© AFPL'un des suspects du meurtre d'Ilan Halimi se serait attaqué au jeune homme "car il était juif et qu'un juif, c'est riche". C'est la thèse retenue par la justice à ce stade, a confirmé lundi soir le garde des Sceaux Pascal Clément lors du dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), à Paris. Le ministre de la Justice a précisé que la juge d'instruction chargée du dossier avait retenu "des circonstances aggravantes d'antisémitisme".
Ilan Halimi, jeune vendeur dans un magasin de téléphonie à Paris, avait été enlevé le 21 janvier. Il avait été découvert le 13 février au matin, nu, bâillonné, menotté et portant des traces de tortures et de brûlures, agonisant à proximité de la gare de Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne). Il est décédé peu après. Six autres personnes ont été prises pour cibles par ces malfaiteurs, dans diverses tentatives d'enlèvement pour leur extorquer de l'argent. Selon les enquêteurs et le parquet, toutes n'étaient pas juives et le but premier des ravisseurs était d'obtenir de l'argent.
Le cerveau toujours en fuite
Les sept auteurs présumés, six hommes et une femme, mis en examen lundi soir ont été placés en détention provisoire. les charges retenues sont "enlèvement et détention", "association de malfaiteurs en vue d'enlèvement, détention et séquestration en bande organisée sous conditions" et "association de malfaiteurs en vue de commettre un meurtre avec préméditation en raison de l'appartenance ou la non appartenance, vraie ou supposée de la victime à une ethnie, une nation, une race ou une religion". Toutefois, cette circonstance aggravante peut ne pas être retenue à l'issue de l'instruction en fonction des déclarations des suspects. Deux autres personnes en garde à vue depuis vendredi doivent être présentées au juge d'instruction dans la journée de mardi.
Le cerveau présumé de cette bande était, lundi soir, toujours en fuite et pourrait être à l'étranger selon le ministre de la Justice. Selon le Figaro, il serait en Côte d'Ivoire, son pays d'origine. De source judiciaire, deux enquêteurs de police devraient arriver ce soir "à Abidjan pour mener des vérifications" dans le cadre d'une commission rogatoire internationale. L'un des suspects, un jeune homme âgé de 19 ans, considéré comme le plus impliqué, est soupçonné d'avoir participé à l'enlèvement et à l'élaboration du plan, a été placé en détention provisoire. Les six autres personnes devaient comparaître au cours de la soirée de lundi devant le JLD. Le parquet a requis le mandat de dépôt pour les sept suspects.
Les familles bientôt reçues par Sarkozy
Dominique de Villepin a déclaré lundi soir, lors du dîner annuel du Crif, avoir demandé "que toute la lumière soit faite" sur les "motivations" du meurtre "odieux" d'Ilan Halimi. "Nous devons la vérité à la famille d'Ilan. Nous vous devons la vérité. Nous devons la vérité à tous les Français", a dit le Premier ministre en réponse à l'interpellation du président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Roger Cukierman. Ce dernier venait de lui demander: "Ilan est-il mort parce que juif ? Monsieur le Premier ministre, vous devez la vérité à notre pays". "Permettez-moi d'adresser ce soir un message à la famille d'Ilan Halimi, qui pleure son fils assassiné dans des circonstances dramatiques. Je veux dire à chacun d'eux combien je m'associe à leur douleur", a déclaré M. de Villepin.
De son côté, le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, aussi présent au dîner du Crif, a dénoncé un "crime crapuleux, odieux, barbare" et annoncé qu'il recevrait prochainement la famille de la victime et les autorités du Crif. "Il faut voir de très près les circonstances", a-t-il dit. "Nous mettons tout en oeuvre pour retrouver ceux qui sont en fuite. C'est un acte d'une barbarie inqualifiable. Il va falloir comprendre comment tout ceci est possible. Ils ont utilisé des moyens internet sophistiqués".
Le Mrap s'élève contre la "stigmatisation" d'une population |
Le Mrap s'est déclaré lundi "horrifié par le crime barbare dont a été victime Ilan Halimi, torturé à mort par un gang", tout en s'élevant "contre la stigmatisation d'une certaine population" par "certains médias audiovisuels. Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) estime, dans un communiqué, que "tout doit être mis en oeuvre pour arrêter l'ensemble des auteurs de cet acte monstrueux". "Cependant, le MRAP tient à élever une vigoureuse protestation devant certaines informations distillées par certains médias audiovisuels qui, de fait, participent à la stigmatisation d'une certaine population", précise le communiqué. "Le fait de pointer systématiquement l'appartenance à certaines cités, à la banlieue, tout cela risque d'entretenir dangereusement des amalgames inacceptables", écrit le Mrap. En outre, il "condamne les propos et les violences racistes des extrémistes communautaires" qui, lors de la manifestation de dimanche à la mémoire d'Ilan Halimi, à Paris, "ont eu des agissements indignes visant à lyncher Noirs et Arabes". (AFP) |
(Photo : lors de la manifestation organisée dimanche/AFP)
Retour MYTF1
Chargement en cours...



