Marie Humbert : "on a trahi mon fils"

le 27 février 2006 à 15h26 , mis à jour le 27 février 2006 à 21h56

Le non-lieu a été rendu au profit du Dr Chaussoy et de Marie Humbert qui, en 2003, avaient aidé à mourir le jeune tétraplégique Vincent Humbert, comme il le réclamait. Cette décision "signifie qu'on va enterrer l'histoire comme si mon fils n'avait pas existé (...)", a déclaré la mère de Vincent.

Marie Humbert euthanasie

Une décision qui équivaut à une "trahison". C'est ainsi que Marie Humbert, qui avait aidé son fils Vincent handicapé, à mourir en 2003 comme il le réclamait, a qualifié lundi l'ordonnance de non-lieu rendue à son encontre et celle du Dr Chaussoy. Ce dernier avait administré une injection mortelle au jeune tétraplégique de 22 ans, muet et presque aveugle après un accident de la route survenu en 2000.

Deux jours avant, Vincent avait été plongé dans un coma profond par sa mère qui lui avait elle-même injecté une dose de barbituriques pour mettre fin à ses jours comme il le réclamait, parce qu'il ne pouvait le faire lui-même. Marie Humbert avait été mise en examen pour "administration de substances toxiques", un délit passible de cinq ans d'emprisonnement. Le Dr Chaussoy pour "empoisonnement avec préméditation", un crime passible de la réclusion criminelle à perpétuité.

"Je vais me battre"

"Je suis très déçue pour moi mais contente pour le Dr Chaussoy. Ca signifie qu'on va enterrer l'histoire comme si mon fils n'avait pas existé, comme si son combat n'avait pas existé", a déclaré à l'AFP Marie Humbert, interrogée par téléphone.

"On a trahi mon fils. Ca n'a servi à rien", a-t-elle ajouté, déplorant que la justice ait retenu l'idée de "contrainte morale" à son égard, "une hypocrisie", selon elle. "Je vais me battre encore plus maintenant pour une 'loi Vincent Humbert' (une aide active à mourir dans certains cas, ndlr) car tout cela est inadmissible", a-t-elle poursuivi, en estimant que "le procureur (de Boulogne-sur-mer) comme la juge d'instruction" avaient "manqué de courage". Son avocat Me Hugues Vigier a déploré qu'"on (ait) utilisé un subterfuge juridique, la contrainte morale, ce qui revient à dire qu'elle ne savait pas ce qu'elle faisait. C'est indigne d'elle".

"J'ai fait mon boulot, ni plus ni moins" 

"C'est un grand moment de bonheur. On attendait cette décision depuis très longtemps, elle a longtemps été repoussée (...) Nous sommes libérés!", a confié à la presse, à Lille, le Dr Chaussoy. Se disant "soulagé" et "très satisfait", il a ajouté qu'il souhaitait désormais avec sa famille "tourner la page et savourer cette victoire". Il a expliqué avoir vécu durant deux ans et demi, "avec toujours cette épée au-dessus de (sa) tête". "Il a fallu accuser le coup au départ, c'est un gros coup sur la tête quand on est poursuivi et (...) que l'on risque la réclusion criminelle à perpétuité", a-t-il souligné. Le Dr Chaussoy a précisé que le geste qu'il avait commis était un "geste médical, d'un médecin, un geste humain, de compassion". "J'ai fait mon boulot, ni plus ni moins. Quelque part, je ne regrette rien (...). Demain je referais exactement la même chose. On est là pour aider, pour apaiser, pour soulager la souffrance", a-t-il ajouté. Le Dr Chaussoy a tenu à souligner qu'il avait "rencontré une justice humaine".

Cette ordonnance, prise par la juge Anne Morvant, est "conforme à ce que j'avais requis, avec évidemment une motivation qui est propre au magistrat instructeur", a déclaré le procureur de la République de Boulogne-sur-Mer, Gérald Lesigne. Elle s'appuie sur la notion de "contrainte", a-t-il précisé. Gérald Lesigne, qui avait demandé un non-lieu général, avait alors justifié ses réquisitions en estimant que "les gestes" commis par Marie Humbert et le Dr Chaussoy étaient "prohibés" mais que la notion de "contrainte" pouvait être retenue pour les expliquer. (D'après AFP)

Euthanasie Dordogne: le renvoi devant les assises examiné à Bordeaux en mai

Les cas du Dr Laurence Tramois et de l'infirmière Chantal Chanel renvoyés pour une affaire d'euthanasie devant la cour d'assises de la Dordogne par une ordonnance du 5 janvier seront examinés le 8 mai par la cour d'appel de Bordeaux. Chantal Chanel, 39 ans, et Laurence Tramois, 34 ans, avaient été mises en examen en novembre 2003, respectivement pour "empoisonnement" et "complicité d'empoisonnement", l'une pour avoir fait une piqûre mortelle, l'autre pour l'avoir prescrite à une patiente cancéreuse de 65 ans en phase finale à l'hôpital de Saint-Astier (Dordogne), morte le 25 août 2003. Le parquet de Périgueux avait annoncé le 5 janvier leur renvoi devant une cour d'assises trois jours après la demande de non-lieu du procureur de Boulogne-sur-Mer dans l'affaire Vincent Humbert. "Il y a une discordance entre les deux décisions. Pendant 18 mois le dossier était terminé et nous attendions que la Chancellerie donne une orientation commune dans ces deux dossiers. Or début janvier, nous avons appris qu'il y avait des réquisitions de non-lieu dans le dossier Humbert et un renvoi devant les assises pour le Dr Tramois et Mme Chanel", a déclaré à l'AFP l'avocat du médecin, Me Benoît Ducos-Ader.

