© LCIAu premier jour du procès à Dijon de Gaz de France, poursuivi après une explosion qui avait fait 11 morts en 1999 dans cette ville, les débats se sont concentrés sur la dangerosité des canalisations en fonte grise et leur rythme de remplacement par l'entreprise.
C'est la première fois que GDF est jugé pour "homicide involontaire" après une explosion due à ce type de fonte, dite "cassante". Le procès, devant le tribunal correctionnel de Dijon, doit durer cinq jours. "Nous pensions à cette période que ce type de cauchemar était derrière nous", a témoigné lundi Pierre Gadonneix, actuel PDG d'Electricité de France et président de GDF en 1999. L'entreprise avait mis en oeuvre un programme de renouvellement en 1990, selon lequel les sites sensibles devaient avoir disparu en 2000.
La dangerosité des fontes grises avait pourtant été identifiée dès 1980. "La prise de conscience a été progressive, au fur et à mesure de l'élargissement des voiries et du développement des véhicules", a indiqué Francis Gutmann, président de GDF de 1988 à 1993. Le président du tribunal, Jean-Pierre Suety, s'est étonné que le "principe de précaution" n'ait pas été appliqué aux fontes grises. Pour Dijon, "l'entreprise GDF est parfaitement consciente que le problème est la cassure de la canalisation, elle est responsable des dommages causés. Elle a fait savoir aux victimes qu'elle les indemniserait", a déclaré Henri Ducré, directeur d'EDF-GDF Distribution, cité comme témoin. "Cela ne veut pas dire que GDF a le sentiment d'avoir commis une faute pénale", a-t-il poursuivi. A partir de 1990, "GDF a respecté l'objectif sur la décennie, qui était de remplacer 1.000 à 1.250 km de canalisations par an", a fait valoir ce responsable.
Des avocats des parties civiles ont montré que GDF avait ralenti le programme de remplacement au milieu des années 90, en dépit selon eux de bons résultats financiers qui auraient pu permettre davantage d'investissements.
GDF a souligné la difficulté du renouvellement dans les centres-villes, où les canalisations sont moins accessibles. A plusieurs occasions, un des avocats de GDF, Yves Baudelot, a souligné que "l'entreprise n'était pas seule dans la prise de décision", l'Etat y étant associé.
Le premier expert intervenu à Dijon, après cette funeste soirée du 4 décembre 1999, est venu soulever un autre problème, celui de l'odorisation du gaz. A son arrivée sur les lieux vers 03H00 du matin, il n'y avait pas d'odeur. Celle-ci n'a été perçue qu'au moment du déblaiement. "GDF définit les normes, met en place les canalisations et les contrôle", a fustigé lors d'une pause François Chaudron, père d'une jeune fille décédée dans la catastrophe.
"Chaque représentant de GDF se donne bonne conscience. On assiste à un dialogue de sourds avec les parties civiles", a estimé Jean-Pierre Moppert, président de l'association des victimes de la rue de Martre à Mulhouse (AVMM), constituée après une explosion en décembre 2004 qui a fait 17 morts, similaire à celle de Dijon. Il est venu voir comment se défend GDF et apporter son soutien aux familles des victimes de Dijon, qui oscillent entre indignation, colère et sourires devant certaines affirmations du groupe gazier. Les débats doivent se poursuivre mardi avec l'audition d'experts. (AFP)
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