
Le Premier ministre et le ministre de l'Intérieur l'assurent : Youssouf Fofana, présenté comme le chef du "gang des barbares" responsable de l'enlèvement, de la séquestration et du meurtre du jeune Ilan Halimi, devrait revenir sous peu en France après son arrestation par la police ivoirienne. Mais ce retour sera-t-il une question d'heures, de jours... ou de semaines ? Dominique de Villepin a déclaré jeudi que le président ivoirien Laurent Gbagbo lui avait assuré, par téléphone, que "Youssouf Fofana serait rapatrié en France dans les prochaines heures". "Le principe du rapatriement en France est acquis, c'est une affaire de jours ou d'heures", a renchéri Nicolas Sarkozy, qui avait demandé à son homologue ivoirien Joseph Dja Blé de "faire en sorte que Fofana soit remis à la France le plus rapidement possible".
Pourtant, jeudi soir, aucune extradition ne semblait encore à l'ordre du jour. "Il n'y aura pas de rapatriement ce soir vers la France", indiquait une source française proche de l'enquête, qui ajoutait que Youssouf Fofana serait "déféré devant un juge ivoirien demain (vendredi) ou peut-être même après-demain (samedi)".
Demande d'extradition ou expulsion ?
La justice française envisage de lancer prochainement un mandat d'arrêt international à l'encontre de Youssouf Fofana avec demande d'extradition adressée aux autorités judiciaires ivoiriennes, a-t-on appris jeudi de sources proches du dossier. Si cette solution est retenue, une cour d'appel ivoirienne devra se prononcer sur la demande française, avant qu'un décret ne soit signé par les autorités politiques ivoiriennes. Cette option implique des possibilités de recours offertes à Youssouf Fofana par la justice ivoirienne, donc un certain délai avant le retour en France de celui-ci. Elle garantit également contre d'éventuels risques de nullité. Les Ivoiriens ont également la possibilité de choisir l'expulsion pure et simple, ce qui implique un retour plus rapide.
Mais selon la source française proche de l'enquête, c'était la première solution qui semblait plutôt devoir être retenue jeudi soir. "On s'oriente vers la solution d'un mandat d'arrêt avec une demande d'extradition française qui pourrait arriver demain, mais cela peut prendre aussi plusieurs jours", malgré la volonté politique des deux côtés de régler au mieux et le plus rapidement cette affaire. "Cette procédure peut prendre plusieurs jours comme plusieurs semaines", a souligné cette source, qui s'est refusée à donner une date pour un rapatriement. "J'attends le mandat d'arrêt qui va accélérer la procédure d'extradition. Nous n'avons pas reçu de demande formelle des autorités françaises", a expliqué pour sa part le procureur du tribunal de première instance d'Abidjan, indiquant "toutefois attendre une option politique pour que les choses se fassent très vite".
L'audition du suspect par deux enquêteurs français et les policiers ivoiriens s'est poursuivie jeudi dans les locaux de la PJ dans le centre d'Abidjan. Youssouf Fofana a "reconnu s'en être pris à un juif à cause de son argent" supposé, tout en niant être antisémite, a déclaré jeudi la source française proche de l'enquête. Il se montre "coriace" pendant les interrogatoires, a précisé la même source, et, même si il a avoué sa participation au meurtre d'Ilan Halimi, continue de minimiser son rôle dans l'affaire. Depuis son arrivée le 15 février en Côte d'Ivoire, soit deux jours après la découverte d'Ilan Halimi agonisant, Youssouf Fofana avait raconté l'enlèvement à ses proches, selon la police ivoirienne. Interrogé jeudi par Radio Shalom, le Premier ministre ivoirien Charles Konan Banny, tout en dénonçant un "crime odieux, même inqualifiable", a déclaré ne pas croire à une "connotation antisémite".
| Youssouf Fofana aurait racketté des médecins |
Selon le journal Le Parisien, Youssouf Fofana a confirmé jeudi qu'il avait bien participé à la tentative d'extorsion de fonds dont ont été victimes sept médecins parisiens entre décembre 2004 et février 2005. Comme pour Ilan, le montant des rançons fluctuait souvent mais les racketteurs n'ont jamais fixé de rendez-vous pour récupérer l'argent. Pendant l'enquête sur l'enlèvement d'Ilan, les enquêteurs de la Crim ont établi qu'un cybercafé du XIVéme arrondissement avait été utilisé pour envoyer des mails, dans les deux affaires.
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