(Marie Humbert, la mère de Vincent/image d'archives/DR)

le 27 février 2006 à 15:26
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

14 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Mojorisin, le 27/02/2006 à 21h24

    Qui peut demander à un professionnel de santé d'expliquer la phrase tenue par Mme Humbert aux journalistes de l'AFP et qui est "On a trahi mon fils. Ca n'a servi à rien"...qu'est-ce qui n'a servi à rien??? Je croyais que l'euthanasie pratiquée par cette mère devait avant-tout servir à empêcher son fils de continuer à souffrir mais à l'entendre depuis quelques semaines, son "combat"(?!) semble être devenu plus idéologique et médiatique qu'autre chose...

  • Pierre marie vallez, le 27/02/2006 à 21h15

    La justice est à l'image de notre pays, incapable de reconnaître ses erreurs, de se réformer, de changer, d'évoluer, simplement d'admettre qu'il faut faire autre chose .... pauvre france !!!!!!

  • Joss, le 27/02/2006 à 19h29

    C'est le bon moment pour les politiques en mal d'ambitions présidentielles de se déterminer sur cette question importante et de ne pas chercher à se défiler ou tourner autour du probléme sans vraiment prendre position, il est important qu'ils répondent à ce fait de société qui doit trouver des réponses et surtout des solutions claires.

  • Marie P. Preud'homme, le 27/02/2006 à 18h24

    Peut-on imaginer le long calvaire de cette mère et de son fils, ce choix d'amour terrible qu'elle a dû faire seule, en son âme et conscience ? Moi, j'ai la conviction que dans les yeux de cette femme, aimante du plus grand amour qui soit pour une mère, continuera de briller le dernier regard de son fils qui à l'heure ultime lui a certainement dit : Merci !

  • Dan, le 27/02/2006 à 18h19

    La justice n'a pas à être plus à l'écoute du peuple qu'à celle des hommes politiques...Elle a ses valeurs propres...Si elle les applique rigoureusement, elle sera véritablement indépendante...L'écoute du peuple donne Outreau...

  • Ardenza, le 27/02/2006 à 18h06

    Il faut beaucoup beaucoup de courage pour prendre une telle décision, et beaucoup d'amour aussi... l'amour d'une mere envers son fils, l'amour d'un médecin pour son métier et pour les valeurs d'humanisme. maitenant je souhaite au médecin une bonne continuation et a la maman de vincent que le temps adoucisse ses peines car le combat continue pour cette merveilleuse mere !

  • Alain, le 27/02/2006 à 17h50

    Je me réjouie de ce non-lieu qui pourrait peut-être et enfin ouvrir un nouveau débat sur l'euthanasie en France...

  • MANU, le 27/02/2006 à 16h48

    Et voila comment se débarrasser d'un sujet délicat. On trouve une raison pour ne pas juger car cela pourrait relancer le débat alors on dit que oui il y un crime mais que ce n'est pas tout a fait ca. Merci pour ces deux héros qui ont su braver les lois stupides de notre pays et pour ceux qui sont contre l'euthanasie, imaginé le calvaire mettez vous sur votre lit immobile avec des boules kiess dans les oreilles un baillon dans la bouche et un bandeau sur les yeux restez y toute la journée et le lendemain si il faut, vous comprendrez alors deux jours de la vie de vincent et de milliers d'autres comme lui. Seulement eux ils y sont pour toujours

  • Vastre, le 27/02/2006 à 16h40

    TF1 rapporte la réquisition : "ces réquisitions se fondent sur l'élément moral de l'infraction et non pas sur l'élément matériel et légal". Ainsi, quiconque se sent moralement obligé de tuer quelqu'un a le droit de le faire. Peu importent les lois ! La morale privée, y compris celle des des subordonnés d'Allah, prime sur celle que recommande la loi (de la République). Tout est désormais permis ! Mon propos n'étant pas politiquement correct, je vous dispense de le diffuser, mais vous sais gré de le lire.

  • Tortue, le 27/02/2006 à 16h13

    Encore une fois, vous les médias, faites vos choux gras sur tout le blabla judiciaire de cette affaire, mais finalement qu'en est-il du fond de cette histoire ? Faut-il légaliser ou non l'euthanasie ? Le geste de Marie Humbert et du Dr Chaussoy était plus que justifié, mais que vont faire les politiques une fois que cette affaire sera oubliée ? Rien comme d'habitude, aucun référendum, aucun débat public par peur que les français pensent différement de ceux qui les gouvernent et qui prétentent les représenter (qu'ils soient de droite ou de gauche d'ailleurs, c'est toujours le même combat). A quand un référendum pour chaque grande question nationale ??? Ah, non ! j'oubliais, on est aussi européens... et hop ! un baillon de plus sur notre bouche...

Lire tous les commentaires

      logAudience