© INTERNEVoilà ses concurrents pour 2007 et les journalistes prévenus. Ségolène Royal ne va pas faire comme les autres. Ayant accepté de répondre aux lecteurs du Parisien paru jeudi, elle prévient d'emblée : "je ne m'exprimerai que dans ce type de cadre, celui d'un dialogue avec les Français. Avec des journalistes politiques, je n'aurais droit qu'à des questions sur des chicayas... ". La députés des Deux-Sèvres veut rester en dehors du microcosme et annonce la couleur : " il faut donner à la France de l'oxygène ".
La star des sondages se sent " en phase avec l'époque ", ce qui lui permet de parler librement. " Je suis comme cela. Ma liberté de parole, je la garderai jusqu'au bout, quoi qu'il arrive ". Après avoir affiché une telle détermination, elle peut se permettre de prévenir d'emblée : " je ne déferai pas pour le plaisir ce qu'a fait la droite ". Sans masquer ses convictions socialistes, elle entend avancer ses idées progressivement avec une marque de fabrique : le pragmatisme. A l'image de Tony Blair qui, affirme-t-elle, a redonné un " formidable dynamisme " à son pays. La compagne de François Hollande persiste et signe : on peut être socialiste et blairiste. L'aile gauche du PS appréciera.
"Je ne sais pas tout"
Ses réponses sur les différents sujets abordés par les lecteurs sont prudentes, sa posture est celle de " l'écoute ". " Je ne sais pas tout, mais je sais où sont les problèmes, comment agir, et suis capable de mobiliser les meilleures équipes. Et surtout consciente du formidable potentiel des Français ". Méfiante vis-à-vis des vieilles recettes, elle entend " ne jamais être dans l'obstination, avoir des oeillères. Et ce que je dis n'est pas du pragmatisme, c'est une morale de l'action efficace appuyée sur des principes ". Evaluation de ce qui réussit ou non, action, morale... Son rival de droite Nicolas Sarkozy ne renierait pas cette démarche. Les deux chouchous de l'opinion ne veulent-ils pas incarner une nouvelle façon de faire de la politique ?
Que pense-t-elle de la discrimination positive, un des axes du projet de l'UMP ? " Peu importe les formules, ce qu'il faut, c'est lutter réellement contre les inégalités (...). Quand j'ai relancé les zones d'éducation prioritaire, j'ai fait ce qu'on pourrait appeler de la discrimination positive. Cela permet de favoriser dans les faits l'égalité des possibles ".
Les 35 heures ? L'ancienne ministre observe qu' "il y a déjà eu des assouplissements avec la possibilité d'heures supplémentaires". "D'autres méritent réflexion. C'est possible d'ouvrir portes et fenêtres. Il y a des salariés qui ont envie de travailler plus et cette liberté là doit leur être donnée", estime-t-elle, avec une condition : "que ce soit en accord avec les partenaires sociaux et que ce ne soit pas imposé".
Pour la compétition présidentielle à venir, Ségolène Royal n'est pas dupe et le dit tout haut, comme pour prévenir les électeurs et les électrices : "on n'aidera pas les femmes". "On nous demandera une exigence plus forte, nous n'aurons pas le droit de trébucher. Si je trébuche, si je renonce, ce serait un désaveu pour les femmes et pour les hommes qui sont prêts à cette audace". Neuf mois avant le choix des militants socialistes, la candidate à l'investiture bouscule déjà les lignes et surtout impose sa manière de s'adresser aux Français. Les faire réfléchir plutôt que les convaincre, les associer plutôt que les diriger.
Photo de Une (LCI)
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