Femmes battues, une "affaire d'Etat"

Par Par AG (avec afp), le 08 février 2006 à 07h00 , mis à jour le 07 mars 2007 à 10h50

Dans un rapport rendu public mercredi Amnesty international dénonce les violences contre les femmes en France, l'élevant au niveau d'"affaire d'Etat". Alors qu'une femme meurt tous les quatre jours, l'association dénonce "un des plus grands scandales en matière de droits humains".

campagne_violences_femmesImage extraite du film contre les violences conjugales © DR

C'est le premier document du genre, consacré à la violence des femmes en France. Car au-delà des chiffres "accablants" cités- près d'une femme sur dix est victime de violences en France (enquête nationale 2003) -, Amnesty International critique cette fois-ci, dans son rapport publié mercredi, la "timidité" de la justice pour traiter ce fléau. L'association regrette aussi la "mauvaise connaissance des droits des victimes" ainsi que l'absence d'une "véritable prévention" et de formation adéquate de policiers, magistrats, travailleurs sociaux ou médecins.

L'enfer des victimes

"Considérées par beaucoup comme une affaire privée qui ne relève que de l'intime, les violences faites aux femmes sont pour Amnesty une affaire d'Etat", écrit l'organisation, qui dénonce "une société alimentée par un système culturel, social, économique, discriminatoire". Le rapport fait un état des lieux "non pas de la violence elle-même", "mais de la réponse des autorités à ces violences". "Toutes ces violences ont pour point commun d'être fondées sur une discrimination de genre (...) Cette violence spécifique s'exerce sur les femmes avant tout parce qu'elles sont femmes", selon la présidente d'Amnesty France Geneviève Sevrin. Amnesty insiste sur "l'enfer" des victimes de violences intra-conjugales, qui, après avoir osé "briser le silence", font l'objet de "représailles économiques" de leur conjoint. Ces femmes "ne doivent plus se trouver face à l'incompréhension et à l'indifférence".

Tout en déplorant "l'insuffisance" des capacités d'hébergement des victimes dans des "lieux sécurisés", Amnesty souligne la nécessité de sanctionner les auteurs de violences, citant notamment les difficultés multiples auxquelles sont confrontées les victimes étrangères en situation irrégulière. Début février, Amnesty a demandé au Premier ministre Dominique de Villepin d'adopter "une politique ambitieuse en la matière", rappelant que le "droit international oblige les Etats à sanctionner les auteurs mais aussi à agir pour prévenir ces violences et garantir une réparation adéquate pour les victimes".

Stratégie globale 

L'organisation réclame "un traitement judiciaire des victimes ainsi qu'un accompagnement social efficace", une "coordination et une politique volontariste" ainsi qu'une "sensibilisation et une vraie campagne d'information soutenue par l'Etat". Amnesty dénonce également la situation des femmes en France, "victimes de traite à des fins de prostitution", originaires des pays de l'Est, des Balkans, d'Afrique du nord, d'Afrique subsaharienne et d'Asie. Ces femmes, estimées à 14.000 selon Amnesty, "vendues une première fois, parfois même plusieurs fois, seront à force de violences, d'humiliations quotidiennes, de privation de liberté et de menaces, contraintes à se prostituer". Amnesty recommande au gouvernement "de mettre en oeuvre une stratégie globale de lutte contre la traite des êtres humains centrée sur la protection des victimes", appelant la France "à signer, ratifier la Convention européenne sur la lutte contre la traite des êtres humains".

Photo : image extraite de la dernière campagne contre les violences sur les femmes (DR)

Par Par AG (avec afp) le 08 février 2006 à 07:00
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

      logAudience