
Odyssée pitoyable d'un fleuron de la Marine, gestion catastrophique du dossier : Michèle Alliot-Marie était en première ligne dans ce qu'il est désormais convenu d'appeler "l'affaire Clemenceau". La ministre de la Défense a été auditionnée mercredi, à sa demande, par les députés de la commission Défense de l'Assemblée nationale. L'ex-porte-avions français est "sur le chemin du retour", a déclaré la ministre de la Défense à l'issue de son audition.
La semaine dernière, lors d'une conférence de presse donnée à la suite des décisions du Conseil d'Etat puis du président Jacques Chirac de rapatrier l'ex-porte-avions, elle avait rappelé qu'il y avait eu un "vrai partenariat avec une grande nation industrielle, l'Inde", ajoutant qu'elle "continuait à penser que c'est une bonne solution". "A partir du cadre du Clemenceau, nous voulions créer une filière propre pour ce type d'opérations", précisé-t-elle (lire notre article).
"Ce serait une très mauvaise idée qu'il coule"
Une semaine après l'annonce de son rapatriement, le Q790, ex-Clemenceau, fait toujours des ronds dans l'eau au large des côtes indiennes. "Le Clemenceau est en point fixe dans l'attente qu'une des deux options qui s'offrent à nous soit retenue", a indiqué le porte-parole du ministère de la Défense, Jean-François Bureau. "Soit un avenant est signé au premier contrat avec la SDI, sachant que le retour sera à la charge de l'Etat, soit l'Etat passe directement un contrat avec la société de remorquage. C'est en discussion avec le ministère des finances", a-t-il déclaré. La SDI est l'entreprise qui était chargée du transfert du navire vers le chantier de démolition et de désamiantage d'Alang, en Inde.
Le porte-avions doit regagner le port militaire de Brest, dans l'ouest de la France, via le cap de Bonne espérance. Un périple d'au moins trois mois et qui comporte des risques à cette période de l'année, surtout pour un navire remorqué. "Politiquement, ce serait une très mauvaise idée qu'il coule à ce moment là, reconnaît un marin. Personne ne croirait à un accident". S'il arrive, comme prévu, à bon port, le sort du Clem' sera encore loin d'être réglé, en raison de l'absence d'infrastructures françaises ou européennes à même de le démanteler. Sur le plan judiciaire, enfin, une plainte a été déposée vendredi dernier au parquet de Marseille par le ministère de la Défense après la disparition d'une trentaine de tonnes d'amiante sur les 115 officiellement retirées du Clemenceau et convoyées au centre d'enfouissement de Bellegarde, dans le Gard. La Défense a fait état de "présomptions d'irrégularités" de la part de Technopure, premier prestataire chargé du désamiantage. Autant dire que l'on a pas fini d'entendre parler -en mal - du Clemenceau.
Photo : Michèle Alliot-Marie, lors de son point presse la semaine dernière (archives)
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