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Député contre rappeur : la contre-attaque

Edité par
le 28 février 2006 à 07h00 , mis à jour le 01 mars 2006 à 07h00.
Temps de lecture
5min
[Expiré] [Expiré] grosdidier françois afp

Crédits : afp

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SociétéINTERVIEW - Député UMP, François Grosdidier se bat pour que soient sanctionnés les rappeurs dont les textes incitent à la violence et à la haine. Il va porter plainte contre Ali Montana qui lui a consacré une chanson dans laquelle il l'insulte copieusement. L'élu va déposer une proposition de loi dès la semaine prochaine.

Lci.fr : Pourquoi avez-vous décidé de porter plainte contre le rappeur Ali Montana ?
François Grosdidier, député UMP de Moselle : Je porte plainte car ce chanteur me consacre une chanson, qui est une chanson d'insultes. Ca commence entre autres par un charmant "Grosdidier on t'encule " en réponse à mon propos et mes actions qui ne visent pourtant que les rappeurs qui appellent à la haine et à la violence raciale.

Lci.fr : Vos actions, c'est notamment d'avoir demandé, avec 200 autres parlementaires, fin novembre, au ministre de la Justice Pascal Clément de poursuivre en justice plusieurs rappeurs*, voyant dans leurs textes des incitations à la haine ou à la violence. Qu'en est-il ?
F.G. : Il y a une enquête en cours, menée par le procureur général de Paris, mais je n'en sais pas plus. Sur le plan politique, le Premier ministre a fait deux déclarations. La première allait plutôt dans le sens de la liberté d'expression des artistes. Dans la seconde, devant le groupe UMP, il disait qu'il fallait que des associations portent plainte et que la justice suivrait.

Le problème est que les associations habilitées à se constituer partie civile s'abstiennent dans cette forme de racisme. Le MRAP légitime même ces expressions en disant qu'elles sont celles de la détresse sociale. Quant à la Licra ou SOS Racisme, elles observent une prudente réserve. En fait, une seule association a porté plainte pour l'instant. C'est l'alliance générale contre le racisme et pour le respect de l'identité française et chrétienne et elle est proche du Front national. Mais moi je n'entends pas me rapprocher d'un autre parti politique qui, au nom d'un autre racisme et d'une idéologie politique, veut institutionnaliser la politique d'immigration.

Lci.fr : Des rappeurs vous accusent de vouloir faire revenir le temps de la censure. Le Mrap vous accuse de chasser sur les terres électorales du FN...
F.G. : C'est assez curieux quand même ! Quand Christian Vanneste est condamné pour des propos homophobes alors qu'il est élu du peuple, personne ne hurle à la censure. Il n'y a même rien de choquant puisqu'il est condamné en application d'une loi que nous avons votée. Il s'agit de la loi de la presse de 1880, dont nous avons modifié en 2004 les articles 23 et 24, pour que soient sanctionnées plus durement toutes les formes de racisme.

Curieusement, l'application de cette loi se heurte aujourd'hui à deux tabous. Le premier est que le ministère public ne veut considérer le racisme que comme celui d'une majorité sociale et religieuse contre une minorité. Alors qu'il existe du racisme entre minorités, par exemple entre juifs et arabes, et du racisme venant d'une minorité contre une majorité. C'est le cas du racisme anti-blanc ou anti-français. Mais cela semble tabou, comme est tabou la liberté de la création artistique, qui semble systématiquement exonérer les auteurs d'incitation au racisme. Est-ce qu'une parole chantée excuse le racisme alors qu'elle est condamnable et condamnée quand il prend une forme parlée ou écrite. Ma réponse est non.

Lci.fr : pensez-vous qu'il y ait réellement un lien entre les actes de violences ou racistes qui défraient régulièrement la chronique et les chansons " engagées " ou " violentes " de certains rappeurs ?
F.G. : Je pense qu'il y a une part de lien de cause à effet entre ce type de discours violents et racistes et le passage à l'acte. Que ce soit en février 2005 lorsque des jeunes lycéens qui manifestaient contre la loi Fillon se sont fait insulter par des noirs au nom de "sale toubab", c''est-à-dire " sale blanc ". C'est la première fois que cela arrivait en France. Que ce soit, en novembre dernier, lors des émeutes, lorsque des caissières de l'hypermarché de Clichy se sont fait taper dessus à coups de batte de baseball simplement parce qu'elles étaient blanches. Il y a aussi le récent meurtre d'Ilan.

Je le vois bien quand je discute dans ma commune de Woippy avec des jeunes maghrébines ou africaines : il y a des préjugés contre les Français, les blancs, les occidentaux. Ce sont des jeunes qui ont intégré la lutte de classe en la racialisant. En considérant que le prolétariat ce sont les arabes et les noirs et que la bourgeoisie ce sont les blancs. Et que les juifs sont en quelque sorte des super-blancs. Toute approche de l'esclavage ou de la colonisation n'est vue que sous ce prisme. L'histoire est réduite à cette problématique, qui légitimise la violence, le refus d'intégration... Toutes nos actions d'insertion sont vouées à l'échec si elles sont réceptionnées par des jeunes qui sont conditionnés par ce type de discours et de raccourcis dont le rap est l'un des vecteurs.

Lci.fr : Réfléchissez-vous à déposer une proposition de loi ?
F.G. : Je vais déposer un texte dès la semaine prochaine. Il vise à préciser la loi de 1880. A la fin de l'article 23, qui définit les moyens de communications par lesquels l'expression raciste est condamnable, je préciserai que "l'éventuelle forme artistique ou musicale de citation ne saurait exonérer ou atténuer la responsabilité de son ou de ses auteurs ".

Et je modifierai également l'article 24 qui condamne ceux qui, par les moyens évoqués à l'article 23, ont provoqué la discrimination à la haine ou à la violence à l'égard d'une personne ou d'un groupe de personnes, en précisant : "qu'il soit majoritaire ou minoritaire ". Ce sont là deux mises au point dont la loi aurait théoriquement pu se passer car elle est écrite de façon suffisamment claire.

*Sept rappeurs ou groupe de rap sont directement visés : Le 113, Ministère Amer, Smala, Lunatic, Fabe, Salif et Monsieur R Photo : François Grosdidier (AFP/2004)

Commenter cet article

  • Sab : A force de faire des lois qui n'ont pas de sens dans tous les sens . Si chacun en rajoute dans les sens qui lui convient , je sens qu'on est pas bien . En l'occurence , ce sire veut nous pondre une loi pour qu'on ne l'insulte plus perso ??? !!! S'il n'y a rien qui interdise qu'on insulte son prochain tant pis mais qu'on nous lache avec ce racisme à toutes les sauces . La liberté d'expression est inscrite dans la Loi il faudrait donc cesser de faire des lois contradictoires au nom des grands sentimenrs de l'instant . Quant aux associations qui ont la vertu à sens unique , pourquoi continuent-elles à être subventionnées avec l'argent de contribuables qui , bien souvent , ne les suivent pas dans leurs imprécations .

    Le 28/02/2006 à 20h52
  • Guillaume : Enfin on sanctionnera ces chanteurs !! Bravo !! Ce genre de musique ne fait que religieusement augmenter la haine des ces jeunes envers notre honnete société pour la perturbée ensuite aveuglement comme en octobre dernier ! C'est tant mieux !!

    Le 28/02/2006 à 20h35
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