
RETROUVEZ NOTRE DOSSIER SPECIAL SUR OUTREAU
Ce n'est pas aux députés de faire la justice ! De nombreux magistrats ont été choqués par les conditions de l'audition du juge Burgaud le 8 février dernier devant la commission d'enquête parlementaire sur l'affaire d'Outreau. Un sentiment de malaise si fort que le Conseil supérieur de la magistrature a jugé bon d'envoyer, vendredi matin, un avis solennel au président de la République. "En ce moment exceptionnel où l'Assemblée nationale s'interroge, à l'occasion de l'affaire dite d'Outreau sur la manière dont la justice est rendue, le CSM estime de son devoir constitutionnel de rappeler les principes fondamentaux de séparation des pouvoirs", écrit l'institution dans une lettre longue de deux pages.
Il ajoute que les principes de séparation des pouvoirs "sont établis en faveur du citoyen (...) et garantissent l'accès à un juge impartial, qui doit pouvoir exercer ses fonctions juridictionnelles à l'abri de toute pression politique, sociale, médiatique ou autre". Alors qu'une soixantaine de magistrats doivent être entendus par la commission d'enquête, Ie CSM estime déplore un "non respect du secret des délibérations". L'Union syndicale des magistrats (majoritaire) avait la première dénoncé mercredi "une atteinte sans précédent à la séparation des pouvoirs et à l'indépendance des juges" après les auditions de la commission. Le syndicat avait saisi le CSM pour qu'il rende un avis sur cette question au chef de l'Etat, garant de l'indépendance de la justice et qui préside à ce titre le CSM.
" Pour réformer les choses, il faut en passer par là "
Interrogé sur LCI, le député socialiste et vice-président de la commission d'enquête Christophe Caresche affirme que la séparation des pouvoirs est respectée, même si quelques questions posées au juge Burgaud ont pu heurter. "Ils (ndlr : les magistrats) l'ont mal vécu, mais il faut dépasser ce sentiment. Pour réformer les choses, il faut en passer par là, a-t-il estimé.
L'UMP Georges Fenech s'est lui aussi déclaré "très surpris" ce matin sur Europe 1. "Les juges ne doivent pas s'inquiéter. Ce n'est pas un tribunal, ce n'est pas une instance disciplinaire. (...) Il est absolument normal, si nous voulons comprendre où cela a dysfonctionné, que nous refaisions chronologiquement l'histoire du procès. (...) . Et d'en conclure à regrets que "la justice ne prend pas encore l'habitude d'accepter d'avoir un regard extérieur"...
"Ouvrir les palais de justice", c'est aussi ce que Pascal Clément, le garde des Sceaux a proposé jeudi dans un discours prononcé devant les plus hauts magistrats français. Le ministre a renouvelé sa confiance "totale" dans la justice. "Lorsque toutes les causes de l'affaire d'Outreau auront pu être analysées et comprises, alors seulement viendra le temps de la réforme" a-t-il ajouté.
Mardi 21 février, dès 16h30, suivez en direct vidéo sur tf1.fr/lci.fr les auditions très attendues des juges des libertés et de la détention par la commission d'enquête parlementaire.
| Pascal Clément porte plainte pour diffamation contre le journal Libération |
Le ministre de la Justice Pascal Clément a porté plainte vendredi pour diffamation après la publication d'une tribune d'un journaliste de Libération établissant "un parallèle insoutenable et intolérable" entre le juge Burgaud et le criminel nazi Adolf Eichmann. La plainte a été déposée auprès du procureur de la République de Paris pour diffamation envers un fonctionnaire public. Dans la tribune libre publiée vendredi par le quotidien sous le titre "Burgaud, un cadre obéissant", le journaliste relève "quelques analogies troublantes" entre la défense du juge Fabrice Burgaud et celle du criminel nazi, pour "dégager un profil psychologique courant, véritable ressort du problème: celui du jeune cadre obéissant". Reprenant une déclaration du juge d'instruction de l'affaire d'Outreau dans laquelle il estimait avoir "effectué honnêtement (son) travail sans aucun parti pris d'aucune sorte", le journaliste estime que "ses propos résonnent singulièrement, et presque terme à terme avec ceux d'Eichmann lors de son procès". Eichmann, condamné pour crimes contre l'humanité et crime de guerre, avait déclaré lors de son procès à Jérusalem en 1960: "J'ai fait mon devoir, conformément aux ordres. Et on ne m'a jamais reproché d'avoir manqué à mon devoir". "Même si comparaison n'est jamais raison, cette ligne de défense est-elle si différente, au fond de la fameuse méthode employée pour l'enquête dont se prévaut le juge Burgaud ?", interroge le journaliste.
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