
Une décision qui équivaut à une "trahison". C'est ainsi que Marie Humbert, qui avait aidé son fils Vincent handicapé, à mourir en 2003 comme il le réclamait, a qualifié lundi l'ordonnance de non-lieu rendue à son encontre et celle du Dr Chaussoy. Ce dernier avait administré une injection mortelle au jeune tétraplégique de 22 ans, muet et presque aveugle après un accident de la route survenu en 2000.
Deux jours avant, Vincent avait été plongé dans un coma profond par sa mère qui lui avait elle-même injecté une dose de barbituriques pour mettre fin à ses jours comme il le réclamait, parce qu'il ne pouvait le faire lui-même. Marie Humbert avait été mise en examen pour "administration de substances toxiques", un délit passible de cinq ans d'emprisonnement. Le Dr Chaussoy pour "empoisonnement avec préméditation", un crime passible de la réclusion criminelle à perpétuité.
"Je vais me battre"
"Je suis très déçue pour moi mais contente pour le Dr Chaussoy. Ca signifie qu'on va enterrer l'histoire comme si mon fils n'avait pas existé, comme si son combat n'avait pas existé", a déclaré à l'AFP Marie Humbert, interrogée par téléphone.
"On a trahi mon fils. Ca n'a servi à rien", a-t-elle ajouté, déplorant que la justice ait retenu l'idée de "contrainte morale" à son égard, "une hypocrisie", selon elle. "Je vais me battre encore plus maintenant pour une 'loi Vincent Humbert' (une aide active à mourir dans certains cas, ndlr) car tout cela est inadmissible", a-t-elle poursuivi, en estimant que "le procureur (de Boulogne-sur-mer) comme la juge d'instruction" avaient "manqué de courage". Son avocat Me Hugues Vigier a déploré qu'"on (ait) utilisé un subterfuge juridique, la contrainte morale, ce qui revient à dire qu'elle ne savait pas ce qu'elle faisait. C'est indigne d'elle".
"J'ai fait mon boulot, ni plus ni moins"
"C'est un grand moment de bonheur. On attendait cette décision depuis très longtemps, elle a longtemps été repoussée (...) Nous sommes libérés!", a confié à la presse, à Lille, le Dr Chaussoy. Se disant "soulagé" et "très satisfait", il a ajouté qu'il souhaitait désormais avec sa famille "tourner la page et savourer cette victoire". Il a expliqué avoir vécu durant deux ans et demi, "avec toujours cette épée au-dessus de (sa) tête". "Il a fallu accuser le coup au départ, c'est un gros coup sur la tête quand on est poursuivi et (...) que l'on risque la réclusion criminelle à perpétuité", a-t-il souligné. Le Dr Chaussoy a précisé que le geste qu'il avait commis était un "geste médical, d'un médecin, un geste humain, de compassion". "J'ai fait mon boulot, ni plus ni moins. Quelque part, je ne regrette rien (...). Demain je referais exactement la même chose. On est là pour aider, pour apaiser, pour soulager la souffrance", a-t-il ajouté. Le Dr Chaussoy a tenu à souligner qu'il avait "rencontré une justice humaine".
Cette ordonnance, prise par la juge Anne Morvant, est "conforme à ce que j'avais requis, avec évidemment une motivation qui est propre au magistrat instructeur", a déclaré le procureur de la République de Boulogne-sur-Mer, Gérald Lesigne. Elle s'appuie sur la notion de "contrainte", a-t-il précisé. Gérald Lesigne, qui avait demandé un non-lieu général, avait alors justifié ses réquisitions en estimant que "les gestes" commis par Marie Humbert et le Dr Chaussoy étaient "prohibés" mais que la notion de "contrainte" pouvait être retenue pour les expliquer. (D'après AFP)
Euthanasie Dordogne: le renvoi devant les assises examiné à Bordeaux en mai |
Les cas du Dr Laurence Tramois et de l'infirmière Chantal Chanel renvoyés pour une affaire d'euthanasie devant la cour d'assises de la Dordogne par une ordonnance du 5 janvier seront examinés le 8 mai par la cour d'appel de Bordeaux. Chantal Chanel, 39 ans, et Laurence Tramois, 34 ans, avaient été mises en examen en novembre 2003, respectivement pour "empoisonnement" et "complicité d'empoisonnement", l'une pour avoir fait une piqûre mortelle, l'autre pour l'avoir prescrite à une patiente cancéreuse de 65 ans en phase finale à l'hôpital de Saint-Astier (Dordogne), morte le 25 août 2003. Le parquet de Périgueux avait annoncé le 5 janvier leur renvoi devant une cour d'assises trois jours après la demande de non-lieu du procureur de Boulogne-sur-Mer dans l'affaire Vincent Humbert. "Il y a une discordance entre les deux décisions. Pendant 18 mois le dossier était terminé et nous attendions que la Chancellerie donne une orientation commune dans ces deux dossiers. Or début janvier, nous avons appris qu'il y avait des réquisitions de non-lieu dans le dossier Humbert et un renvoi devant les assises pour le Dr Tramois et Mme Chanel", a déclaré à l'AFP l'avocat du médecin, Me Benoît Ducos-Ader. |
(Marie Humbert, la mère de Vincent/image d'archives/DR)
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