
Ferdinand Gilson, décédé dimanche dans le Loiret où il vivait en famille, était l'un des six derniers "poilus" de la Première Guerre mondiale. Né à Champigny-sur-Marne, l'ancien poilu avait eu 107 ans le 20 octobre. Il se disait conscient de cet héritage, insistant pour "témoigner pour l'Histoire" lors d'un entretien avec l'AFP en novembre 2005.
"Des erreurs colossales. Des morts pour rien", s'emportait-il en évoquant la guerre qu'il découvrira à 19 ans, le 15 mars 1918, en arrivant sur le front en Belgique. "Deux camarades sont tués. J'ai pensé à maman; un jour les gendarmes viendront lui annoncer ma mort", racontait Ferdinand. Il écrira tous les jours à sa mère, même du fond des tranchées. Après un court passage dans l'infanterie, celui que ses copains surnommaient le "morpion" en raison de sa taille (1,63 m) sera ensuite muté dans l'artillerie où il combattra comme brigadier jusqu'à l'armistice.
"On mangeait la nuit pour éviter de voir les vers"
"J'ai l'ouïe fine et j'entendais le départ des obus. Je criais 'c'est pour notre gueule' et tout le monde se jetait à terre". Il évoquait la terre, la boue, les gaz, les tranchées, les morts, "un véritable enfer dont je suis sorti vivant", s'étonnait-il encore près de 90 ans après. Il mettra dix années avant de pouvoir en parler. "On mangeait la nuit pour éviter de voir les vers sur la viande et en se bouchant le nez. L'odeur était insupportable. Heureusement, il y avait le vin. Deux litres pour les jeunes, sept à neuf litres pour les plus âgés".
En août 1918, il est envoyé à Fontainebleau pour y suivre des cours d'officier. Il réchappe de justesse à la grippe espagnole, mais sera réformé en novembre 1919 après avoir été hospitalisé quatre mois et perdu 14 kg. Après un passage à Paris, il part s'installer dans l'Eure, où il monte sa petite fabrique de matrices et poinçons et rencontre sa femme. En 1940, Ferdinand Gilson qui refuse de travailler pour les Allemands, s'engage dans la Résistance, où il prend le nom de "gueule noire", parce qu'il travaille dans la mécanique. Il n'aimait pas trop en parler, mais il cachera quatre aviateurs américains et fabriquera dans ses ateliers des faux papiers qui permettront à des dizaines de jeunes d'éviter le STO (Service du travail obligatoire). En revanche, il était fier de sa Légion d'Honneur: "Je ne l'ai pas volée. J'y tiens".
Photo d'ouverture : Ferdinand Gilson - archives
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