© INTERNETrois ans et demi après la mort de la jeune Sohane, Jamal Derrar, 22 ans, et Tony Rocca, 23 ans, vont devoir répondre, le premier d'actes de torture ou de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner, le second de complicité par aide et assistance, devant la cour d'assises du Val-de-Marne à Créteil. Ils encourent tous deux la réclusion criminelle à perpétuité.
Le 4 octobre 2002, en fin d'après-midi, Sohane Benziane, transformée en torche vivante, s'écroulait dans l'herbe au pied d'un bâtiment de la cité Balzac, devant de nombreux témoins. Malgré leur aide, dont celle de son agresseur, et l'arrivée rapide des secours, elle décédait deux heures plus tard à l'hôpital Percy de Clamart (Hauts-de-Seine). La jeune fille, qui allait avoir 18 ans le 18 octobre, avait été aspergée d'un litre d'essence, en présence de deux de ses amies, par Jamal Derrar lors d'une "explication" dans un local à poubelles au pied de l'immeuble. Ce dernier, malgré les supplications des trois jeunes filles, avait ensuite allumé un briquet à plusieurs reprises, jusqu'au moment où Sohane s'était embrasée.
Symbole des violences sur les femmes
Il a toujours affirmé qu'il voulait juste faire peur à Sohane, habitant une autre cité de Vitry-sur-Seine. L'enquête a montré qu'il avait décrété la jeune fille persona non grata à Balzac, à la suite d'une bagarre l'ayant opposé au petit ami de cette dernière l'été précédant le drame. Tony Rocca, lui, est accusé d'avoir surveillé et maintenu fermée la porte du local à poubelles où son copain Jamal avait contraint Sohane à le suivre cet après-midi là. "Mon client dit depuis le début qu'il n'a jamais voulu tuer Sohane" et l'absence d'intention homicide a été "reconnue par l'instruction", a souligné Me Denis Giraud, l'avocat de Jamal Derrar, en évoquant un "enchaînement dramatique" à la suite d'un "geste absurde". "Ecrasé par sa responsabilité", Jamal Derrar "espère que sa parole sera entendue malgré l'émotion", a ajouté Me Giraud, qui entend contester la qualification d'actes de torture.
De son côté, Me Linda Weil-Curiel, représentant la Ligue du droit international des femmes, partie civile, aux côtés de la famille Benziane depuis le début, a regretté que le procès n'ait pas "été dépaysé" pour se dérouler plus sereinement. Lors de la reconstitution en mars 2003, a-t-elle souligné, Jamal Derrar "avait le soutien de toute la cité". La mort de Sohane avait bouleversé le quartier et provoqué au-delà un vaste débat sur les relations entre filles et garçons dans les banlieues. Mais "les violences faites aux femmes sont partout", fait observer Sandrine Bourret, du collectif féminin-masculin de Vitry, en dénonçant une "volonté de réduire ça à la banlieue". Aujourd'hui, "la seule chose que j'attends, c'est que justice soit faite" et "qu'on refuse la barbarie", a dit la mère de Sohane Kahina Benziane.
Photo : hommage à Sohane en 2003 (archives)
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