Logement : la mixité sociale est en panne

Par Par Olivier CORRIEZ, le 01 février 2006 à 09h09 , mis à jour le 01 février 2006 à 09h12

La Fondation Abbé Pierre pour le logement des défavorisés publie aujourd'hui son rapport annuel qui pointe notamment le problème des jeunes qui font face à la crise du logement et la fragilité économique. Le rapport dénonce également le manque croissant de mixité sociale.

HLM immeuble appartements ville © TF1

La Fondation Abbé Pierre s'inquiète, dans son rapport 2006, de "la panne de la mixité sociale" en matière de logement et souligne que l'écart ne cesse de se creuser entre l'offre et la demande de logements à loyers accessibles. La fondation pour le logement des défavorisés dresse un rapport sévère de la politique du logement de ces dernières années après les incendies dramatiques d'hôtels meublés et d'immeubles insalubres au cours de l'été 2005 et l'embrasement des banlieues, à l'automne, qui a révélé l'existence de "véritables ghettos". Soulignant que "la mixité sociale est en panne", le rapport relève que sur les 720 communes concernées par l'application de la loi de Solidarité et renouvellement urbain (SRU) de décembre 2000 qui impose aux communes de plus de 3.500 habitants (1.500 en Ile-de-France) un quota de logements sociaux de 20%, un tiers seulement ont réalisé moins de 50% de leurs objectifs tandis que près d'une centaine n'ont strictement rien entrepris.

Autre point névralgique du mal-logement en France, les 10 millions de 19-30 ans, ayant à la fois à faire face à la crise économique et à la difficulté de se loger. "La crise du logement qui s'installe sur fond de précarité et de fragilité économique, en redouble les effets, met en difficulté des catégories de jeunes jusque là protégées", souligne le rapport. 55% des 19-26 ans vivent encore chez leurs parents. L'âge moyen de départ des enfants du domicile familial est passé de 21 ans il y a encore quelques années à 23 ans et 9 mois aujourd'hui, a indiqué à l'AFP Patrick Doutreligne, le délégué général de la Fondation. La Fondation s'inquiète en particulier de ce que ses centres d'accueil de jour reçoivent, "depuis trois ou quatre ans", une proportion de 25 à 30% de jeunes, qui n'ont, trop souvent, "pour horizon majeur que de toucher le RMI à 25 ans".

A ce propos, Patrick Doutreligne déplore que "la fracture sociale selon la typologie de la famille est en train de se creuser", seules les familles aisées étant dorénavant en mesure d'aider leur progéniture à se loger. Les jeunes, souligne le rapport, sont peu présents dans le parc locatif social, du fait surtout de l'ampleur de la demande familiale. Etant orientés vers les petits logements du parc privé (52% des moins de 30 ans), les jeunes sont conduits à payer des coûts de location au m2 supérieurs de 40 à 50% à ceux des plus grands logements.

Autre coup de projecteur donné par la Fondation: l'érosion progressive des aides personnelles au logement. Le taux "d'effort" des familles sur ce poste budgétaire ne cesse de grimper. Pour un tiers des Français les plus modestes, a indiqué M. Doutreligne, le taux d'effort dans le secteur privé se situe en moyenne entre 30 et 40%, ce taux restant à 23% dans le secteur social. Ainsi, un couple avec deux enfants qui touche une fois et demi le Smic, a un "taux d'effort" pour le poste logement, après versement des APL (aide personnalisée au logement), de 48,8% dans le privé contre 22,7% dans le secteur social.

Rappelant qu'en France, il manque au total quelque 900.000 logements, M. Doutreligne a indiqué que seulement 17% des Français bénéficient du logement social (contre 40% aux Pays-Bas) alors que 65% des ménages seraient pourtant en mesure d'y prétendre, selon les plafonds de ressources. Patrick Doutreligne, qui a prévenu que "ce serait une énorme erreur de baisser la lutte en faveur de la mixité", a regretté que l'"on ne bâtisse pas de logement social à la hauteur des besoins dans les projets de l'ANRU" (Agence nationale de rénovation urbaine).

Par Par Olivier CORRIEZ le 01 février 2006 à 09:09
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4 Commentaires

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  • Samir, le 01/02/2006 à 10h59

    Moi je vais vous dire je suis resté un an sans logement a dormir dans des hotels miteux et insalubres a 35 euros la nuit sans douche sans cuisine sans rien du tout ni tele ni quoi que ce soit et les jours ou il n y avait pas d argent je dormais dans une cage d escalier ...et pourtant j ai un emploi!!! la cause a tout cela et bien le manque cruel de logement en premier lieu un peu de scepticisme des proprietaires a louer a une personne d origine maghrebine et la liste phenomenal des documents a joindre pour un logement...mais croyez moi si la personne vit dehors elle est condamnee a devenir completement dingue...

  • Serdan, le 01/02/2006 à 10h56

    Notre paye aime tellement les pauvres qu'il se sent obligé d'en créer....... Sans commentaire

  • EB, le 01/02/2006 à 10h29

    BRAVO, à l'abbée Pierre mais c'était valable pour ceux qui étaient concernés à sa création.AIDEZ LES JEUNES QUI CHERCHENT A SE LOGER ET QUI N'ONT PAS DE REVENUS SUFFISANT. OUVREZ LES HLM à ceux qui ont de petits revenus EN PRIORITÉ, y compris aux personnes devant quitter leur domicile mais travaillant (séparation, divorce etc...) mais créer des logements sociaux pour ceux qui vivent des allocations. Merci de publier car je pense tout haut ce que beaucoup de citoyens de classe moyenne pensent tout bas.

  • Thierry, le 01/02/2006 à 09h27

    Exemple criant : ma fille 23 ans le mois prochain, a pris un appart t2 dans notre commune du var loyer 680 euro/m dont 30 de charge. Son revenu mensuel 1050 euros, aide de la caf 29.14 euros par mois. Sans commentaire.

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