
Silencieux depuis le début de l'affaire, Georges Frêche a affirmé vendredi, par l'intermédiaire de son avocat, vouloir saisir le conseil supérieur de la magistrature (CSM) après une déclaration du ministre de la Justice Pascal Clément qualifiant "d'infraction" ses propos sur des harkis, Le ministre "s'autorise une insolence rare". "Au moment où on parle du séisme d'Outreau, c'est un mépris des magistrats, des citoyens (...) La présomption d'innocence n'existe pas: le ministre a jugé", a déclaré Me Ferran, indiquant parler au nom de Georges Frêche.
Devant le Sénat jeudi, Pascal Clément a indiqué avoir saisi le procureur général de Montpellier "pour qu'il examine les qualifications pénales pouvant être retenues et vérifie la teneur des propos litigieux. Les premiers éléments qui m'ont été communiqués confirment l'infraction", a ajouté le ministre, alors interrogé sur les propos de M. Frêche. Lors d'une cérémonie le 11 février à Montpellier, celui-ci avait traité de "sous-hommes" des harkis qui avaient participé le matin même à une manifestation de l'UMP. "J'ai indiqué au procureur qu'il lui appartient sans tarder de déclencher l'action publique. Je ne doute pas que la justice agira sans faiblesse contre ceux qui s'autorisent à diffamer", avait ajouté M. Clément, selon le compte-rendu analytique de la séance des questions d'actualité.
"Il y a confusion des genres, piétinement de la séparation des pouvoirs, c'est absolument ahurissant", a déclaré l'avocat du président du conseil régional ajoutant: "Nous n'allons pas en rester là. Nous allons saisir le conseil supérieur de la magistrature". Par ailleurs, deux élus régionaux PCF, l'ancien ministre Jean-Claude Gayssot et Jean-Louis Bousquet, président du groupe au conseil régional, ont indiqué vendredi, à l'issue d'un entretien avec M. Frêche, que ce dernier leur avait donné son accord "pour une réunion rapide avec les élus de la majorité" de gauche au conseil régional. Dans un communiqué, les deux conseillers ont précisé qu'ils avaient plaidé pour "un travail plus collectif".
Interrogé par l'AFP, M. Gayssot a expliqué que "les excès verbaux" du président du conseil régional, ne devaient pas occulter "la rupture avec la politique de droite et d'extrême-droite" menée en Languedoc-Roussillon par la gauche. Il a affirmé que si les propos de M. Frêche à l'égard des harkis étaient "injurieux", ils n'avaient pas de "caractère raciste" - sinon, a-t-il ajouté, "j'aurais démissionné".
Frêche utilise "la vulgate hitlérienne", selon la Grande mosquée de Lyon Les propos tenus par Georges Frêche sur les harkis puisent "dans la vulgate hitlérienne", a estimé vendredi le recteur de la Grande mosquée de Lyon, Kamel Kabtane, proche de la Grande mosquée de Paris, dans une lettre ouverte au Premier secrétaire du PS. Evoquant la réponse du parti socialiste aux propos de l'élu, le recteur de la Grande mosquée ajoute qu'"il n'est pas possible de faire aussi bon marché de propos inqualifiables qui résultent d'une pensée réfléchie (...) Les musulmans sont nombreux parmi les harkis. Pendant longtemps, ils ont été des sans-voix, brisés par le poids des événements". Aujourd'hui, ils "n'entendent plus laisser faire (...) Aidez-nous à anéantir les survivances d'apartheid mental qui rongent notre société", demande Kamel Kabtane à François Hollande, évoquant un risque de "rupture" en cas d"'impunité politique" pour Georges Frêche.
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