Rapatriement du Clemenceau : "une grande victoire"

Par Propos recueillis par Alexandra GUILLET, le 15 février 2006 à 15h49 , mis à jour le 15 février 2006 à 17h34

Jacques Chirac a demandé mercredi le rapatriement du porte-avions français. C'est une victoire pour les associations écologistes qui s'opposaient depuis des mois à l'envoi du Clem' en Inde, où il devait être désamianté et démantelé. Pour Pascal Husting, directeur de Greenpeace France, l'Etat vient enfin de prendre ses responsabilités.

depart clemenceau toulon

Tf1.fr : Le Conseil d'Etat a ordonné mercredi après-midi la suspension du transfert du Clemenceau vers un chantier indien. Quelques minutes plus tard, Jacques Chirac a demandé le rapatriement du porte-avions. C'est une victoire pour Greenpeace ? 

Pascal Husting, directeur général de Greenpeace France : Bien sûr ! Cette décision signifie que la France a échoué dans sa tentative de se débarrasser impunément d'un déchet hautement toxique. C'est une victoire à la fois pour le droit international et pour les travailleurs en Inde. Pour rendre sa décision, le Conseil d'Etat s'est en effet basé sur la violation du droit international par Paris. Il rappelle qu'une convention internationale entraîne des responsabilités pour les Etats signataires. Et pour la première fois, aujourd'hui, la France vient de reconnaître sa responsabilité, puisque Jacques Chirac a aussitôt demandé le rapatriement du porte-avions.

Tf1.fr : Dans la foulée, Dominique de Villepin a annoncé la création prochaine d'une mission interministérielle destinée à "traiter le sort des navires civils et militaires en fin de vie". Cela répond-il à vos attentes ? 

P.H. : Cette décision du Premier ministre correspond à 100% à nos demandes. Le président et le gouvernement nous ont enfin entendus. Au-delà, c'est une décision très salutaire pour la réputation de la France, mais aussi pour les pays du sud.
Nous demandons maintenant que le cas du Clemenceau soit un cas d'école pour amener le gouvernement à mettre en place une filière de démantèlement sûre et saine. La France doit absolument développer une stratégie nationale de gestion des navires en fin de vie.

Tf1.fr : Démanteler des bateaux nécessite de la place. La France est-elle capable de s'occuper de ses vieux navires ? 

P.H. : La question n'est pas tellement celle du démantèlement des navires mais celle de leur dépollution. Il existe des normes européennes que la France doit respecter. La décontamination, qu'il s'agisse de désamiantage ou du retrait d'autres produits toxiques, doit se faire en France, avant toute éventuelle exportation pour démantèlement en Asie.

Tf1.fr : La procédure en cours devant le Tribunal administratif de Paris, sollicité sur la légalité du transfert du Clemenceau, devient-elle caduque ?

P.H. : Je pense que toutes les procédures en cours n'ont plus lieu d'être, puisque la décision du Président prévaut. Sa réponse est très claire et c'est un camouflet pour le ministère de la Défense qui s'était engagé dans une stratégie sans issue.

Tf1.fr : C'est pourtant la première fois qu'un Etat se préoccupait du désamiantage d'un navire avant son envoi pour démantèlement. Le Clemenceau n'est-il pas la mauvaise cible ?

P.H. : Pour nous le Clemenceau est un cas d'école : c'est un des seuls bateaux qui ne navigue pas sous pavillon de complaisance et qui est propriété de l'Etat. Or, l'Etat a une responsabilité morale et doit respecter tous ses engagements, notamment ceux pris avec la convention de Bâle. Le Clemenceau est bien sûr un symbole. Mais il ne reste qu'un symbole avant d'avoir un règlement qui concerne les 20 000 navires en fin de vie qui seront à démanteler dans les 10 à 15 années à venir.

Par Propos recueillis par Alexandra GUILLET le 15 février 2006 à 15:49
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