
Deux enquêteurs de la Brigade criminelle devaient se rendre mardi en Côte d'Ivoire dans le cadre de l'enquête sur le meurtre d'un jeune juif, Ilan Halimi, dont le caractère antisémite a pour le moment été retenu comme circonstance aggravante par le juge.
Selon une source bien informée à Abidjan, le principal suspect de l'affaire, celui qui se baptise lui-même "le cerveau des barbares", est "susceptible de se trouver en Côte d'Ivoire". Selon la même source, deux enquêteurs de la police française "arrivent mardi soir à Abidjan pour mener des vérifications" dans le cadre d'une commission rogatoire internationale.
Ilan Halimi, vendeur dans un magasin de téléphonie à Paris, âgé de 23 ans, avait été enlevé le 21 janvier. Il a été découvert lundi 13 février au matin, portant des traces de tortures et de brûlures, agonisant à proximité de la gare de Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne).
Vif émoi dans la communauté juive
L'hypothèse de motivations à caractère antisémite provoque depuis la semaine dernière un vif émoi dans la communauté juive parisienne. Une délégation du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), accompagnée du beau-frère d'Ilan Halimi, doit être reçue mardi à 16H00 par le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy.
Dans un premier temps, le parquet avait estimé que le gang n'avait pas agi par antisémitisme. Des sources proches de l'enquête assurent que les sévices ne sont "pas forcément liés" au fait que la victime était juive. Mais la juge d'instruction Corinne Goetzmann a décidé mardi de poursuivre six des sept mis en examen pour "enlèvement et détention", "association de malfaiteurs en vue d'enlèvement, détention et séquestration en bande organisée sous conditions" et "association de malfaiteurs en vue de commettre un meurtre avec préméditation en raison de l'appartenance ou la non appartenance, vraie ou supposée, de la victime à une ethnie, une nation, une race ou une religion".
Cette circonstance aggravante peut ne pas être retenue à l'issue de l'instruction en fonction des déclarations des suspects, le magistrat instructeur étant seul à décider des incriminations définitives.
"Un appel solennel à la raison contre tout amalgame"
Deux éléments des déclarations de suspects en garde à vue sont à l'origine du choix de la juge, a-t-on appris mardi de source judiciaire: un suspect a expliqué qu'Ilan avait été enlevé car il était juif et que les "juifs ont de l'argent et que c'est une communauté solidaire" et l'un des suspects a déclaré avoir appris de manière indirecte que la victime avait été brûlée par un autre mis en cause, sur le front avec une cigarette, en raison de sa religion.
L'auteur désigné de cette violence aurait reconnu les faits tout en contestant une intention antisémite. Le septième suspect, une jeune femme, a été mis en examen pour "non dénonciation de crime". Les sept suspects ont été placés en détention provisoire par le juge des libertés et de la détention (JLD). Deux autres personnes en garde à vue depuis vendredi doivent être présentées au juge d'instruction dans la journée de mardi.
"La justice doit très rapidement faire la lumière sur les circonstances de ce meurtre", a déclaré mardi à l'AFP Mouloud Aounit le secrétaire général du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap), soulignant que les meurtriers présumés étaient "d'abord des voyous au comportement crapuleux prolongé par une haine antisémite" et lançant "un appel solennel à la raison contre tout amalgame, toute instrumentalisation politique". La LDH a de son côté appelé à "éviter tout emballement" et "toute réaction précipitée".
(Le principal suspect/DR)
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