© LCILe coup d'Etat aura duré 9 jours. Dans la nuit du 26 au 27 septembre 1995, une trentaine de mercenaires français, emmenés par le célèbre Bob Denard, débarquent aux Comores, s'introduisent dans le palais présidentiel et enlèvent le président Saïd Djohar. Dans la foulée, ils sortent de prison les détenus politiques et remettent le pouvoir aux opposants Mohammed Taki et Saïd-Ali Kemal. Mais le 4 octobre, le putsch tourne court avec l'intervention des troupes françaises, en vertu d'un accord de défense liant les deux pays. Djohar est libéré, les mercenaires sont arrêtés et ramenés en France.
Onze ans après les faits, ils doivent aujourd'hui répondre de leurs actes. Mais le principal prévenu n'aura toutefois pas à se présenter ce lundi devant la 14e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Une expertise médicale, remise le 30 janvier au président du tribunal, l'a déclaré inapte à comparaître. Bob Denard, âgé de 76 ans, présente "une maladie d'Alzheimer, diagnostiquée début 2003 et traitée comme telle depuis mars 2003".
"L'instruction a traîné"
Maître Saïd Lafou, avocat de l'ex-président Djohar, devrait déposer, dès l'ouverture du procès, une demande de contre-expertise. En cas de refus, il n'exclut pas de "saisir le conseil de sécurité de l'ONU (au nom de l'Etat comorien) pour que la justice française soit dessaisie"."Nous savons tous que ce n'est pas seulement une affaire judiciaire et qu'il y a des barbouzes autour de ce procès", dénonce-t-il.
Pour maître Eric Morain, avocat de deux des prévenus, ce procès n'a en revanche " plus de sens ". "L'instruction a traîné onze longues années, rappelle-t-il. Le procès vient trop tard, on fait de l'archéologie judiciaire. On sait que ces mercenaires ont agi sur ordre et avec la bénédiction des services français. Quelle peine voulez-vous leur appliquer aujourd'hui?" Ce sera au tribunal d'en décider. Les prévenus, poursuivis pour "association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un crime", encourent 10 ans de réclusion criminelle. Les audiences se dérouleront jusqu'au 15 mars, à raison de trois séances par semaine.
| Denard, un habitué des prétoires |
Militaire de carrière jusqu'en 1952, "Bob" Denard a été impliqué dans de nombreux coups d'Etat dans les années 60 à 80, notamment en Afrique. En 1993, il a été condamné à cinq ans de prison avec sursis pour une tentative de coup d'Etat au Bénin en janvier 1977. En 1999, il avait en revanche été acquitté par la Cour d'assises de Paris, où il comparaissait pour l'assassinat du président comorien Ahmed Abdallah, tué de cinq balles en novembre 1989 dans son bureau du palais présidentiel de Moroni. |
(Image LCI archives : Bob Denard aux Comores)
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