
La Cour d'assises du Bas-Rhin a condamné vendredi à la réclusion criminelle à perpétuité le beau-père de Dylan, et à 17 ans de réclusion la mère de cet enfant de 4 ans mort en octobre 2003 à Strasbourg à la suite de sévices d'une violence extrême.
Le jury, qui a prononcé son verdict à l'issue de près de sept heures de délibéré, n'a pas imposé à Christophe Beugnot la peine de sûreté maximale de 22 ans requise par l'avocate générale. Le tortionnaire de Dylan, qui n'a pas cillé à l'énoncé du verdict, ne pourra cependant espérer sortir avant 18 ans, un délai incompressible prévu par la loi en cas de condamnation à la perpétuité, a précisé son avocat Me Patrick Rodier.
"Je ne me souviens pas trop de ce que j'ai fait"
Adeline Marfe encourait jusqu'à 30 ans de prison pour avoir privé son fils des aliments ou des soins qui auraient permis sa survie. Mais seuls 18 ans avaient été requis à son encontre, le ministère public ayant estimé que si elle s'était effectivement "associée à la terreur" que faisait régner son compagnon, elle n'avait aucun antécédent et semblait avoir entamé "un travail sur elle-même".
L'imposant Christophe Beugnot, 21 ans, a passé l'ensemble du procès à nier avec détachement les faits pour lesquels il a été condamné, avant de finir par demander "pardon" vendredi matin. "Je ne me souviens pas trop de ce que j'ai fait", a-t-il ajouté le regard vide. "Si la peine de mort existait, je l'aurais demandée. J'ai tenté plusieurs fois de me suicider dans ma cellule".
Entre deux sanglots, Adeline Marfe, 25 ans, a pour sa part indiqué regretter "profondément ce qui s'est passé", reconnaissant qu'elle n'avait "pas su protéger Dylan". Et cette petite femme ronde d'espérer "que ce procès aura servi pour que plus jamais une chose pareille n'arrive".
Dylan est mort le 3 octobre 2003 sous les yeux de son frère Tino, 6 ans à l'époque et aujourd'hui placé dans un foyer. Les médecins légistes recenseront quelque 73 bleus, brûlures de cigarettes, cicatrices et lésions au terme de son calvaire dans le huis-clos familial, qui a commencé avec l'installation fin juin 2003 de Christophe Beugnot au domicile d'Adeline Marfe.
Ce garçon "vif, attachant, un peu casse-cou", a payé de sa vie d'avoir "tenu tête, du haut de son mètre", à ce nouveau beau-père qui exigeait de lui qu'il l'appelle "papa", avait conclu l'avocate générale. "Beugnot n'est qu'un être fruste, primitif, à la limite de la débilité" marqué par les violences et les viols dont il dit avoir été victime dans sa famille, a plaidé Me Rodier, en demandant à la Cour d'avoir "un sursaut d'humanité" avant de l'envoyer "à la mort judiciaire".
Cet "authentique sadique"
Mais les débats ont été dominés par les interrogations sur le rôle de la mère, que l'avocate générale a avoué avoir plus de mal à comprendre que celui de "l'irrécupérable" Christophe Beugnot, cet "authentique sadique".
Pourquoi n'a-t-elle rien entrepris pour sauver son fils, allant jusqu'à cacher ses bleus des regards extérieurs, effacer les traces de sang sur les murs, et raconter froidement aux médecins qu'il était mort en tombant du lit ?
Pour l'avocate générale, Adeline Marfe, décrite par les experts comme "immature et infantile", a sacrifié son fils "par amour" et assisté à son martyre d'un oeil "indifférent, complaisant, pour ne pas dire complice".
Son avocat, Me Gilbert Collard, a avancé qu'elle était prisonnière de "la peur, la honte, la soumission", déjà vécues à 15 ans lors de sa première initiation sexuelle par un sadique. "Elle a aussi, à sa manière, été la victime de Beugnot" qui la battait et la menaçait.
Avant cette "rencontre funeste et diabolique", elle "était une mère modèle, parfaite", a affirmé Me Collard, estimant que le silence des voisins et la réaction trop tardive des services sociaux avaient agravé son "enfermement dans l'enfermement". (AFP)
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