
C'est une véritable "onde de choc" qui "montre combien nous avions raison de sonner le tocsin" écrit France Soir -- le premier quotidien français à avoir publié les dessins. Discret sur le sujet, le quotidien communiste L'Humanité n'en dénonce pas moins le limogeage du directeur de France Soir par le propriétaire du titre qui est "inacceptable" car "la liberté d'expression est un droit inaliénable en démocratie". Si de très nombreux quotidiens admettent que les musulmans aient pu être choqués par les caricatures -- Philippe Waucampt du Républicain Lorrain parle ainsi "de respect devant la sensibilité blessée d'une partie du monde" -- ils n'en soutiennent pas moins la nécessité de respecter la liberté de la presse.
"Une démocratie ne saurait instaurer une police de l'opinion, sauf à fouler aux pieds les droits de l'Homme", écrit ainsi Le Monde. Ce que la République du Centre (Jacques Camus) exprime abruptement: "nos lois sur la liberté d'expression ne sauraient être remplacées par une "fatwa sur la presse". Libération qui a choisi de publier deux des caricatures se pose une question, tranche et s'explique. "Le combat pour la liberté d'expression est certes indivisible, mais devait-il se mener autour de dessins qu'il nous était difficile d'assumer ? Entre le risque d'affaiblir notre défense d'un principe précieux, et celui de devoir cautionner, malgré nous, des dessins que nous n'aurions jamais acceptés en temps normal, Libération a initialement choisi la seconde, comme les principaux titres de la presse européenne", écrit le journal.
"Ce que la loi autorise, la conscience l'interdit parfois"
Le Figaro, par la plume d'Yves Thréard met cependant un bémol à cette liberté en assurant que "l'autocensure peut se révéler nécessaire" car "ce que la loi autorise, la conscience l'interdit parfois". "On peut aussi faire un mauvais usage de la liberté de la presse." Même tonalité dans l'Eclair des Pyrénées dans lequel Michel Bassi estime que "c'est le sens qu'ils ont de leurs responsabilités qui doit guider les journalistes. Et celui-ci, nous semble-t-il, et pu les inciter à ne pas contribuer au développement de l'antagonisme entre deux communautés".
Plusieurs journaux remarquent aussi que les caricatures du Prophète s'inspirent du fait que les terroristes "prétendent agir en son nom et ne méritent en rien notre 'respect'", selon La Voix du Nord (Hervé Favre). En effet, remarque Jean Levallois (La Presse de la Manche), "les attentats d'Al Qaïda portent, à l'évidence, un préjudice considérable à toute compréhension de l'islam, parce qu'ils le déforment, parce qu'ils le caricaturent". Ou encore Bernard Revel qui, dans L'Indépendant du Midi s'interroge: "les fanatiques qui, au nom d'Allah, assassinent des innocents, ne sont-ils pas la pire caricature des paroles de Mahomet?" Dans L'Union, Sébastien Lacroix estime "déconcertante, voire suspecte", la tournure prise par les évènements dans le monde arabo-musulman : "un tel délire laisse imaginer que cette colère musulmane arrange bien certains gouvernements arabes". D'où le soupçon d'arrière-pensées plus politiques que religieuses", souligne Chantal Didier de L'Est Républicain. L'humour peut avoir un caractère prémonitoire semble penser Jean-Marie Gautier dans Paris Normandie citant Pierre Desproges qui disait que l'on pouvait rire de tout "mais pas avec n'importe qui".
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