
Pour le Figaro, "la réflexion doit certainement porter sur la formation des magistrats, et la nécessité de ne pas les envoyer, inexpérimentés et dans la solitude de leur conscience, à ce qui est souvent le pire". La Croix trouve même une qualité majeure au juge Burgaud : "Mille fois, écrit le journal, il a été amené à réfléchir sur le fonctionnement du système, à en repérer les failles : la surcharge de travail, sa propre jeunesse, une insuffisante "culture du doute", les trop longues détentions préventives ... Mais il n'a pas cherché à fuir sa responsabilité propre. C'est son honneur".
Même L'Humanité, souvent peu tendre envers les gens de justice, se borne à constater, après avoir titré "Un juge seul, une justice égarée" : "Le juge d'Outreau s'est plaint hier en ces termes : " le juge d'instruction est un juge seul. Personne ne m'a dit que je faisais fausse route ". Voilà une autre clé pour comprendre le désastre : elle implique sans doute des réformes en profondeur dans les mécanismes de la justice". Quant au Progrès, il dénonce avant tout le pouvoir législatif : "Les acquittés d'Outreau ont le droit d'accabler celui qui a brisé leur vie. Mais les autres ? Ces parlementaires, qui l'interrogent - oublient-ils avoir voté dix, vingt réformes de la justice, sans rien changer à la solitude des gamins de l'instruction ?"
" Une charge écrasante pour Burgaud "
D'autres journaux acquittent purement et simplement le magistrat en une phrase : "Les citoyens que nous sommes et au nom desquels la justice est rendue ont-ils le droit de faire endosser par un seul homme une responsabilité si lourde, dans des affaires sordides où l'émotion submerge chacun, du juge à l'opinion en passant par la presse ?", demande ainsi La Voix du Nord. La Montagne dénonce la "charge écrasante qui a submergé Fabrice Burgaud", "et pas seulement en raison de son inexpérience de magistrat débutant, mais parce que la solitude dans laquelle se trouve le juge d'instruction peut représenter un obstacle à une bonne justice. D'autres, comme la Liberté de l'Est, voient en Fabrice Burgaud un bouc-émissaire : "Il serait contre-productif, écrit le journal, de faire de Burgaud celui par qui le scandale est arrivé, une exception au coeur d'une Justice qui aurait été trompée par l'un des siens. Vous aurez compris que le syndrome du fusible est prêt à fonctionner. Ca arrangerait sans doute ceux qui souhaitent qu'on ne creuse pas trop profond".
" Ignorance, imprudence "
Restent les irréductibles, qui estiment toujours que le juge aurait avant tout dû faire preuve de plus d'humanité. Pour Libération, "placé devant l'horreur de crimes pédophiles bien réels et les enfants qui en ont été les victimes, il est sans doute très facile d'oublier, comme Burgaud l'a visiblement fait, que le doute doit toujours tempérer l'intime conviction. On aurait aimé entendre le juge, à défaut de s'excuser, en convenir plus clairement". Sud-Ouest est plus sévère encore : "Fabrice Burgaud n'échappera pas à la part de responsabilité qui lui revient, qu'elle soit la résultante de son ignorance, de son imprudence, de sa crédulité ou d'une certaine présomption, les unes s'ajoutant aux autres", écrit le journal.
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