", précise le communiqué. Jeudi, 5.000 étudiants et lycéens ont manifesté à Rennes (10.000 selon l'Unef). Selon la FIDL, 4.000 lycéens ont également défilé jeudi à Lyon, de même que 2.000 à Lille et 1.500 à Marseille.
La gauche se mobilise, y compris Jospin
Côté politique, on s'organise aussi. Et si la loi Egalité des chances est passée sans motion de censure, une autre motion sera déposée... le jeudi 16 février, sur l'ensemble de la politique sociale du gouvernement, par le biais de l'article 49.2 de la Constitution. "Le CPE, c'est un combat politique. C'est une mèche lente, le gouvernement devrait faire attention", a averti Jean-Marc Ayrault , président du groupe socialiste à l'Assemblée. Pour Julien Dray, porte-parole du PS, cette procédure "s'inscrit dans la continuité de ce que fait le gouvernement depuis plusieurs mois" (...) "Le gouvernement porte désormais l'entière responsabilité de la situation dans laquelle il place la jeunesse et les salariés de notre pays".
L'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin, venu jeudi à Toulouse dédicacer son livre, est venu à son tour prêter main forte. Réagissant à l'utilisation du 49.3, il a déclaré : "c'est un mauvaise méthode. Pas de négociation sociale, passage en force au Parlement. Ce n'est pas un gage de confiance en soi". Selon lui, le gouvernement "s'efforce de court-circuiter un mouvement de protestation qui s'amorce en se précipitant". L'ex-Premier ministre a rappelé qu'en cinq ans, il n'avait pas "utilisé une seule fois le 49.3".
"Le combat contre le CPE ne fait que commencer", ont de leur côté affirmé les Verts, rappelant qu'une pétition de la gauche allait appeler "à une mobilisation frontale contre le gouvernement". Pour François Bayrou (UDF), opposé au CPE, la procédure du 49.3 montre que la démocratie française "n'est pas en bonne santé". Toutefois, il a exclu tout vote de la motion de censure PS.
*Le CPE est CDI destiné aux moins de 26 ans. Il est assorti d'une période d'essai de deux ans au cours de laquelle l'employeur peut licencier sans motif, avec un préavis qui augmente au fur et à mesure du temps passé dans l'entreprise. Photo : manifestation anti-CPE mardi 7 février à Paris (archives)
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