
Le père de famille est suspecté d'avoir drogué des joueurs de tennis avec un puissant anxiolytique pour favoriser la victoire de ses enfants. Et de provoquer la mort accidentelle d'un jeune homme.
Christophe Fauviau, 45 ans, comparaît à partir de mercredi et jusqu'au 10 mars devant la cour d'assises des Landes pour "administration de substances nuisibles avec préméditation ayant entraîné la mort sans intention de la donner". Il encourt une peine de 20 ans de réclusion criminelle.
Ce militaire à la retraite est suspecté d'avoir introduit du Temesta dans les bouteilles d'eau des adversaires de ses enfants, Maxime et Valentine. Encore sous l'emprise du médicament, l'un de ces joueurs, Alexandre Lagardère, un instituteur de 25 ans, s'était tué au volant de sa voiture le soir du 3 juillet 2003.
"Protéger" son fils de conflit
Cet accident mortel, survenu au sortir d'une ligne droite et sans cause directe apparente, avait rapidement intrigué les enquêteurs, d'autant plus que la victime avait présenté un comportement étrange pendant le tournoi amateur auquel il avait participé à Tartas, entre Dax et Mont-de-Marsan. Alexandre Lagardère avait été subitement victime d'une grande fatigue, d'endormissement et de perte d'équilibre au sortir du match contre Maxime, à l'époque âgé de 15 ans.
Les soupçons se sont rapidement focalisés sur Christophe Fauviau, un ex-pilote d'hélicoptère, en raison de plaintes de deux autres joueurs qui avaient affronté Maxime quelques jours plus tôt. L'un avait vu Christophe Fauviau manipuler sa bouteille qui contenait, après analyse, du Temesta, tandis que l'autre avait été victime pendant le match d'un malaise qui lui avait valu deux jours d'hospitalisation.
Arrêté le 2 août 2003, Christophe Fauviau avait rapidement avoué avoir drogué ces trois joueurs de tennis, expliquant pour le cas du jeune instituteur avoir voulu "protéger" son fils d'éventuels conflits pendant le match. Plus tard, les enquêteurs vont découvrir que l'homme avait également tenté d'affaiblir par ce moyen d'autres adversaires de Maxime, un joueur de niveau moyen classé 4/6, et surtout des adversaires de sa fille Valentine, à l'époque âgée de 13 ans et déjà classée 1/6.
Au total, Christophe Fauviau est accusé d'avoir drogué six garçons et vingt-et-une filles, dont neuf mineures de moins de 15 ans. Les faits se sont déroulés entre 2000 et 2003 lors de tournois organisés dans les Landes pour les matchs de son fils et dans différentes régions de France pour sa fille.
"Un monde pourri"
Jeune retraité de l'armée, il s'était totalement consacré à la carrière de Valentine, considérée à l'époque comme l'une des meilleures joueuses de sa catégorie en France et promise à un avenir chez les professionnels. Obsédé par la carrière de sa fille, selon l'aveu même son entourage, il en était venu à entrer en conflit avec les instances locales et nationales du tennis et à inscrire la jeune fille dans une école privée de la région parisienne.
"Ce projet a fini par l'aliéner et le faire basculer dans l'angoisse", a estimé l'un des experts psychiatres mandatés lors de l'instruction. Sa personnalité, son obsession du tennis et sa paranoïa envers un milieu qu'il décrit comme "un monde pourri" devraient être au centre des débats qui permettront peut-être de comprendre pourquoi cet homme a eu besoin de biaiser des matchs sans grand enjeu.
Les dépositions des experts sur la place qu'a eu le Temesta dans l'accident mortel d'Alexandre Lagardère sont également très attendues lors de ce procès pour lequel se sont déjà constituées 15 parties civiles, dont la Ligue de tennis de la région.
(Christophe Fauviau mercredi matin/DR)
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