
Depuis un mois, beaucoup de clignotants sont passés au rouge pour le Premier ministre : chiffres de croissance décevants, chute dans les sondages liée au CPE (ci-dessous), qui passe mal dans l'opinion, fiasco du Clemenceau, critiques sur la gestion de l'épidémie de chikungunya, incertitude juridique autour du Contrat nouvelle embauche, sans oublier la fusion contestée Suez-GDF...
C'est dans ce contexte sombre que Dominique de Villepin tient mercredi sa conférence de presse mensuelle. Elle intervient au lendemain de l'annonce malvenue d'une remontée du chômage, un nouveau coup dur pour Dominique de Villepin qui, depuis son arrivée à Matignon, a fait de la "bataille" contre le chômage sa priorité absolue. Le tout intervenant dans un climat très morose lié à l'inquiétude sur la grippe aviaire et au vif émoi de l'opinion après le meurtre d'Ilan Halimi.
"Vrai malaise social"
Si la baisse de popularité du Premier ministre est assez habituelle pour un locataire de Matignon, elle fait les affaires de son grand rival, Nicolas Sarkozy, et pourrait, si elle venait à se prolonger, s'avérer problématique pour ses ambitions présidentielles. A l'Assemblée, il a reconnu que les chiffres du chômage étaient "décevants", tout en invitant au "sang-froid". Si un mouvement de contestation d'ampleur dans la rue est "impossible" à prédire, Jacques Capdevielle (Cevipof) a estimé mercredi dans Le Parisien que "rien n'est exclu car il y a aujourd'hui un vrai malaise social".
Selon son entourage, Dominique de Villepin axera son rendez-vous mensuel sur "l'emploi", la "politique industrielle" et les "crises sanitaires". Accusé de pratiquer une politique libérale, il devrait tenter de donner une coloration sociale à son action en annonçant des mesures visant à renforcer l'actionnariat salarié, considéré comme un rempart face aux OPA hostiles.
A moins d'une semaine d'une nouvelle journée de mobilisation nationale contre le CPE, il devrait une nouvelle fois faire de la pédagogie sur ce contrat de travail réservé aux moins de 26 ans. S'il entend pour l'heure maintenir fermement son cap, la partie est encore loin d'être gagnée pour M. de Villepin, confronté à une bataille de procédure au Sénat et à la poursuite de la mobilisation dans plusieurs universités.
"Sans états d'âme"
Il tentera également de justifier, au nom du "patriotisme économique" et de l'indépendance énergétique française, son feu vert à la fusion entre GDF et Suez, dénoncée par l'Italie mais aussi par les syndicats qui y voient le reniement de la promesse de maintenir le gazier dans le giron de l'Etat.
Officiellement, M. de Villepin joue la carte de la combativité en se présentant comme un "homme de mission et de conviction" qui "ne baisse jamais les bras". Affirmant gouverner "sans états d'âme", le Premier ministre tient d'ailleurs à monter lui-même en première ligne sur tous les sujets, au risque de se surexposer et de reléguer ses ministres au rang de simple figurant. Ses adversaires n'ont pas manqué d'y voir le signe d'une certaine "fébrilité".
S'ils reconnaissent un "moment difficile", les partisans de M. de Villepin gardent espoir et viennent de créer l'association "Réforme et modernité" pour, selon le député UMP Hervé Mariton, promouvoir "l'optimisme contre les déclinologues".
| Villepin de moins en moins populaire |
Le Premier ministre a perdu 6 points de popularité en février par rapport à janvier, tandis que Jacques Chirac a reculé d'un point, selon un sondage BVA (1) à paraître jeudi dans L'Express. 53% des sondés ont une opinion négative de l'action du président de la République, 39% en ont une bonne opinion (-1) et 8% (=) ne se prononcent pas. Le taux de bonnes opinions sur Villepin chute à 42%. Sa cote de popularité devient même négative, 46% (+7) des sondés affirmant avoir une mauvaise opinion de son action. Le sondage indique que 40% des Français, contre 43% en janvier, souhaitent qu'un candidat de gauche soit élu à la présidentielle de 2007. 30% (+1) optent pour un candidat de droite. 30% (+2) ne se prononcent pas. (1) Sondage BVA réalisé en face à face du 22 au 25 février, auprès d'un échantillon national de 1.032 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas). |
D'après AFP
(Dominique de Villepin/archives/DR)
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