
RETROUVEZ NOTRE DOSSIER SPECIALSUR L'APRES-OUTREAU
"Le pire serait de nier l'absence de charges" et de dire que "ce dossier était vide et le produit de quelque dérive judiciaire", a affirmé jeudi matin Gérald Lesigne, procureur de la République de Boulogne-sur-Mer au moment de l'instruction de l'affaire d'Outreau, devant la commission d'enquête parlementaire. "Il y avait des éléments considérables, importants et qui pourtant ont failli aboutir à une erreur judiciaire majeure", a ajouté le procureur qui a rappelé avoir requis sept acquittements lors du premier procès de Saint-Omer en 2004. Il avait aussi requis des peines de prison à l'encontre de six accusés innocentés en appel à Paris en décembre 2005.
Mais outre ces éléments qu'il a rappelés, ce qui a largement contribué au fiasco judiciaire, selon lui, c'est un mythe qui a grandi au fil de l'instruction, qui a "puisé ses racines dans un fond de réalité", et auquel même des acquittés ont "adhéré". "Je ne vois qu'une seule explication, celle du mythe puissant de la pédophilie qui se serait autoalimenté par les indications des uns et des autres et par l'incapacité de tout un système à poser cette analyse", a dit Gérald Lesigne devant la commission d'enquête parlementaire. "Ce mythe auquel toute une collectivité adhère, même ceux qui protestent de leur innocence, à quelques rares exceptions près", a-t-il également soutenu. "C'est devenu une vérité dans la tête des enfants Delay, une vérité chez un certain nombre d'adultes, une vérité au sein des services sociaux et par ce biais là une vérité au sein de tout le système judiciaire".
"C'est devenu une vérité"
Concernant Myriam Badaoui, principale accusatrice qui s'avérera être affabulatrice, "il y avait certains indications qui sonnaient vraies", avait-t-il auparavant expliqué, d'une voix très assurée contrastant avec les déclarations hésitantes du jeune juge d'instruction, Fabrice Burgaud, la veille. Quant à Aurélie Grenon, l'une des accusatrices condamnée définitivement en 2004, "elle a réponse à tout", a-t-il également dit soulignant qu'elle était "totalement libre de ses déclarations" et qu'elle ne subissait donc "pas de pression" selon lui.
"J'aurais dû en faire davantage", a concédé ce magistrat chevronné (57 ans) tout en défendant pied à pied son travail pendant l'instruction. Il a fait valoir que l'audience a été le seul moment où il s'est retrouvé confronté aux accusés, s'attirant les critiques du rapporteur Philippe Houillon (UMP). "S'il faut attendre 39 mois pour se préoccuper de l'humain, c'est étonnant", a-t-il lancé faisant allusion au temps qui s'est écoulé entre les premières arrestations et le procès de Saint-Omer. Un autre député, Guy Geoffroy (UMP) a regretté que l'on ait sacrifié dans cette affaire la présomption d'innocence "qui s'est écroulée" à mesure que "le mythe de la pédophilie montait en puissance".
Mis en cause pour avoir transformé dans son réquisitoire la déclaration d'un témoin sur l'aspect physique de l'huissier Alain Marécaux, Gérald Lesigne, qui ne s'est jamais démonté, a refusé d'admettre une erreur préférant parler d'une "sémantique inappropriée". "Vous répondez comme pourrait répondre une feuille de papier", s'est agacé le président de la commission André Vallini (PS) face à des réponses souvent théoriques. Sur les dénonciations des mineurs, l'un des piliers de l'accusation, Gérald Lesigne a reconnu que la "religion de la parole de l'enfant est nuisible à la vérité judiciaire". "Je n'avais pas de doutes mais des interrogations. Il ne faut pas considérer que le juge avait des certitudes absolues", a-t-il aussi affirmé prenant la défense du jeune juge d'instruction Fabrice Burgaud, beaucoup plus hésitant la veille.
Photo d'ouverture : le procureur de la République de Boulogne-sur-Mer lors de son audition devant la commission d'enquête parlementaire - DR
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